Vivre sur la Lune

Ken Tapping, le 15 février 2012

Dans le ciel, cette semaine…

  • Jupiter et Vénus brillent toujours avec éclat dans la partie sud-ouest du firmament en soirée.
  • Mars apparaît vers 20 h et Saturne, autour de 22 h.
  • Nouvelle lune le 21 février.

Depuis un an ou deux, les discussions ont repris concernant un éventuel retour sur la Lune et même la construction d’une base habitée permanente. Bien que la chose soit techniquement réalisable, la grande question est : pourquoi? qu’en ferions-nous? L’idée d’un poste frontière du XXIe siècle a quelque chose de romantique, mais à quoi d’autre servirait pareille base?

Une vision qui persiste depuis que l’être humain rêve de voyages intersidéraux est qu’une base lunaire servirait de tremplin à l’exploration de l’espace. Pour l’instant, les missions spatiales débutent toutes à la surface de la Terre, ce qui complique considérablement les choses. Tout d’abord, il faut vaincre la gravité de la Terre. Ensuite, il y a l’atmosphère. La traverser à une vitesse supersonique signifie combattre la friction de l’air en plus de l’attraction gravitationnelle. Les engins spatiaux ont besoin d’une coque et d’une enveloppe aérodynamiques, ce qui en accroît le poids. La masse et la friction de l’air interdisent de trop grandes enveloppes. Par conséquent, beaucoup d’engins doivent être pliés afin de se loger dans des espaces exigus. Des missions spatiales ont dû être modifiées ou ont tout bonnement échoué parce que des panneaux solaires, des antennes ou des instruments n’ont pu se déployer correctement. La gravité terrestre et la masse supplémentaire à transporter font des fusées de lancement de véritables monstres et ajoutent à la violence du décollage. Au cours des quelques minutes qui précèdent leur entrée dans l’espace, astronautes et matériel sont sauvagement secoués.

Un lancement à partir de la Lune s’avérerait beaucoup plus facile. En effet, la gravité n’y est que le sixième de celle observée sur la planète, et notre satellite est dépourvu d’atmosphère. En l’absence de friction de l’air, les engins spatiaux n’auraient nul besoin d’un profilage aérodynamique, pas plus que d’une enveloppe supplémentaire. Sans vent pour les arracher, les panneaux, les antennes et les bras des instruments pourraient être déployés et testés avant le lancement.

Les astronomes auraient pratiquement tout le spectre électromagnétique à leur disposition sur la Lune, et le vide qui y règne faciliterait l’assemblage et le fonctionnement de maints instruments employés pour la recherche en physique. Les astronautes des missions Apollo ont prouvé qu’il est possible de travailler plusieurs heures de suite à la surface de la Lune. Néanmoins, ils ne vivaient pas sur place. Ceux qui s’établiront sur la Lune auront besoin de plus d’espace, de commodités, voire d’un environnement où séjourner en manches courtes.

Un inconvénient des stations spatiales est qu’à part l’énergie solaire qui abonde, pratiquement tout (à savoir, l’air, l’eau, la nourriture et les matériaux) doit être soulevé de la surface de la Terre, voire apporté sur 400 000 km jusqu’à la Lune. Il semble qu’on pourrait tirer de l’eau et de l’oxygène des roches lunaires, et beaucoup de matières premières pourraient être exploitées localement.

Un risque de la vie sur la Lune est qu’aucune atmosphère, aucun champ magnétique ne filtreraient les dangereux rayonnements solaires ou cosmiques. De plus, la température varie considérablement quotidiennement. Par chance, on pourrait surmonter de telles difficultés en vivant une dizaine de mètres sous le sol. Beaucoup de villes canadiennes ont recouru à ce stratagème pour échapper aux rigueurs de notre climat, donc régler le problème de la base lunaire ne devrait pas se révéler si inhabituel. Les obstacles à surmonter sont nombreux et quelques années s’écouleront avant qu’on y parvienne, mais une base verra éventuellement le jour sur la Lune.

Ken Tapping est astronome à l’Observatoire de radio-astrophysique du Conseil national de recherches, à Penticton (C.-B.), V2A 6J9.

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