Du Soleil à la Terre

Dans le ciel, cette semaine…

  • Jupiter se lève vers 17 h.
  • Mars apparaît vers minuit.
  • Pleine lune le 10 novembre

Ken Tapping, le 9 novembre 2011

Imaginez que vous êtes dans une quelconque ville, loin de chez vous, et qu’en vous rendant au guichet automatique pour retirer de l’argent, celui-ci ne reconnaisse pas votre carte. Et si le réseau de télécommunications et le réseau électrique s’effondraient totalement? Mettez-vous à la place de l’exploitant d’un pipeline qui s’inquiète de la lente corrosion des milliers de kilomètres d’oléoduc sous sa responsabilité en raison des fluctuations du champ magnétique terrestre. Envoyer des inspecteurs sur le terrain coûte une fortune. Combien de fois les enverriez-vous, sachant que si vous ne le faites pas assez souvent, les conséquences pourraient être désastreuses? Que fait-on avec les satellites de communication ou les autres satellites qui défaillent en raison des dommages engendrés par les particules à haute énergie, habituellement les protons expédiés par le Soleil? Ce ne sont là que quelques questions qu’on pourrait ranger sous le thème plus général de la « météorologie spatiale », c’est-à-dire les répercussions du comportement du Soleil sur l’environnement spatial, le champ magnétique et l’atmosphère de la Terre.

Image du Soleil montrant une éjection de matière coronale qui eut lieu le 3 novembre 2011. Photo : NASA/GSFC/SDO

Image du Soleil montrant une éjection de matière coronale qui eut lieu le 3 novembre 2011. Photo : NASA/GSFC/SDO

Un autre aspect dont il faut tenir compte est que, de tous les pays du globe, le Canada s’avère le plus vulnérable aux intempéries spatiales. Tout d’abord, nous nous trouvons près du pôle Nord magnétique, actuellement situé dans le nord du pays. Guidées par le champ magnétique, les particules à haute énergie que véhiculent certains phénomènes météorologiques spatiaux s’engouffrent dans l’entonnoir qui y mène. Les répercussions magnétiques de l’activité solaire se font aussi ressentir le plus aux latitudes canadiennes. Deuxièmement, le Canada est un immense territoire, s’étendant sur bon nombre de degrés de longitude. Très longs, les pipelines et les lignes à haute tension y sont plus sensibles aux phénomènes magnétiques orchestrés par le Soleil. Par-dessus tout, nous dépendons considérablement des communications radio sur de longues distances. Tout cela pour dire que le Canada prend la météorologie spatiale très au sérieux.

Trois tâches nous incombent. D'abord, surveiller de près le Soleil et identifier les évènements susceptibles de nous poser des difficultés aussi longtemps à l’avance que possible. Ensuite, établir quand ces problèmes nous affecteront. Enfin, mieux prévoir les intempéries spatiales et aussi vite que faire se peut. Bien que nous partagions nos idées et l’information avec les autres pays, qui, en échange, nous laissent consulter leurs données, notre vulnérabilité face aux phénomènes météorologiques spatiaux explique pourquoi nous avons besoin d’un système national en mesure d’accomplir les tâches précitées. Quoiqu’elles gardent leur grande utilité, les données des autres pays ne sont pas absolument essentielles à la sécurité nationale en matière de météo spatiale.

Bâtir un tel système intégral de surveillance des conditions météorologiques spatiales est un programme coopératif que se partagent trois organes du gouvernement canadien : l’Agence spatiale canadienne, Ressources naturelles Canada et le Conseil national de recherches du Canada. En vertu de cette entente de collaboration, nous perfectionnons les appareils existants employés pour étudier le Soleil et construisons le moniteur de flux solaire de demain, sorte de stéthoscope évolué pour le Soleil. Les autres grandes activités en la matière consistent à mieux intégrer les données issues du réseau national d’instruments terrestres et de mettre sur pied un centre de données et de prévisions canadien. Comprendre les phénomènes météorologiques spatiaux et composer avec ceux-ci demeure une activité internationale. Cependant, il nous faut également un système national capable de fonctionner s’il y a rupture des connexions internationales, éventuellement en raison d’une tempête spatiale.

Ken Tapping est astronome à l’Observatoire de radio-astrophysique du Conseil national de recherches, à Penticton (C.-B.), V2A 6J9.

Téléphone : 250-497-2300
télécopieur : 250-497-2355
Courriel : ken.tapping@nrc-cnrc.gc.ca

Date de modification :