Les plus grands feux

Ken Tapping, le 5 juillet 2012

Dans le ciel, cette semaine…

  • Mercure rase l’horizon à l’ouest, après le coucher du Soleil.
  • Mars et Saturne dominent dans le ciel, au sud-ouest.
  • La Lune était pleine le 3 juillet.

Maintenant que nous surveillons le Soleil de plus près que jamais, les alertes, souvent fausses, se multiplient quant aux répercussions que pourrait entraîner ce que l’astre qui nous éclaire envoie dans notre direction. Au sommet de la liste figurent les éruptions solaires et les éjections de masse coronale. Les premières surviennent quand, après s’être tordus pendant des heures ou des jours, les champs magnétiques qui parsèment le Soleil cèdent brusquement et se restructurent pour relâcher la tension, libérant toute l’énergie qu’ils ont emmagasinée en l’espace de quelques minutes. Il s’ensuit une masse de rayons X, d’ondes radioélectriques et de particules à haute énergie qui peuvent interrompre totalement les télécommunications, endommager les systèmes électroniques des satellites et mettre en danger les astronautes ainsi que ceux qui voyagent en avion, à haute altitude, surtout le long des routes polaires. Une éjection de masse coronale a des conséquences moins dramatiques. Une énorme boucle magnétique emprisonnant des gaz chauds et ionisés subit un stress de plus en plus grand jusqu’à ce qu’une perturbation quelconque fasse éclater le champ magnétique et céder la boucle, qui est catapultée avec son contenu dans l’espace, à une vitesse de 2000 km à la seconde, voire davantage. En heurtant le champ magnétique de la Terre, ces gaz provoquent des orages magnétiques qui entraînent des pannes de courant, accélèrent la corrosion des pipelines et causent plusieurs autres dommages. Il arrive très souvent que l’onde de choc d’une éruption solaire déclenche une éjection de masse coronale. Par conséquent les deux phénomènes coexistent fréquemment. C’est notamment ce qui s’est produit en 1859 et en 1989.

Pour nos ancêtres, qui vivaient à une ère technologiquement rudimentaire, le seul indice susceptible de révéler ces sautes d’humeur solaires au sol était les aurores boréales. Les uniques répercussions néfastes auraient été de nature indirecte, par exemple, s’extasier devant le spectacle offert par les cieux au lieu de garder l’œil sur les chats des cavernes et d’autres prédateurs. Notre vulnérabilité face à l’activité solaire découle essentiellement de son impact sur la technologie et l’infrastructure complexe dont nous dépendons tant maintenant. Or, cet impact peut être considérable. En 1989, une éruption solaire et une éjection de masse coronale moyennes ont engendré des dommages évalués à environ deux milliards de dollars. Une éruption beaucoup plus importante est survenue en 1859. Si elle s’était produite aujourd’hui, revenir à une vie normale nous aurait coûté approximativement deux billions de dollars! Pareille éventualité a enclenché des recherches visant à minimiser les répercussions de tels phénomènes grâce à de meilleurs plans, avertissements et prévisions. Toutefois, pour cela, nous devons savoir quelle puissance maximale peuvent atteindre les éruptions solaires et à quelle cadence elles se répètent. L’ennui est que nous ne surveillons pas l’activité du Soleil depuis assez longtemps pour cela. Avant le XIXe siècle, celle-ci exerçait peu d’influence sur nos activités.

Quoi qu’il en soit, il est possible d’élargir nos connaissances par l’observation d’autres étoiles similaires au Soleil. Il y en a beaucoup et on peut les surveiller pour voir si elles connaissent des éruptions et établir la cadence à laquelle surviennent les éruptions de telle ou telle importance. Ainsi, une étude porte sur 83 000 étoiles de type solaire. Les résultats actuels sont intrigants.

Une grosse éruption solaire typique libère environ un million de quadrillions de joules d’énergie. Certaines étoiles connaissent des « super éruptions » qui en libèrent 100 000 fois plus. Cependant, les éruptions les plus dévastatrices viennent d’astres qui tournent beaucoup plus vite que le Soleil, car, avec la vitesse de rotation supérieure, les tensions s’accumulent davantage dans les champs magnétiques. Par conséquent, il est peu probable que le Soleil se comporte de la sorte. Néanmoins, fonder quelque conclusion que ce soit sur un siècle d’observations à peine, alors que notre étoile est vieille de 4,5 milliards d’années serait légèrement prématuré. Les recherches se poursuivent.

Ken Tapping est astronome à l’Observatoire de radio-astrophysique du Conseil national de recherches, à Penticton (C.-B.), V2A 6J9.

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