Deux révolutions

Ken Tapping, le 1 février 2012

Dans le ciel, cette semaine…

  • Deux planètes éclatantes éclipsent les étoiles dans le ciel nocturne, tels les feux d’atterrissage d’un avion.
  • Vénus luit au sud-ouest, peu après le crépuscule; vous trouverez Jupiter plus haut, sur la gauche. Vénus brille davantage et d’un éclat plus blanc.
  • Mars se lève vers 21 h et Saturne à minuit.
  • La Lune sera pleine le 7 février.

Au cours des dernières décennies, deux révolutions ont secoué l’astronomie. En premier est venue la révolution des nouveaux instruments, fruits des technologies développées depuis peu. S’ensuit un changement dans la manière dont les télescopes sont utilisés. Auparavant, les instruments les plus vieux servaient aux relevés, c’est-à-dire à la collecte d’une masse de données générales plutôt que de données précises sur des objets d’un intérêt particulier. Le temps d’observation dans les nouvelles installations, à la fine pointe de la technologie, était trop précieux pour qu’on le gaspille sur des projets de longue haleine. Deux difficultés s’ajoutaient à la poursuite de telles études : nous étions mal équipés pour traiter des données aussi volumineuses et nous ne possédions pas les outils permettant d’exploiter celles-ci efficacement. Ce qui ne veut pas dire qu’on n’admettait pas l’importance de tels travaux. Pour établir ce qui différencie vraiment certains objets, il est essentiel de les comparer à de nombreux autres. En effet, pour déterminer si Jean est plus grand que la moyenne, on doit comparer sa taille à celle d’une multitude d’hommes. La même règle s’applique aux étoiles, aux planètes, aux galaxies, comme à tout le reste.

Pareilles études sont maintenant monnaie courante. Nous disposons d’instruments capables de recueillir des données très variées sur de nombreux objets à la fois, nous avons les systèmes capables de traiter et de stocker ces données, et nous possédons des outils spéciaux pour les examiner. Certaines méthodes employées pour cela font appel à des techniques exotiques comme l’intelligence artificielle, l’extraction de données et une nouvelle discipline baptisée « visualisation des données ». Ce qui m’amène à la deuxième révolution, plus tranquille, mais dont l’impact s’avère tout aussi grand.

Jusqu’à récemment, les données émanant d’une période d’observation dans un observatoire financé par les deniers publics, comme celui du télescope Canada-France-Hawaï, n’étaient accessibles qu’aux astronomes responsables des observations. Désormais, grâce au stockage peu coûteux des données et à l’Internet, la donne a changé. Après un certain temps, la majeure partie des données échouent dans des dépôts où n’importe qui est en mesure de les consulter et de les télécharger. Bon nombre de découvertes résultent d’une deuxième lecture de données obtenues au départ à d’autres fins.

Nous avons progressé encore plus. Maints observatoires, tant professionnels qu’amateurs, affichent dorénavant leurs données sur le Web presque immédiatement après qu’elles ont été saisies. Pour voir des images du Soleil prises dans l’heure ou dans les heures qui viennent de passer, il suffit d’effectuer une recherche sur le Web. Quelques observatoires peuvent même être exploités directement par l’Internet. Vous aimeriez des images prises par le télescope Hubble ou des données venant des sondes martiennes? Vous n’avez qu’à vous servir. Inutile d’être un scientifique de profession. En plus de faire fructifier les sommes injectées dans la recherche, ces révolutions mettent la science à la portée de chacun. Voilà qui devrait faire s’épanouir les scientifiques en herbe.

Il y a peu, une jeune fille de 10 ans du Nouveau-Brunswick (Canada) appelée Kathryn Gray découvrait une supernova, l’explosion d’une étoile dans une galaxie lointaine, grâce aux données des observations offertes sur l’Internet. L’accès aux données des appareils de premier plan ou presque n’est désormais plus réservé à de rares fortunés. Dommage que ce n’était pas le cas quand j’ai débuté dans le métier.

Ken Tapping est astronome à l’Observatoire de radio-astrophysique du Conseil national de recherches, à Penticton (C.-B.), V2A 6J9.

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