Cannibales galactiques

Dans le ciel, cette semaine…

  • Mercure frôle l’horizon au nord-ouest peu après le coucher du soleil.
  • Saturne brille au sud-ouest, près de l’étoile Porrima.
  • Jupiter apparaît vers 1 h. Mars se lève vers 3 h.
  • Nouvelle lune le 30 juillet.

Ken Tapping, le 27 juillet 2011

Dans les années 1840, le comte de Rosse, à Parsonstown, en Irlande du Nord, se fabriqua un télescope. Le miroir de 72 pouces (1,8 m), qui était monté dans un de  tube 54 pieds (16,5 m), fut vite surnommé le « Léviathan de Parsonstown ». Il n’avait aucun équivalent dans le monde à l’époque, et il conserva son titre jusqu’en 1917, date où fut construit le télescope Hooker de 100 pouces (2,5 m), aux États-Unis.

Une des observations du comte donna lieu à un magnifique croquis de Messier 51, aussi connu sous le nom de « galaxie du Tourbillon ». Le dessin montre une jolie galaxie en spirale, vue de face, reliée à une galaxie voisine, nettement plus modeste, par un chapelet d’étoiles et des nuages de gaz et de poussières. Les images s’étant affinées avec le temps, nous savons maintenant qu’il n’y a rien de paisible dans ce tableau. Une galaxie en avale une autre. Nous avons également appris que c’est ainsi que les petites galaxies en deviennent des grosses.

Telle n’est pourtant pas l’impression que l’on tire des images contemporaines des galaxies, ces magnifiques moulinets d’étoiles ponctués de taches roses, berceaux d’astres naissants. L’ensemble donne plutôt l’impression d’immenses objets se déplaçant majestueusement à travers l’espace pendant des milliards d’années, tandis que les étoiles, les planètes et, sans doute, des êtres vivants naissent et meurent en leur sein. La réalité est tout autre. La « loi du plus fort » règne également à l’échelle galactique.

La grande galaxie du Tourbillon (Messier 51) est reconnue pour ses bras en spirale nettement définie. Leur proéminence pourrait être le résultat du bras de fer gravitationnel quelle joue avec la galaxie voisine. Crédit: NASA, ESA, S. Beckwith (STScI), et l'équipe «Hubble Heritage» (STScI / AURA)

La grande galaxie du Tourbillon (Messier 51) est reconnue pour ses bras en spirale nettement définie. Leur proéminence pourrait être le résultat du bras de fer gravitationnel quelle joue avec la galaxie voisine. Crédit: NASA, ESA, S. Beckwith (STScI), et l'équipe «Hubble Heritage» (STScI / AURA)

Avant qu’on le comprenne, les galaxies étaient réparties en trois groupes : les spirales aplaties, semblables à la Voie lactée et à la grande galaxie d’Andromède, les elliptiques, comme Messier 32, voisine d’Andromède, et les irrégulières, tels les Nuages de Magellan, uniquement visibles dans l’hémisphère sud. Puis on a découvert des galaxies aux formes étranges. Certaines ressemblaient à des anneaux, d’autres à des souris à longue queue tournant autour  l’une de l’autre. Ces formes, on les doit aux collisions galactiques.

On croyait autrefois que les galaxies n’étaient principalement que du vide, des tas d’étoiles séparées par des distances énormes, et que la collision de deux galaxies serait tout le contraire d’une apocalypse : elles se traverseraient mutuellement avec, peut-être, quelques distorsions. Nous connaissons maintenant l’existence des formidables amas de gaz et de poussières dans les galaxies, auxquels il faut ajouter la matière sombre et les immenses trous noirs qui en occupent le cœur.

À présent que les ordinateurs ont la puissance voulue, il est possible de simuler des galaxies et de les faire entrer en collision pour voir ce qui se passe. Ces simulations font de fascinantes, mais effrayantes réalisations cinématographiques. Quelques-unes, excellentes, sont accessibles sur le Web. L’une d’elles montre deux spirales identiques s’approcher obliquement pour une collision colossale. Quand elles se heurtent, leurs nuages de gaz et de poussières deviennent incroyablement chauds. Des parties de chaque galaxie sont expulsées sous forme de longues queues. Leurs vestiges s’éloignent mutuellement, mais, en raison de la collision des nuages de gaz et de poussières, ces restes se déplacent plus lentement avant de se regrouper. Ils s’écrasent alors les uns sur les autres et des fragments volent dans toutes les directions. La simulation montre les deux trous noirs centraux se heurter et exploser telle une bombe au milieu de cette dévastation. Enfin, les lambeaux des deux galaxies se regroupent pour en former une nouvelle. Sur une échelle plus locale, les Nuages de Magellan avalent notre galaxie tandis que la Voie lactée fonce droit sur la galaxie Andromède. Par bonheur, il nous reste des milliards d’années pour nous préparer à cette collision fatidique.

Ken Tapping est astronome à l’Observatoire de radio-astrophysique du Conseil national de recherches, à Penticton (C.-B.), V2A 6J9.

Téléphone : 250-497-2300
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