Sept sœurs dans le firmament

Ken Tapping, le 31 octobre 2012

Dans le ciel, cette semaine…

  • Mars frôle l’horizon au sud-ouest après le crépuscule.
  • Jupiter apparaît vers 20 h et Vénus, aux environ de 5 h.
  • La Lune entrera dans son dernier quartier le 6.

Ces jours-ci, quand le ciel est limpide, vous pourrez découvrir en soirée un petit groupe d’étoile l’est, en forme de faucille. Selon votre acuité visuelle, la transparence de l’air et l’obscurité, vous compterez entre six et dix étoiles. Des jumelles vous permettront cependant de constater qu’il y en a des centaines. Ce groupe d’étoiles illustre parfaitement ce qu’on appelle un « amas ouvert ».

Dans l’Antiquité, époque ou l’atmosphère était pure et les nuits, très noires – la pollution lumineuse n’ayant pas encore été inventée –, cet amas était beaucoup plus évident qu’il ne l’est actuellement pour la majorité d’entre nous. Les Grecs l’appelaient les Pléiades, et les neuf étoiles les plus brillantes avaient pour noms Alcyone, Sélène, électre, Maïa, Mérope, Astérope et Taygète – les sept filles d’Atlas –, ainsi que le géant Atlas lui-même et sa femme, la nymphe de mer Pléioné. Manifestement, Atlas ne passait pas toute sa vie à soutenir le ciel. Au Moyen-âge, nos ancêtres appelaient cet amas les « sept sœurs »; au Japon, on le nommait « Subaru ».

Les Autochtones d’Amérique du Nord connaissaient eux aussi cet amas d’étoiles. Dans une de leurs légendes, Tio Pepe, ou la tour du Diable – cheminée d’un ancien volcan dans le Wyoming qu’on peut voir dans le film « Rencontres du troisième type » –, servit de refuge à sept vierges que pourchassait un ours. Les stries verticales qui marquent le monolithe auraient été laissées par les griffes de l’animal. Une explication moins romantique veut qu’il s’agisse en réalité de colonnes formées par la lave en se refroidissant.

Pas besoin d’être astronome pour profiter de la beauté des Pléiades. Cependant, les amas d’étoiles de ce genre sont aussi des coffrets à bijoux d’un point de vue strictement scientifique.

Les étoiles qui constituent un amas sont nées à peu près simultanément. Certaines ont néanmoins réussi à capturer plus de matériaux du nuage originel que les autres. La chose est essentielle, car une étoile deux fois plus massive que le soleil irradiera dix fois plus d’énergie. Elle vieillira aussi cinq fois plus vite. S’approprier plus de matière n’est pas vraiment une bonne idée quand on est une étoile.

En mesurant la clarté relative des étoiles de l’amas, il est possible d’en estimer la masse relative. Mesurer leur température nous permet aussi d’avoir une idée du stade auquel elles sont parvenues dans leur vie, bien que les étoiles soient toutes nées à peu près en même temps. Cet amas stellaire est donc en quelque sorte un laboratoire où l’on peut étudier la vie et le fonctionnement des étoiles.

Les étoiles des Pléiades ont toutes une couleur bleu-blanc. Des jumelles révéleront une rivière de diamants sur fond de velours noir. Les turbulences de l’atmosphère les font scintiller, ce qui les rend encore plus spectaculaires. Ces étoiles sont enchâssées dans un nuage argenté. Naguère, nous pensions qu’il s’agissait des vestiges du nuage originel, mais nous savons maintenant qu’il s’agit d’un simple nuage de matières que traverse l’amas stellaire.

Dans les anciens ouvrages d’astronomie, les chapitres débutaient souvent par un brin de poésie. L’un d’entre eux, dans ma bibliothèque, cite un vers de Tennyson : « Bien des nuits ai-je vu les Pléiades, se levant dans l'ombre douce, briller comme un essaim de lucioles enfilées sur une tresse d'argent. » Si la poésie a disparu des livres d’astronomie, l’astronomie n’a pas déserté la poésie. Sortez vos jumelles, observez les Pléiades et voyez par vous-même.

Ken Tapping est astronome à l’Observatoire de radio-astrophysique du Conseil national de recherches, à Penticton (C.-B.), V2A 6J9.

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