L’influence de la Lune

Dans le ciel, cette semaine…

  • Mercure frôle l’horizon au nord-ouest peu après le coucher du soleil.
  • Saturne brille au sud-ouest, près de l’étoile Porrima.
  • Jupiter et Mars apparaissent peu avant l’aube.
  • Nouvelle lune le 30 juillet.

Ken Tapping, le 20 juillet 2011

On sait maintenant que beaucoup d’eau couvrait la surface de Mars autrefois. En effet, canyons, ravines, lits de ruisseaux et de rivières, deltas et de nombreux autres vestiges laissés par l’eau abondent sur le sol martien. Tous sont asséchés aujourd’hui et l’eau est piégée dans des strates de glace souterraines. Bon nombre de ces vestiges semblent par ailleurs avoir été formés plus récemment qu’il y a des milliards d’années, à l’époque où, croit-on, des océans et des lacs parsemaient la planète rouge. C’est pourquoi une récente découverte effectuée par la sonde Mars Reconnaissance Orbiter retient tant l’attention.

En orbite autour de Mars, cette sonde spatiale est notamment équipée de deux systèmes radar. La surface de la planète rouge étant très aride, les signaux radar peuvent pénétrer le sol et révéler les structures situées à des kilomètres sous la surface. La plus récente découverte concerne une énorme quantité de dioxyde de carbone gelé. À un moment indéterminé du passé de la planète, ce gaz devait se trouver dans l’atmosphère. La chose est fort intéressante, car le dioxyde de carbone est un gaz à effet de serre qui atténue la capacité du sol d’irradier la chaleur dans l’espace. S’il venait à s’évaporer dans l’atmosphère, ce gaz gelé réchaufferait sensiblement le climat glacial martien. Bien sûr, il pourrait y avoir beaucoup plus de dioxyde de carbone gelé qu’on en a découvert jusqu’à présent, de sorte que le réchauffement serait encore plus important. Cependant, qu’est-ce qui pourrait modifier le climat assez pour que ces masses de dioxyde de carbone s’évaporent et gèlent? Pour répondre à cette question, il faut se tourner vers la Terre.

Au contraire de Mars, la grosseur inhabituelle de notre Lune fait en sorte que sa force gravitationnelle stabilise notre axe planétaire, donc les saisons

Au contraire de Mars, la grosseur inhabituelle de notre Lune fait en sorte que sa force gravitationnelle stabilise notre axe planétaire, donc les saisons.

L’axe de notre planète est incliné de 23 degrés par rapport à la verticale du plan de son orbite autour du Soleil. Hormis une petite oscillation qui dure environ 26 000 ans, notre axe demeure pointé dans la même direction, qui est présentement celle de l’étoile Polaire. En d’autres termes, durant son périple autour du Soleil, la Terre penche par moments vers ce dernier, par moments de l’autre côté et par moments ni de l’un ni de l’autre. C’est ce qui assure la succession des saisons, été, hiver et printemps/automne, respectivement.

La principale force qui dicte le déplacement des corps dans le système solaire et le reste de l’univers est la gravité. Les équations de Newton fonctionnent toujours à la perfection. Toutefois, il faut des ordinateurs très puissants, que nous possédons heureusement aujourd’hui, pour prendre en compte toutes les petites forces d’attraction que les planètes exercent les unes sur les autres, et celle plus grosse du Soleil. Une surprise issue de ces calculs est que l’ensemble des petites attractions venant des autres corps célestes peut modifier de manière radicale l’inclinaison d’une planète, donc perturber totalement les saisons. C’est ce qui se produit apparemment avec Mars, qui connaît occasionnellement des températures estivales assez élevées pour qu’il y ait évaporation du dioxyde de carbone et modification du climat par effet de serre. Si ce phénomène existe sur Mars, pourquoi pas sur Terre? Nous le devons à la Lune. La grosseur inhabituelle de notre satellite, comparativement à celle de la Terre, fait en sorte que sa force gravitationnelle stabilise l’axe planétaire, donc les saisons, par voie de conséquence. La Lune nous procure ce service en plus d’alimenter les marées, qui renouvellent les écosystèmes côtiers. Mars ne possède que deux minuscules satellites, Phobos et Deimos, beaucoup trop petits pour engendrer les mêmes effets stabilisateurs.

Ken Tapping est astronome à l’Observatoire de radio-astrophysique du Conseil national de recherches, à Penticton (C.-B.), V2A 6J9.

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