Une idée persistante

Ken Tapping, le 26 juin 2013

Dans le ciel, cette semaine…

  • Cherchez Mars près de l’horizon dans le ciel au crépuscule.
  • Au couchant, Vénus et Mercure se trouvent côte à côte. Saturne trône haut dans le ciel du sud.
  • La Lune atteindra son dernier quartier le 29 juin.

L’une de nos idiosyncrasies est notre propension à nous accrocher à des idées fausses, alors que des preuves de plus en plus convaincantes les réfutant s’accumulent. Un excellent exemple de ce penchant a été la réticence de nos prédécesseurs à abandonner la croyance que la Terre était au centre de l’Univers et que le Soleil, la Lune et le reste du cosmos tournaient autour d’elle.

Pour les anciens, la preuve en était faite : le Soleil, la Lune, les étoiles et les planètes se lèvent à l’est et se couchent à l’ouest. Et comme on ne sent pas la Terre tourner sous nos pieds, il allait de soi que tous les corps célestes tournaient autour de notre planète. En apparence, cette conception de l’Univers se tenait. De plus, comme de nombreuses religions faisaient de l’homme le joyau de la création, les dogmes ethnocentriques avaient valeur de vérité et toute contestation était vaine.

Le perfectionnement des instruments d’observation astronomique et l’accessibilité à des données de plus en plus fines et abondantes ont toutefois commencé à saper cette vue de l’esprit. L’assaut le plus dévastateur est venu de l’observation du mouvement des planètes. En suivant la course des planètes par rapport aux étoiles, il est en effet devenu évident que leurs positions ne concordaient pas avec ce qu’on pourrait attendre de corps en révolution autour de nous. Si la Terre était bel et bien le centre de l’Univers, on verrait les planètes se déplacer doucement, toutes dans la même direction, au lieu de faire des soubresauts, puis un crochet pour reprendre leur direction originale. C’est toutefois exactement ce que verrait un observateur se tenant sur une planète en rotation autour du Soleil, comme toutes les autres planètes. Rappelez-vous le paysage qui défile devant vous lorsque vous empruntez un rond-point.

Au XVIe siècle, Nicolas Copernic a émis l’hypothèse que la Terre et les autres planètes tournaient autour du Soleil, mais il n’a pas osé publier sa théorie avant ses derniers jours. Plus tard, au XVIIe siècle, Galilée est parvenu à la même conclusion, ce qui lui a valu de se heurter à l’Église. Malheureusement pour les autorités ecclésiastiques, cette nouvelle vision du cosmos allait se répandre comme une traînée de poudre. Quelques années plus tard, les travaux de Johannes Kepler venaient conforter la vision héliocentrique. Tandis que la révolution de la pensée cosmologique se poursuivait, Isaac Newton formulait la théorie de la gravité et fournissait des outils pour représenter mathématiquement les mouvements des corps célestes.

Au XIVe siècle, Guillaume d’Ockham a énoncé un principe de raisonnement d’une très grande simplicité qui sert encore aujourd’hui. Le rasoir d’Ockham, comme on l’appelle, consiste essentiellement à réduire les idées à leur plus simple expression, puisque si on peut exprimer un principe simplement, en n’énonçant que des faits connus, il est inutile de recourir à des éléments inconnus. Il faut donc commencer par la solution la plus simple. Il est toutefois fascinant de voir à quel point l’esprit humain est doué pour faire fi de cette logique. Certaines des théories échafaudées pour expliquer le ciel tout en conservant la Terre immobile en son centre auraient sûrement déconcerté le philosophe. Évidemment, de nos jours, la logique et la science priment, et nous ne nous accrochons plus avec ferveur à des idées fausses. Vrai ou faux?

Ken Tapping est astronome à l’Observatoire de radio-astrophysique du Conseil national de recherches, à Penticton (C.-B.), V2A 6J9.

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