Juste le lit d’un ruisseau

Ken Tapping, le 24 octobre 2012

Dans le ciel, cette semaine…

  • Mars frôle l’horizon au sud-ouest après le crépuscule.
  • Jupiter apparaît vers 21 h et Vénus, aux environ de 5 h.
  • Pleine Lune le 29.

De prime abord, l’image n’a rien de très impressionnant. Un bout de rocher qui émerge du sol sablonneux et graveleux. Rougeâtre à l’instar du paysage environnant, la roche est composée de cailloux arrondis que cimente une matière beaucoup plus fine. On appelle ce type de formation un conglomérat, mais les carriers parlent plus souvent de « poudingue », parce qu’elle ressemble à ce gâteau plein de raisins secs appelé en anglais pudding. Et ce spécimen était particulièrement riche en raisins.

Un examen plus poussé a rendu les choses plus intrigantes encore. Les cailloux sont joliment arrondis, un peu comme les galets qui jonchent le fond des rivières ou des cours d’eau asséchés. En cognant deux bouts de conglomérat l’un contre l’autre, vous obtiendrez un peu de poussière et un ou deux fragments aux arêtes tranchantes. Mettez des gants et portez des lunettes si vous voulez tenter l’expérience. Des chaussures adéquates ne s’avéreraient pas inutiles. Quand on les laisse échapper, les roches ont la fâcheuse manie d’atterrir sur les pieds.

Les fragments rocheux ont toujours des arêtes au départ. C’est l’eau qui les arrondit. Ils roulent, le sable les abrase et ils s’entrechoquent avec d’autres pierres. Résultat : des cailloux bien ronds, souvent polis. Quand on regarde l’image de plus près, on constate que les pierres ne sont pas toutes identiques. C’est parce qu’elles émanent d’affleurements différents. L’eau les a toutes emportées, arrondies et charriées à des kilomètres de distance. On observera la même chose dans le lit de n’importe quel cours d’eau, ou presque. Ensuite, lorsque les cailloux sont assez nombreux, du limon s’insinue entre eux, là où le courant ne peut l’emporter, jusqu’à ce que, des millions d’années plus tard, l’ensemble se solidifie pour donner du poudingue, la roche dont nous venons de parler.

Bref, l’histoire que raconte ce bout de roc, c’est qu’un ruisseau assez rapide coulait à cet endroit, il y a sans doute des milliards d’années. Ce qu’on voit aujourd’hui est un vestige de cet antique ruisseau. Quelle sorte de relief traversait-il? Des créatures peuplaient-elles l’eau? Ce qui rend ce ruisseau particulièrement intéressant est qu’il coulait sur Mars et que l’image a été prise par le robot Curiosity.

Les photos prises de l’espace par la sonde Mars Reconnaissance Orbiter, qui tourne autour de la planète, montrent que Curiosity a atterri près d’un cours d’eau qui descendait autrefois d’une hauteur. En arrivant au bas de la pente, le courant s’assagissait pour former un vaste delta où se sont déposés les sédiments.

Une certaine connaissance de la géologie et de la géographie physique nous aide à comprendre le paysage environnant et les forces qui l’ont façonné. Séparément, les formations peuvent sembler anodines et courantes, mais de fait il n’en est rien.

Nous constatons à présent que, bien que Mars soit un monde gelé, presque sans air et incroyablement sec depuis de nombreux millions d’années, la situation était radicalement différente il y a très longtemps. L’atmosphère était plus dense, il y faisait plus chaud en raison de l’effet de serre, et la surface était émaillée de lacs, de fleuves et même de mers, ce qui signifie qu’il devait aussi pleuvoir. Y avait-il des êtres vivants à la surface de Mars à l’époque? Pourquoi les choses ont-elles mal tourné sur cette planète et pas la nôtre? Voilà qui serait bon à savoir!

Ken Tapping est astronome à l’Observatoire de radio-astrophysique du Conseil national de recherches, à Penticton (C.-B.), V2A 6J9.

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