Vieille lune, nouvelle lune

Ken Tapping, le 8 février 2012

Dans le ciel, cette semaine…

  • Jupiter et Vénus brillent toujours avec éclat dans la partie sud-ouest du firmament en soirée.
  • Mars apparaît vers 20 h et Saturne, à minuit.
  • La Lune sera pleine le 7 février et entrera dans son dernier quartier le 13.

Un des premiers ouvrages d’astronomie que j’ai lu avait pour titre The Sky and Heavens (le ciel et les cieux). En plus des cartes stellaires et des informations sur les objets célestes figurait une peinture du ciel, à l’ouest, peu après le crépuscule. Une lueur à l’horizon indiquait où avait disparu le Soleil et le firmament avait cette fantastique teinte bleutée qu’on ne semble retrouver nulle part ailleurs dans la nature. La Lune luisait dans le ciel, mince croissant brillamment éclairé par l’astre solaire. Le reste du disque se discernait faiblement, avec sa couleur mêlant bleu, vert et gris. Tout près brillait Vénus, aussi éclatante que les feux d’atterrissage d’un avion. 

Bien qu’il se spécialise dans l’étude des ondes radio venant du cosmos, notre observatoire demeure un site privilégié pour examiner le ciel optiquement. En effet, la régulation des projets de construction domiciliaire près de l’observatoire, indispensable pour mettre ce dernier à l’abri des interférences radio, a eu pour corollaire l’aménagement d’un lieu assez obscur pour qu’on puisse y admirer le ciel nocturne. 

Il y a deux ou trois semaines, je quittais l’observatoire pour rentrer à la maison. Il faisait sombre et le ciel était dégagé, aussi ai-je levé les yeux, comme je le fais d’habitude, jet là, à l’ouest, se trouvait exactement le tableau que je viens de vous décrire, en mieux. Un mince croissant brillamment éclairé par le Soleil, complété par le reste du disque lunaire en gris bleuté. Vénus luisait avec éclat à proximité avec, en prime, Jupiter un peu plus haut, cloutée à la voûte étoilée. La planète géante brillait presque autant que Vénus, mais d’un éclat plus jaunâtre. 

Quand un fin croissant très lumineux encercle un disque lunaire plus pâle, on dit que la vieille lune prend dans ses bras la nouvelle. Bien sûr, il existe des expressions plus prosaïques comme « lumière cendrée » ou, plus souvent, « clair de Terre ». Ce qu’on voit, en fait, correspond à une partie du satellite éclairée directement par le Soleil et le reste, par la lumière solaire que réfléchit la Terre. L’explication nous vient de Léonard de Vinci et remonte au XVIe siècle. 

Bien qu’on dispose désormais de satellites pour effectuer pareilles mesures, déterminer l’éclat de la lumière cendrée demeure une bonne façon de jauger l’épaisseur de la couverture nuageuse du côté du globe qui fait face à la Lune. Sur les images de la Terre prises de l’espace, le sol apparaît brun terne ou gris, les océans sont d’un bleu électrique, et les nuages ont l’éclat de la neige, car ils reflètent et diffusent fort efficacement la lumière solaire. 

Si vous vous êtes déjà trouvé dans un avion par temps nuageux ou pluvieux, vous aurez certainement remarqué ceci : tout est gris et sombre sous les nuages. Cependant, quand vous traversez ceux-ci, plus l’avion grimpe et plus la couche s’éclaire, si bien que lorsqu’on en sort enfin, la lumière vous aveugle. Vous venez d’expérimenter une partie du rayonnement solaire renvoyé par les nuages dans l’espace, peut-être en direction de la Lune, de sorte qu’une autre personne, sur Terre, là où le Soleil vient de se coucher, verra s’illuminer la partie du disque lunaire que n’éclaire pas le Soleil, telle la vieille lune prenant dans ses bras la nouvelle. Mesurer la couche nuageuse d’après la lumière cendrée de la Lune reste un moyen important dans l’étude du changement climatique sur la Terre. Bien qu’on observe la vieille lune dans les bras de la nouvelle depuis des siècles, le phénomène garde une utilité scientifique tout en étant d’une grande beauté.

Ken Tapping est astronome à l’Observatoire de radio-astrophysique du Conseil national de recherches, à Penticton (C.-B.), V2A 6J9.

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