Comme ça? Oui!

Dans le ciel, cette semaine…

  • Jupiter, Mars, Vénus et Mercure se discernent mal, groupés comme ils le sont au ras de l’horizon, dans l’éblouissement du soleil levant.
  • La seule planète à briller dans le ciel est Saturne, qui apparaît vers 17 h et trône haut, à l’est, la nuit venue. Cherchez une « étoile » jaunâtre assez luisante.
  • La Lune entrera dans son dernier quartier le 24 mai. Nouvelle lune le 1er juin.

Ken Tapping, le 25 mai 2011

Comment tirer un sens quelconque de données représentant une multitude d’individus, légèrement ou radicalement différents les uns des autres? Une façon d’y arriver consiste à choisir quelques propriétés aisément quantifiables, mais qui varient d’une personne à l’autre, puis à répartir les données en catégories. Le recensement s’appuie sur cette approche. C’est également la manière dont on a trié des milliers, des millions ou des milliards d’étoiles.

Deux choses sautent aux yeux en ce qui concerne les étoiles : leur éclat varie et il en va autant de leur couleur. On pourrait donc les répartir d’après ces deux paramètres. Cependant, puisque la distance qui nous en sépare fluctue beaucoup, la luminosité ne signifie pas grand-chose à elle seule. Il faut aussi mesurer l’éloignement. Sachant la distance et la luminosité d’une étoile, il est alors possible d’estimer la quantité d’énergie produite pour obtenir un tel éclat.

Imaginez reporter chaque étoile sur un graphique dont un axe correspondrait à la luminosité et l’autre à la couleur. C’est exactement ce qu’ont fait deux scientifiques à l’insu l’un de l’autre, vers 1910 : Ejnar Hertzprung, au Danemark, et Henry Norris Russell, aux É.-U. Résultat : le « diagramme Hertzsprung-Russell », un des outils essentiels pour l’étude des étoiles et de leur fonctionnement.

Au gré des saisons de Ken Tapping

Diagramme de Hertzsprung-Russell. Représentation de la luminosité (magnitude absolue) en fonction de la couleur des étoiles, variant des étoiles bleues-blanches à température élevée sur le côté gauche du diagramme jusqu’aux étoiles rouges à basse température du côté droit. Image : Richard Powell

Hertzsprung et Russell ont été surpris en constatant que la plupart des étoiles se retrouvaient le long d’une ligne allant du coin peu lumineux-rouge à très lumineux-bleu. Cette ligne porte désormais le nom de « séquence principale ». Certes, quelques étoiles se situent en dehors, mais il s’agit d’une minorité. Ce célèbre diagramme est un outil important nous aidant à comprendre la vie d’une étoile. On sait maintenant que la plupart des étoiles figurent dans la séquence principale parce qu’elles y passent la majorité de leur existence. Elles s’y retrouvent peu après leur naissance et y demeurent la plus grande partie de leur vie, progressant peu à peu vers le coin chaud-bleu avant de quitter la séquence dans leur vieillesse.

Avant la percée réalisée par Hertzsprung et Russell, on répartissait les étoiles en classes : A, B, C, D et ainsi de suite. Toutefois, le diagramme H-R et d’autres recherches révélèrent par la suite qu’un tel agencement est erroné. En effet, quand on place les classes dans l’ordre très lumineux-bleu à peu lumineux-rouge, on obtient la série O, B, A, F, G, K et M. Les étudiants en astronomie recourent à une astuce mnémotechnique pour retenir cette séquence (la phrase « Oh, Be A Fine Girl, Kiss Me » – Oh, sois gentille, embrasse-moi).

Depuis quelques décennies, de meilleurs télescopes révèlent l’existence d’étoiles de moins en moins brillantes et de plus en plus froides, ainsi que d’astres qui n’ont pas tout à fait réussi à accéder au stade d’étoile, faute d’une masse suffisante pour que la fusion nucléaire s’enclenche dans leur cœur. De nouvelles classes se sont donc ajoutées à celles de la séquence principale. Les plus récentes regroupent les étoiles de plus en plus froides et de moins en moins brillantes des classes L, T et Y. À moins que ceux qui ont inventé ces classes n’aient un truc mnémonique particulièrement tordu derrière la tête, on peut s’interroger sur le choix et l’ordre de ces lettres. Si l’astuce mnémotechnique en question n’existe pas cependant, voici ce que je propose : « Oh, Be A Fine Girl, Kiss Me! Like This? Yes! » (Oh, sois gentille et embrasse-moi. Comme ça? Oui!)

Ken Tapping est astronome à l’Observatoire de radio-astrophysique du Conseil national de recherches, à Penticton (C.-B.), V2A 6J9.

Téléphone : 250-497-2300
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