Tempêtes solaires

Ken Tapping, le 21 mars 2012

Dans le ciel, cette semaine…

  • Dans son périple vers le nord, le Soleil traversera l’équateur le 20 mars à 1:14 HAE et le 19 mars à 22:14 HAP, marquant l’équinoxe vernal et le début officiel du printemps.
  • Vénus et Jupiter brillent à l’ouest après le coucher du Soleil. Vénus est la plus éclatante. Mars luit à l’est et Saturne apparaît vers 22 h.
  • Nouvelle lune le 22 mars.

Le 10 mars 1989, une formidable explosion secouait le Soleil. Un immense nuage de gaz chauds et des champs magnétiques engendrés par le phénomène ont été propulsés dans l’espace à une vitesse variant entre 1000 et 2000 kilomètres à la seconde. Le nuage – une éjection de masse coronale – a atteint la Terre tôt le matin le 13 mars, causant un colossal orage magnétique. Ont suivi des pannes de courant massives, la perturbation des systèmes de communication et bien d’autres problèmes. Total de la facture pour les dommages : plus de deux milliards de dollars. C’est pourquoi les récentes éruptions solaires ont tant retenu l’attention. Malheureusement, celles-ci ont aussi contribué à la soif de sensationnalisme des médias. 

Nous sommes sans aucun doute plus vulnérables aux caprices du Soleil aujourd’hui que nous l’étions en 1989. En effet, jamais dans l’histoire nos activités quotidiennes n’ont-elles autant dépendu de la capacité d’échanger rapidement et efficacement de l’information. Une gestion efficace de l’électricité signifie que les réseaux sont plus intimement reliés, donc plus vulnérables. Peut-être serez-vous surpris d’apprendre que l’activité du Soleil endommage aussi les pipelines en en accélérant considérablement l’érosion. Enfin, il y a les vols à haute altitude, surtout le long des pôles, où les rayonnements sont beaucoup plus intenses quand le Soleil s’active. Nous avons eu une excellente illustration de ce qui se produit quand le Soleil grille un ou deux satellites de communication il y a quelques années. Des particules à haute énergie d’origine solaire ont fait tomber en panne deux satellites Anik, coupant d’importantes communications et faisant s’évanouir bon nombre de canaux câblés à la télévision. 

Quoi qu’il en soit, nous avons accompli d’énormes progrès dans la bonne direction au cours des dernières décennies. En 1989, on ne parlait même pas de « météorologie spatiale ». Nous n’avions qu’une très vague idée des processus étroitement imbriqués qui s’amorcent sur le Soleil pour se terminer à la surface de la Terre. Grâce à de nouvelles observations et une compréhension scientifique toujours plus grande, nous pouvons maintenant faire davantage qu’en 1989 pour minimiser les conséquences de ces intempéries spatiales. 

Comprendre et prévoir les conditions météorologiques dans l’espace revêt une importance particulière pour le Canada. En effet, notre pays se trouve à une haute latitude magnétique et l’étendue de son territoire le rend spécialement vulnérable aux conséquences de telles conditions. C’est cette vulnérabilité qui explique les initiatives constantes prises par le Canada dans le domaine de la météorologie spatiale. Nos moniteurs des émissions solaires d’ondes radio fonctionnent à la manière de stéthoscopes en tâtant le pouls du Soleil; des satellites surveillent la situation dans l’espace, tandis que les réseaux de capteurs qui émaillent le Canada suivent le champ magnétique terrestre et l’environnement dans le proche espace. Le Conseil national de recherches, Ressources naturelles Canada et l’Agence spatiale canadienne collaborent pour mettre au point de nouveaux instruments de mesure tel le moniteur de flux solaire de la prochaine génération, en développement ici même, à l’Observatoire fédéral de radioastrophysique, et de meilleurs réseaux de capteurs terrestres. Il devrait en découler des données plus utiles et un système de prévision plus efficace, de sorte que nous saurons ce qui nous attend et quand.

Ken Tapping est astronome à l’Observatoire de radio-astrophysique du Conseil national de recherches, à Penticton (C.-B.), V2A 6J9.

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