« Seulement des données »

Ken Tapping, le 12 septembre 2012

Dans le ciel, cette semaine…

  • Mars et Saturne rasent l’horizon au sud-ouest une fois la nuit tombée.
  • Près de Saturne brille l’étoile Spica.
  • Jupiter se lève avant minuit et Vénus, vers 3 heures.
  • Nouvelle lune le 15.

Par les temps qui courent, on entend assez souvent parler de nouveaux télescopes et d’instruments qui ont révolutionné l’astronomie ou sont sur le point de le faire. À vrai dire, nous en bâtissons certains ici même. Cependant, parallèlement à cette révolution s’en déroule une autre qui change de manière radicale la façon dont progresse la science. Cette seconde révolution résulte des outils permettant de glaner, de transmettre et de traiter les données. Dorénavant, un chercheur peut obtenir des données émanant des quatre coins du monde, les comparer à celles issues de ses propres expériences, et combiner les deux pour réaliser de beaux diagrammes ou illustrations destinés à un colloque ou à une publication quelconques, sans avoir à quitter son bureau. De nos jours, on oublie aisément dans quelles conditions travaillaient les scientifiques qui nous ont précédés.

Il y a quelques années, nous avons collaboré avec un musée afin d’illustrer l’évolution du bureau de l’astronome au fil des siècles. L’un d’eux ressemble à celui qu’aurait pu avoir Galilée. Cependant, parmi les plus intéressants figure le bureau d’un radioastronome des années 1950, période où la radioastronomie a accompli des pas de géant.

Évidemment, à cette époque, il n’y avait ni terminaux, ni ordinateurs. Sur le bureau, on découvre le calepin dans lequel l’astronome notait l’information qu’il tirait de ses données. Le radiotélescope produisait une ligne d’encre sinueuse sur la bande sortant de l’enregistreur. Cet appareil crachait le papier à une vitesse précise. Une aiguille se déplaçait sur la largeur de la bande en fonction de la puissance du signal capté par le radiotélescope. Un stylet était fixé à l’aiguille, si bien que, lorsqu’on examinait le diagramme, il était possible de suivre l’évolution du signal dans le temps. Avec une règle et un planimètre, l’astronome prenait diverses mesures sur le diagramme et les consignait dans son calepin. Un des risques associés à ce travail consistait à se retrouver couvert d’encre quasi indélébile. On parlait alors du « mal de l’enregistreur ».

Comparer la photographie prise par un grand télescope optique à la partie du ciel observée avec le radiotélescope était alors pratique courante. On espérait ainsi parvenir à identifier la source des signaux radio. Il s’ensuivait d’autres mesures précises avec la règle afin de situer cette source sur la photo. Encore une fois, les chiffres échouant dans le calepin ne formaient qu’une partie infime de l’information dissimulée sur la photo.

Aujourd’hui, les observations et d’autres données, qu’il s’agisse d’images, d’enregistrements de la puissance d’un signal ou d’informations plus complexes, nous parviennent sous forme de tableaux dans des fichiers électroniques. Les formats ont même été normalisés afin que les données puissent être analysées avec les mêmes outils. Plus d’informations scientifiques que jamais sont donc extraites des données. De plus, grâce à Internet, l’astronome a accès à une masse beaucoup plus considérable de données et peut comparer ses notes à celles d’une multitude de ses collègues.

Par ailleurs, l’incroyable facilité avec laquelle on manipule maintenant les données en accroît l’accessibilité. Que vous soyez un scientifique à la fine pointe de votre domaine, un chercheur en herbe au secondaire ou un simple curieux, il est possible de trouver et d’analyser de l’information d’une manière qui stupéfierait les savants d’il y a à peine quelques décennies. Démarrez simplement ce moteur de recherche!

Ken Tapping est astronome à l’Observatoire de radio-astrophysique du Conseil national de recherches, à Penticton (C.-B.), V2A 6J9.

Téléphone : 250-497-2300
Télécopieur : 250-497-2355
Courriel : ken.tapping@nrc-cnrc.gc.ca

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