Compter les cratères

Dans le ciel, cette semaine…

  • Jupiter rase l’horizon mais reste bien visible dans la partie sud-ouest du firmament en soirée. Uranus continue de voisiner Jupiter.
  • Saturne apparaît vers minuit et Vénus vers 5 h.
  • La Lune entrera dans son dernier quartier le 26 janvier.

Ken Tapping, le 26 janvier 2011

Peu importe l’objet que l’on observe dans le système solaire, sur sa surface visible, on découvrira des cratères. Ces dépressions circulaires sont les reliques d’une collision avec un autre objet, arrivant de l’espace à très grande vitesse. De tels cratères existent également sur la Terre, mais l’érosion et la tectonique des plaques en ont effacés beaucoup. Ces cratères sont aussi la preuve de la construction des mondes, de la formation de corps massifs par l’accrétion d’une multitude de plus petits. Ceux qui aimeraient voir des cratères n’auront qu’à prendre leurs jumelles ou leur télescope et à observer la Lune, la prochaine nuit où le ciel sera limpide.

La surface de notre satellite est divisée en zones claires, où les cratères abondent, et en zones sombres, où ces derniers sont moins nombreux. Dans quelques cratères de grande taille, la matière a été éjectée à de nombreux kilomètres pour tracer des rayons sur le sol. C’est notamment le cas de Tycho, situé dans l’hémisphère sud de la Lune. Comme on peut l’imaginer, ces particularités du relief ont suscité énormément d’intérêt chez les scientifiques depuis le jour où Galilée a braqué sa lunette sur la Lune. Une bonne partie des recherches a nécessité l’étude minutieuse de chaque cratère, des expériences en laboratoire sur les collisions très violentes et la modélisation sur ordinateur. Cependant, on peut apprendre beaucoup des cratères simplement en les dénombrant.

Au gré des saisons de Ken Tapping

Imaginez une planète à la surface entièrement lisse fortement bombardée par des météores et des astéroïdes. Plus le tir se poursuit et plus les cratères se multiplient jusqu’à ce que, finalement, les nouveaux impacts surviennent tous sur des cratères existants, et que le nombre de cratères observables cesse plus ou moins d’augmenter. On dit alors que la surface de la planète est « saturée ».

Quand on examine la Lune, on constate que les régions claires sont passablement saturées de cratères, mais il n’en va pas autant des régions sombres. De toute évidence, quelque chose est arrivé dans le passé qui a doté la Lune d’une surface neuve, un écoulement de lave titanesque, par exemple, qui aurait effacé ou inondé de vastes parties du satellite. Les échantillons de roc rapportés de la Lune par les astronautes de la mission Apollo révèlent que les zones claires datent d’environ 4,5 milliards d’années et remontent à l’époque où la Lune s’est solidifiée. Les régions sombres sont plus jeunes. Elles sont vieilles d’environ 3 milliards d’années. La majorité des collisions associées à la construction des mondes sont manifestement survenues durant le premier milliard d’années. En supposant que les objets qui en sont responsables remontent à la formation du système solaire, il y a environ 4,5 milliards d’années, et que leur nombre a diminué peu à peu, il est possible de préciser les estimations davantage. Apparemment, le bombardement a été particulièrement sauvage durant les 500 premiers millions d’années, ce qui devrait correspondre à la principale phase de construction du système solaire. Ensuite, la situation s’est apaisée, ce qui a permis à la vie d’apparaître et d’évoluer. Néanmoins quelques gros morceaux continuent de flotter là-haut. Tycho résulte d’un impact survenu il y a environ 65 millions d’années et on pense qu’il pourrait avoir été causé par un fragment d’astéroïde dont un second a heurté la péninsule du Yucatan, entraînant une extinction massive de la vie sur la Terre. Les victimes les plus connues avaient pour nom « dinosaures ». Notre planète est toujours en construction, qu’on l’apprécie ou pas.

Ken Tapping est astronome à l’Observatoire de radio-astrophysique du Conseil national de recherches, à Penticton (C.-B.), V2A 6J9.

Téléphone : 250-497-2300
télécopieur : 250-497-2355
Courriel : ken.tapping@nrc-cnrc.gc.ca

Date de modification :