Titan

Ken Tapping, le 26 septembre 2012

Dans le ciel, cette semaine…

  • Mars et Saturne rasent l’horizon au sud-ouest une fois le soleil couché.
  • Saturne continue de courtiser l’étoile Spica. Jupiter se lève vers 22 h et Vénus autour de 3 h.
  • La Lune sera pleine le 29 septembre. C’est la lune des moissons.

C’est Christiaan Huygens qui, en 1655, découvrit Titan, principale lune de Saturne. L’astronome hollandais nota qu’à l’inverse des autres satellites de sa connaissance – tous de couleur grisâtre –, Titan semblait rose. Nous avons découvert par la suite que cette couleur unique, comparativement à celle des autres lunes du système solaire, s’explique par une atmosphère dense et brumeuse. Des relevés subséquents ont révélé l’énormité du satellite (diamètre de 5149 km contre 3475 km pour la Lune et de 12 756 km pour la Terre). Titan est plus gros que Mercure, dont le diamètre n’est que de 4879 km. La précision de ces données résulte de siècles de travail soigneux.

Ces particularités garantissaient que le satellite profiterait d’une attention spéciale de la part des sondes spatiales. La première à s’y intéresser fut Pioneer 11, qui frôla le satellite en 1979. Ce bref passage permit d’établir la température de Titan et de prendre quelques photos plutôt floues. Le satellite s’avéra glacial, ce qui est compréhensible étant donné son éloignement du Soleil. Ensuite vinrent les sondes Voyager 1 et 2, respectivement en 1980 et en 1981, dans leur périple épique d’exploration du système solaire. Leurs photos ne révélèrent néanmoins qu’une boule brun rosâtre, la chape de brouillard demeurant impénétrable.

La situation changea du tout au tout en janvier 2004. La sonde Cassini (du nom de Giovanni Cassini, le premier à avoir étudié Saturne et ses satellites) devait s’installer en orbite autour de Saturne et employer ses fusées pour modifier cette orbite afin de s’approcher à maintes reprises de tout ce qui pourrait s’avérer intéressant dans le système saturnien, Titan notamment. Pour couronner le tout, Cassini avait un passager : une deuxième sonde appelée Huygens. Cette dernière atterrirait sur Titan et enverrait les données captées durant sa descente ainsi qu’une fois à la surface.

Le 14 janvier, la sonde Huygens réussissait son atterrissage. En cours de route, elle transmit des photos sur lesquelles on voit un paysage de lacs et de chenaux de drainage ou de fleuves. La sonde a abouti sur ce qui semble être le lit asséché d’une rivière, couvert de galets manifestement façonnés par un liquide. Ces résultats et les données saisies par Cassini lors de ses nombreux passages à proximité, qui visaient à cartographier Titan à travers la couche nuageuse, révèlent un monde doté d’une atmosphère, avec du vent, de la pluie, des lacs et des fleuves. Titan possède même des déserts aux immenses dunes de sable. Néanmoins, selon la sonde Huygens, la température n’y dépasse pas -180 °C. Le liquide à l’origine de la pluie, des lacs et des fleuves ne peut donc être de l’eau. Selon la composition de l’atmosphère, ce liquide pourrait être constitué de méthane et d’éthane, deux hydrocarbures. Pour rendre Titan encore plus exotique, les galets pris en photo par Huygens sont vraisemblablement de la glace. En effet, à pareille température, l’eau est une roche comme une autre.

À l’heure actuelle, on pense que la vie naît d’une soupe particulière de composés chimiques que les mondes nouvellement formés tirent de la matière en suspension dans l’espace interstellaire. Sur Terre, le mélange a disparu depuis longtemps, mais on il existe encore sur la frigorifique Titan. Il serait fort intéressant de connaître la distance que Titan a parcourue sur le long chemin menant à la vie. Peut-être le satellite abrite-t-il déjà certains organismes vivants, mais à de telles températures, ils ne nous ressemblent assurément pas. Pour eux, notre planète n’est qu’une fournaise où toute survie est impensable. Aucun danger donc, j’imagine, qu’ils nous envahissent de sitôt.

Ken Tapping est astronome à l’Observatoire de radio-astrophysique du Conseil national de recherches, à Penticton (C.-B.), V2A 6J9.

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