Nuages et transits

Ken Tapping, le 27 juin 2012

Dans le ciel, cette semaine…

  • Mercure rase l’horizon, à l’ouest, après le coucher du soleil.
  • Mars et Saturne brillent dans la partie sud du firmament.
  • La Lune entrera dans son premier quartier le 26 juin et sera pleine le 3 juillet.

Dans l’espace existe une frontière où prend fin le royaume du Soleil, où le système solaire cède la place à l’espace interstellaire. Il ne s’agit pas d’une ligne arbitraire, tracée au terme de négociations entre états comme c’est souvent le cas sur la Terre. Le lieu est bien réel. Là, les vents solaires faiblissants sont stoppés par la poussière, les gaz et les champs magnétiques qui séparent les étoiles. 

Nous avons accompli énormément de choses depuis que l’ère spatiale s’est amorcée, en octobre 1957. Pourtant, la majorité de nos réalisations ne dépassent pas l’orbite de la Lune, soit un rayon de moins de 400 000 km. À quelques exceptions près, les autres triomphes spatiaux de l’être humain se cantonnent dans le système solaire, c’est-à-dire à l’intérieur de l’orbite de Pluton, à environ 5,5 milliards de kilomètres de la Terre. Un engin spatial a néanmoins franchi cette frontière pour se perdre dans l’espace interstellaire et un second est sur le point de le rejoindre. 

En 1972, un engin spatial baptisé Pioneer 10 était lancé vers la partie la plus reculée du système solaire. Sa mission consistait à explorer les planètes plus lointaines, mais, comme de nombreux autres engins spatiaux, il a accompli beaucoup plus. En 1973, Pioneer 10 a traversé la ceinture d’astéroïdes située entre Mars et Jupiter. En novembre de la même année, la sonde a longé Jupiter avant de poursuivre sa route au-delà des planètes. Ses signaux se sont affaiblis tandis qu’elle s’éloignait de nous. L’épuisement graduel de sa source d’énergie nucléaire les a atténués davantage. Puis, le 23 janvier 2003, après un périple de 30 ans, les signaux se sont éteints. À l’époque, l’engin se trouvait à environ 12 milliards de kilomètres de la Terre. Sans doute a-t-il franchi la frontière du système à présent, mais en silence. 

En 1997, on lançait deux autres engins : Voyager 1 et Voyager 2. Leur mission consistait à nous renseigner sur les planètes extérieures. L’orbite paresseuse de Voyager 2 a permis à Voyager 1 de prendre les devants. Les deux sondes ont réussi leur mission avec brio et continuent d’émettre. Environ 18 milliards de kilomètres nous séparent maintenant de Voyager 1, qui nous transmet toujours des données pour le moins fascinantes. Celles-ci nous ont appris que le vent solaire perd rapidement de sa force tandis qu’augmentent vivement les rayonnements cosmiques, ces particules à haute énergie issues de l’espace interstellaire que bloque en grande partie le champ magnétique du Soleil. La frontière n’est pas loin. Nous saurons exactement quand Voyager quittera le système lorsque le champ magnétique du Soleil cèdera devant celui de la Voie lactée. Nous attendons avec une réelle impatience les données qui nous seront expédiées lors de cette traversée. 

La radioastronomie nous a appris des tas de choses sur la matière qui occupe l’espace entre les étoiles et elle continue de le faire. Grâce à elle, nous savons que s’y retrouvent les vestiges d’étoiles et de planètes défuntes, matériaux datant de la naissance de l’univers, et comment de nouvelles étoiles et planètes en émergent. Toutefois, nous n’y avons jamais jeté un coup d’œil directement, et jamais à si petite échelle. Les télescopes ne montrent pas les champs magnétiques, uniquement leurs conséquences. Voyager les observera directement, car il sera sur les lieux. 

Dans un des longs métrages de Star Trek, un vaisseau Klingon croise Pioneer 10, quelque part dans l’espace. Un Klingon dit alors à son copain : « Je parie que tu le rates. » Espérons que les vrais extraterrestres ne sont pas aussi vindicatifs.

Ken Tapping est astronome à l’Observatoire de radio-astrophysique du Conseil national de recherches, à Penticton (C.-B.), V2A 6J9.

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