Une enfilade de planètes

Ken Tapping, le 7 mars 2012

Dans le ciel, cette semaine…

  • Vers 22 h, regardez cette étoile dorée qui brille à l’est. Il s’agit d’Arcturus, qui annonce le printemps.
  • La lune sera pleine le 6 mars.

Quand j’ai quitté l’observatoire lundi dernier, le soleil venait de disparaître au sud-ouest. Juste au-dessus des derniers rayons solaires luisaient un croissant de lune ainsi que les planètes Jupiter, Vénus et Mercure, formant une belle guirlande. La vue était magnifique, renforcée par le beau bleu post-crépusculaire en arrière-plan. La lune s’est maintenant déplacée à l’est, mais cet alignement de planètes persistera encore une semaine environ. Si vous en avez l’occasion, sortez pour contempler le spectacle. Trouvez un endroit qui soit dégagé en direction du sud-ouest, sans colline à l’horizon susceptible de cacher Mercure avant que le ciel soit devenu trop noir pour que la planète disparaisse. De tels alignements frappent l’imagination et, dans le passé, on les considérait souvent comme porteurs de présages. Bien sûr, ils ne sont que la conséquence de la manière dont notre système solaire est organisé, les planètes suivant une trajectoire plus ou moins circulaire autour du soleil, à la façon de billes qui tournent dans une assiette. Le mécanisme nous semble un peu plus complexe, car nous l’observons de la Terre, c’est-à-dire de la troisième bille à partir du centre.

À dire vrai, les planètes ne sont pas si près les unes des autres. Mercure se trouve actuellement à 110 millions de kilomètres de la Terre, Vénus est à 122 millions de kilomètres et Jupiter, à 840 millions de kilomètres. Comparativement à ces planètes, la lune est au pas de la porte, à 405 000 kilomètres seulement.

Mercure est la planète la plus proche du soleil, la Terre étant la troisième. Nous voyons Mercure alternativement à gauche et à droite de l’astre du jour, à mesure que la planète poursuit son orbite. Étant donné que Mercure est très proche du soleil, peu d’espace dans le ciel les sépare. Cette planète s’observe le mieux lorsque la séparation est maximale, et cela, un peu avant le lever ou le coucher du soleil, lorsque l’horizon empêche celui-ci de nous éblouir.

La planète suivante est Vénus. Si Mercure n’est qu’une boule rocheuse privée d’air réfléchissant seulement 11 % de la lumière qui l’irradie, l’atmosphère dont Vénus est pourvue enveloppe la planète d’une couche de nuages d’un blanc immaculé qui renvoie 65 % des rayons incidents. C’est pourquoi Vénus brille plus que tous les autres corps célestes, hormis le soleil et la lune. Son orbite se situant à l’intérieur de celle de la Terre, Vénus passe d’un côté à l’autre du soleil comme Mercure, selon notre point de vue. Toutefois, son orbite de plus grande taille la rapprochant de la Terre, elle s’écarte davantage à la gauche et à la droite du soleil. C’est l’« étoile » qu’on voit luire le matin ou le soir sur le fond obscur du ciel. Vue dans un petit télescope, Vénus ressemble habituellement à un croissant aveuglant, car son côté éclairé perd graduellement en visibilité lorsque la planète s’interpose entre la Terre et le soleil. Jupiter est la cinquième planète en partant du soleil, ce qui signifie que nous passons régulièrement entre elle et le soleil. Jupiter est donc visible à toutes sortes de moments, ce qui ne peut se produire pour Mercure et Vénus. Jupiter se trouve actuellement presque à l’extrémité de son orbite, de l’autre côté du soleil.

La situation ne pourrait être plus propice pour l’observation des planètes. Bien qu’elle ne fasse pas partie de cette superproduction spatiale, Mars, quatrième planète du système solaire, apparaît à l’est en soirée, et Saturne, la sixième planète, se montre vers 22 h. Si vous avez un télescope, c’est le moment de s’en servir!

Nous assisterons à une autre représentation spectaculaire les soirées des 25 et 26 mars, lorsque le croissant lunaire, Vénus et Jupiter luiront au sud-ouest après le crépuscule. Mercure, cependant, se sera perdu dans l’éblouissement des feux solaires.

Ken Tapping est astronome à l’Observatoire de radio-astrophysique du Conseil national de recherches, à Penticton (C.-B.), V2A 6J9.

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