Dawn sur un astéroïde

Dans le ciel, cette semaine…

  • Saturne rase l’horizon à l’ouest après le coucher du Soleil.
  • Jupiter se lève vers 23 h et Mars autour de 3 h.
  • Nouvelle lune le 28 août.

Ken Tapping, le 24 août 2011

Une des plus grandes quêtes de la science consiste à retracer ce qui s’est passé entre le Big Bang et l’univers actuel, un univers de galaxies, d’étoiles et de planètes. Un pas considérable dans cette voie serait d’établir avec exactitude ce qui a été apporté au « chantier » qui a donné naissance au système solaire.

La probabilité qu’on découvre un jour les restes de ces « matériaux de construction » quelque part sur la Terre est très mince. En effet, la tectonique des plaques et l’érosion ont tout effacé à la surface. La croûte terrestre est constamment refaçonnée, de sorte que peu de roches antédiluviennes y subsistent. Bien qu’on en ait découvert datant presque de la formation de la Terre, il y a environ 4,5 milliards d’années, au Canada et en Australie, une certaine transformation s’était apparemment déjà effectuée à l’époque. Par ailleurs, ces roches ont évolué depuis. Il ne s’agit donc pas d’échantillons fiables de la matière d’origine.

Conception graphique de la sonde spatiale Dawn en orbite autour de Vesta. Source : NASA/JPL-Caltech/UCLA/McREL

Conception graphique de la sonde spatiale Dawn en orbite autour de Vesta. Source : NASA/JPL-Caltech/UCLA/McREL

La Lune semblerait offrir de meilleures chances. Ses montagnes ont été formées par impact, pas par la tectonique, et notre satellite est dépourvu des mécanismes de recyclage communs sur Terre. La Lune paraît solide de part en part, et cela depuis longtemps, ce qui écarte tout mouvement de plaques. Néanmoins, de fortes fluctuations de température (celle-ci varie d’un point supérieur à celui de l’ébullition de l’eau, le jour, à un point inférieur à celui de sa congélation, la nuit) et le bombardement de micro météorites, pendant des milliards d’années, ont littéralement recouvert sa surface de poudre. La croûte lunaire a séché, puis d’immenses coulées de lave en ont altéré la surface, après d’importantes collisions. La Lune ne s’avère donc pas elle non plus une source fiable de matériau d’origine. Les autres planètes doivent être rayées de la liste pour des raisons analogues. Pluton serait une possibilité, mais cette planète est extrêmement difficile à atteindre. Par chance, il existe une alternative : la ceinture d’astéroïdes.

Grâce à la gravité de Jupiter, la plus grosse planète du système, la planète qui aurait normalement dû se former entre Mars et Jupiter n’a jamais vu le jour. Les matériaux ont gardé l’aspect d’innombrables blocs dont le plus grand mesure moins d’un millier de kilomètres, la majorité étant beaucoup plus petits. Ces amas n’ont jamais assez grossi pour qu’une activité volcanique s’y développe et se situent assez loin du Soleil pour rester gelés en permanence. La matière qui les compose est sans doute ce qui ressemble le plus à ce qui existait à la création du système solaire, sans qu’on ait besoin de s’aventurer dans les noires et glaciales profondeurs au-delà de Pluton. Bien sûr, pour en être certain, il faudrait visiter plus d’un astéroïde. Des engins spatiaux ordinaires ne conviendraient pas à la tâche, mais Dawn est différent.

Durant la majeure partie de la conquête de l’espace, envoyer quelque chose là-haut se résumait à lui donner une poussée assez forte et à le laisser tomber en chute libre jusqu’à destination. Si cette méthode fonctionne avec des chiffres et des corrections de trajectoire en vol peu élevés, elle laisse à désirer quand il faut manœuvrer à travers des astéroïdes. Dawn utilise la propulsion ionique. Même s’il n’engendre qu’une faible poussée en éjectant extrêmement vite une petite quantité de carburant, un tel système s’avère un moyen très économique et efficace pour atteindre de nombreuses destinations. Dawn a été lancé en 2007 et s’est mis en orbite autour de l’astéroïde Vesta en juillet 2011. Il quittera celui-ci en juillet 2012 pour gagner Cérès, sa prochaine escale et le plus gros des astéroïdes, en 2015.

Ken Tapping est astronome à l’Observatoire de radio-astrophysique du Conseil national de recherches, à Penticton (C.-B.), V2A 6J9.

Téléphone : 250-497-2300
télécopieur : 250-497-2355
Courriel : ken.tapping@nrc-cnrc.gc.ca

Date de modification :