L’évolution d’une science

Ken Tapping, le 10 juillet 2013

Dans le ciel, cette semaine…

  • Vénus frôle l’horizon à l’ouest peu après le coucher du soleil.
  • Saturne est haut dans le sud pendant la nuit. Mars et Jupiter rasent l’horizon au crépuscule.
  • La Lune entrera dans son premier quartier le 15 juillet.

Les progrès réalisés dans le domaine de la recherche en astronomie depuis environ un demi-siècle ne peuvent être qualifiés que d’ahurissants. Dans les années 1960, plusieurs scientifiques croyaient que l’Univers était éternel et immuable. D’autres étaient plutôt d’avis qu’il y avait un commencement bien précis; bon nombre pensaient qu’il y avait des plantes sur la surface de Mars. On était loin de se douter alors que les quatre plus grandes lunes de Jupiter recélaient des trésors cachés. Aucune planète, sauf celles en orbite autour du Soleil, n’était connue, et tous étaient d’avis qu’aucune autre ne serait probablement mise au jour. Aujourd’hui, le milieu scientifique est quasi unanime pour dire que l’Univers s’est formé il y a près de 14 milliards d’années, résultat du Big Bang. Les nombreuses années d’exploration robotique de la planète rouge n’ont révélé aucune trace de végétation martienne. De toutes les lunes de Jupiter, Io est la plus volcanique du système solaire et Europe est soupçonnée de cacher sous un épais couvert de glace un profond océan susceptible d’abriter des organismes vivants. Et n’oublions pas toutes les découvertes auxquelles nous n’aurions même pas songé quelques décennies auparavant. Dans le cosmos, aussi loin que nos télescopes nous permettent de voir, il y a des millions de millions de galaxies. Le nombre de planètes mises au jour et orbitant autour d’autres étoiles dépasse le millier. Somme toute, notre vision de l’Univers a profondément évolué au fil des quelques dernières décennies.

Mais comment expliquer au juste cette multitude d’avancées et de découvertes? Un élément de réponse réside dans les innovations techniques. En effet, de nouveaux instruments sont constamment mis au point et les anciens sont améliorés sans cesse, sans parler du nombre grandissant d’outils de plus en plus puissants pour assurer le traitement et l’analyse des données qu’ils amassent. Il n’y a pas si longtemps, les instruments astronomiques ne pouvaient servir qu’à l’étude d’un corps céleste à la fois. Aujourd’hui, il est possible d’enregistrer des données sur des milliers d’objets célestes au cours d’une même séance d’observation. De telles données sont exploitées par un grand nombre de projets, ce qui signifie, au bout du compte, un rendement maximum pour chaque dollar investi en science. Un bémol, toutefois. Pour que cela se produise, il faut que les données soient largement accessibles et présentées de manière cohérente. En clair, elles ne doivent pas dormir sur les étagères des observatoires ou des instituts de recherche, sauvegardées dans une variété de formats, ou même sur de vieux supports d’enregistrement désuets et accessibles à un groupe restreint de chercheurs. Autre bémol. La quantité démesurée de données recueillie ne fait qu’exacerber le problème. Bonne nouvelle toutefois, car tout cela a mené au développement de l’une des installations de recherche scientifique les plus utiles à ce jour, le centre de données astronomiques. C’est à cet endroit où la plupart des données aboutissent et y sont conservées dans un format uniformisé. Elles sont archivées et offertes sans entraves à tout chercheur qui désire en tirer parti. Au Canada, il y a le Centre canadien de données en astronomie situé à Victoria. Il offre à ses utilisateurs un site Web pour récupérer des données. Compte tenu du déferlement continu de nouvelles données dans les centres de données, il se peut que les données que nous désirons aient déjà été colligées par un autre chercheur et ne demandent qu’à être téléchargées.

Un autre facteur déterminant de ce bouillonnement scientifique réside dans le fait que le savoir engendre le savoir. Plus nous en savons, mieux nous pouvons nous concentrer sur ce que nous devons savoir. Qui plus est, grâce à l’internet, il n’a jamais été plus facile d’échanger des idées et des données.

Il y a peu, le travail d’astronome exigeait des voyages vers des contrées lointaines et exotiques, la plupart du temps, pour effectuer ou superviser des observations. Maintenant, pour la majorité des projets, notre présence serait de peu d’utilité, et grâce à notre capacité d’observer au moyen de l’internet et de télécharger des données d’observation, nous n’avons généralement plus besoin de quitter notre bureau… à condition, évidemment, qu’une autre personne dispose déjà de ces données et qu’elles soient disponibles dans notre centre de données local. Quoi qu’il en soit, cela ne signifie pas pour autant qu’il ne m’arrive pas à l’occasion de rêvasser encore à ces destinations exotiques.

Ken Tapping est astronome à l’Observatoire de radio-astrophysique du Conseil national de recherches, à Penticton (C.-B.), V2A 6J9.

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