Océans extraterrestres

Ken Tapping, le 11 juillet 2012

Dans le ciel, cette semaine…

  • Mercure frôle l’horizon à l’ouest, peu après le coucher du Soleil.
  • Mars et Saturne trônent toujours dans le ciel, au sud-ouest. Cherchez Vénus et Jupiter, qui se voisinent, à l’est, avant l’aube.
  • La Lune entrera dans son dernier quartier le 10 juillet. Nouvelle lune le 18 juillet.

Au début des années 2020, l’Agence spatiale européenne prévoit expédier une sonde spéciale vers Jupiter, cinquième et plus grosse planète du système solaire. Cette sonde, baptisée « Jupiter Icy Moons Explorer » (explorateur des lunes glacées de Jupiter) ou JUICE, souligne encore une fois l’énormité des efforts déployés pour concevoir des acronymes inédits et accrocheurs pour les grands projets scientifiques. Cette mission devrait, entre autres, confirmer ce que l’on soupçonne déjà en ce qui concerne les gros satellites des planètes majeures : que des océans d’eau pourraient se dissimuler sous ou dans la glace qui les recouvre.

Nous vivons sur une planète aussi jolie qu’humide. Les deux tiers, environ, de sa surface sont recouverts d’eau et, si on aplatissait la Terre afin d’en faire une sphère parfaite, un profond océan en couvrirait la totalité. En prenant notre planète comme modèle des mondes océaniques, il n’est guère difficile de sauter à des conclusions astronomiques. Vénus, deuxième planète du système, est beaucoup trop chaude pour posséder des océans d’eau à l’état liquide; Mars, planète suivant la nôtre, en revanche, s’avère nettement trop froide. Par conséquent, l’eau susceptible de se trouver sur n’importe quel objet tournant autour du Soleil à une distance supérieure à celle de Mars devrait obligatoirement exister sous forme de glace qui ne se réchaufferait jamais suffisamment pour fondre. Ce n’est pas la première fois dans l’histoire de l’humanité que l’on tire une conclusion aussi logique que fausse et ce ne sera assurément pas la dernière. Parce que nous avions omis de considérer tous les éléments.

Nos propres mers nous en fournissent le principal indice. Le long des dorsales, au centre de l’océan, là où le nouveau plancher sous-marin nait à la frontière des plaques tectoniques, existent des cheminées hydrothermales. Le lieu est extrêmement chaud et l’eau saturée de minéraux qui en fuse permet l’épanouissement de colonies d’animaux étranges qui ne doivent la vie nullement au Soleil. Si l’astre qui nous éclaire venait subitement à s’éteindre, l’atmosphère se liquéfierait, les océans se couvriraient de glace, mais au fond de la mer, le long des dorsales, la vie continuerait.

Io, la plus grosse lune de Jupiter, qui en est également la plus proche, recèle aussi un indice important prouvant qu’il existe d’autres sources de chaleur. Plutôt qu’un monde gelé, ce satellite est chaud et parsemé de volcans. Il s’agit en fait du lieu le plus actif du système solaire, géologiquement parlant. La gravité de Jupiter confère à Io la forme d’un œuf, mais parce qu’elle tourne aussi sur son axe, cette lune subit un pétrissage qui en change la forme constamment, ce qui engendre énormément de chaleur. Assez pour en faire fondre l’intérieur.

Il fait trop chaud sur Io pour qu’on espère y trouver des océans ou des formes de vie. Cependant, le satellite voisin, Europe, est assez éloigné de Jupiter pour que le réchauffement dû à cette influence soit moins intense et beaucoup de scientifiques sont persuadés qu’un profond océan pourrait se dissimuler sous la glace, avec des cheminées hydrothermales et éventuellement de la vie. De plus en plus de preuves indiquent également qu’on ne peut écarter l’idée d’un océan caché sous une couche de glace très épaisse et isolante sur les deux plus grosses et plus distantes lunes de Jupiter, Ganymède et Callisto.

La sonde JUICE verra à travers la glace et détectera l’eau qui se dissimule en dessous, s’il y en a. Elle nous dira même la profondeur de cet océan probable. Pareille mission changera sans doute notre perception des objets qui gravitent autour du Soleil dans les coins les plus reculés et glacés de l’espace, ainsi que nos hypothèses sur la vie extraterrestre.

Ken Tapping est astronome à l’Observatoire de radio-astrophysique du Conseil national de recherches, à Penticton (C.-B.), V2A 6J9.

Téléphone : 250-497-2300
Télécopieur : 250-497-2355
Courriel : ken.tapping@nrc-cnrc.gc.ca

Date de modification :