Toute bonne chose a une fin

Ken Tapping, le 8 mai 2013

Dans le ciel, cette semaine…

  • On peut encore voir Jupiter, mais il baisse dans la partie ouest du firmament dans la soirée.
  • Saturne se lève avant le coucher du Soleil et luit très haut, à l’est, quand vient la nuit.
  • La nouvelle lune brillera le 9 mai.

Il y a quelques jours, Herschel a épuisé sa réserve de liquide de refroidissement et c’est ainsi que nous perdons un puissant outil astronomique. Heureusement, les quatre ans d’opération de ce satellite d’observation ont produit une multitude de nouvelles données et découvertes scientifiques.

Une grande partie de l’Univers observable est sombre et froid : des gaz et des poussières à des températures de près de −260 °C. L’observation est donc difficile, ce qui est malheureux étant donné que ce fascinant mélange compose les galaxies, les étoiles et les planètes.

Le processus débute quand un événement, comme l’explosion d’une vieille étoile, déstabilise un nuage de gaz et de poussières et le fait lentement s’effondrer. Malheureusement, cela nous est impossible à observer à l’œil nu ou avec des télescopes conventionnels, particulièrement ceux qui sont installés sur la Terre. En revanche, ces nuages froids sont suffisamment chauds pour émettre des rayonnements électromagnétiques millimétriques, ce qui les met dans la zone floue du spectre, entre les rayonnements de grandes longueurs d'onde infrarouge et les ondes courtes radioélectriques.

Le 14 mai 2009 était lancé l’observatoire spatial Herschel. Nommé en l’honneur de l’astronome britannique, il a été conçu pour examiner le ciel dans une gamme de longueurs d'onde millimétriques et étudier la formation des étoiles et des galaxies ainsi que les processus chimiques au sein des nuages sombres.

En astronomie, la sensibilité des instruments de mesure et d’observation est liée à leur température : plus l’instrument est froid, plus sa sensibilité est grande. Comme les instruments d’Herschel devaient atteindre un haut niveau de sensibilité, ils devaient donc être le plus froids possible. Il existe cependant une limite au froid que peuvent supporter ces instruments. En effet, la température est la mesure de la vibration et du mouvement des atomes. Quand la température atteint les –273 °C, tout mouvement s’arrête. Étant donné qu’on ne peut être plus lent que stationnaire, on a appelé cette limite le « zéro absolu ». Les capteurs du satellite étaient refroidis pour approcher le plus possible le zéro absolu. Pour ce faire, il transportait 2300 litres d’hélium liquide. Le 29 avril dernier, les réserves se sont épuisées : la vie utile d’Herschel était terminée.

Durant ses années d’opération, Herschel nous a montré la complexité des nuages de gaz et de poussières dans notre galaxie et la Voie lactée. Par exemple, on peut les comparer à des réseaux complexes de fibres fines. Le satellite a également donné un aperçu de la façon dont ces structures peuvent s’effondrer et former de nouveaux nuages et nous a offert des images d’étoiles à l’état embryonnaire, c’est-à-dire encore intégrées à leurs nuages originels.

Grâce à Herschel, nous avons assisté à la formation d’étoiles dans des galaxies lointaines. La lumière provenant de ces galaxies prend des millions ou des milliards d’années à nous atteindre, c’est pourquoi quand nous les observons, nous effectuons un voyage dans le temps où l’Univers était plus jeune. Herschel a été témoin d’étoiles qui se forment à des rythmes prodigieux : des étoiles bleues, géantes, brillantes et éphémères qui ensuite explosent et disséminent dans l’Univers les éléments nécessaires à la formation des planètes.

La dernière mission du satellite Herschel consiste à se propulser pour se placer en orbite autour du Soleil et éviter de devenir un danger pour les missions spatiales futures.

Ken Tapping est astronome à l’Observatoire de radio-astrophysique du Conseil national de recherches, à Penticton (C.-B.), V2A 6J9.

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