Des vaches bien nourries pour un lait nourrissant : la science des produits laitiers enrichis d’oméga-3

Le 12 juillet 2016— Regina (Saskatchewan)

Un partenariat entre le CNRC-PARI, Oleet Processing et l’Université de la Saskatchewan a permis à une étudiante au cycle supérieur d’étudier les effets du lin extrudé sur la santé des vaches et la production laitière pendant de longs mois. Conséquence? Du lait oméga-3 aux propriétés thérapeutiques.

Les acides gras oméga-3 atténuent les risques de maladie cardiaque et de cancer. Ils combattent même l’obésité. La logique voudrait donc qu’on en consomme davantage. C’est pourquoi les producteurs d’aliments fonctionnels ont commencé à en incorporer dans les œufs et d’autres produits en enrichissant les aliments du bétail avec des oméga-3, une tendance qui s’accentue depuis quelques années.

Les oméga-3 existent naturellement dans le poisson, les noix et les oléagineux. Malheureusement, tout le monde n’aime pas le poisson, et les noix figurent parmi les allergènes les plus courants. Qu’en est-il du lait? Apparemment, une vache peut très bien se nourrir de lin riche en oméga-3, mais son lait ne sera pas nécessairement enrichi pour autant. En effet, même si ces animaux raffolent du lin, les oméga-3 présents dans cet oléagineux ne parviennent pas jusqu’au lait – les microorganismes dans l’estomac du ruminant dégradent ces acides gras polyinsaturés avant qu’ils soient digérés dans l’intestin.

Pour obtenir du lait enrichi d’oméga-3, le défi consiste donc à faire en sorte que les bons corps gras du lin traversent le système digestif de la vache sans être détériorés et aboutissent dans le lait que l’on boira pour en retirer les bienfaits.

Pour enrichir le lait d’oméga-3, les bons acides gras du lin doivent traverser le tube digestif de la vache et parvenir, intacts, jusqu’au lait, puis au consommateur.

L’entreprise de Regina Oleet Processing a découvert une façon d’y parvenir avec son aliment pour bétail LinPRO-R.

L’entreprise de Regina Oleet Processing (faisant aussi affaire sous O&T Farms) a relevé le défi en concevant une nouvelle méthode pour protéger les oméga-3 durant leur passage dans le tube digestif de l’animal, en particulier le rumen (regarder une bande vidéo à ce sujet, en anglais seulement). Le procédé, baptisé « extrusion à sec », fait éclater la graine et l’encapsule simultanément dans une protéine qui protège les éléments nutritifs. Apparemment, les vaches ne peuvent résister au produit résultant, le LinPRO-R, et donnent un lait nettement plus riche en oméga-3.

Plusieurs questions aussi onéreuses que complexes demeuraient néanmoins. Le nouvel aliment du bétail d’Oleet modifiait-il la production de lait? Plaisait-il vraiment aux animaux? Pour en prouver l’efficacité, il fallait des essais en laboratoire.

L’alimentation des animaux : l’agriculture et la science dans les coulisses

Selon Colleen Christensen, conseillère en technologie industrielle au CNRC-PARI, les agriculteurs détestent prendre des risques.

« Une vache laitière coûte cher, dit-elle. Les risques grandissent dès qu’elle donne moins de lait. L’éleveur évitera donc de lui causer un stress ou du mal. D’un point de vue déontologique, il veut que ses animaux se sentent bien et hésitera à changer leur alimentation sans être sûr que la quantité de lait produite n’en souffrira pas. »

Il fallait donc financer la recherche sur les effets biologiques et l’efficacité du LinPRO-R. Le CNRC-PARI a accepté d’assumer ce rôle en rapprochant Oleet des chercheurs universitaires.

« Il est important, pour une petite entreprise privée, de s’associer à une université, car une telle institution possède l’infrastructure scientifique requise et les gens détenant le bon savoir-faire, explique Mme Christensen. Les recherches menées à l’Université de la Saskatchewan ont rendu les résultats crédibles. Tout réside dans la complexité. Il s’agissait d’une expérience réellement très complexe. »

L’association entre le PARI, Oleet et l’université a permis à une étudiante au cycle supérieur d’examiner les effets de la consommation de lin extrudé sur la santé de l’animal et sur la quantité de lait produite pendant de nombreux mois. Au bout du compte, Oleet avait les données scientifiques dont elle avait besoin pour vendre son produit, les éleveurs savaient que celui-ci était inoffensif pour le bétail et ne réduisait pas leur rendement, les consommateurs disposaient de lait enrichi d’oméga-3 pour contrer la maladie et une étudiante avait décroché sa maîtrise (pour ensuite être engagée par Oleet). Tout le monde y a gagné.

« C’était le cœur de l’affaire », a déclaré Rob Dreger, directeur des ventes et du marketing chez Oleet. « Sachant que le LinPRO-R peut rehausser la concentration d’oméga-3 dans le lait frais, nous devions nous assurer que ni la production de lait de la vache ni la proportion de matière grasse dans le lait, qui sert à calculer la rémunération de l’éleveur, ne diminueraient. Les recherches réalisées à l’Université de la Saskatchewan ont confirmé que le produit n’a aucun effet néfaste sur la production. »

Ces constatations ont eu des répercussions positives sur le chiffre d’affaires d’Oleet. Une fois les résultats des analyses connus, les ventes de LinPRO-R ont doublé (de 574 000 $ à 1,28 million $) dans les six mois qui ont précédé avril 2016.

« Nos ventes ont passablement grossi au Canada et aux États-Unis », se réjouit M. Dreger. « À la fin de l’exercice, le 31 mars 2016, nous aurons engrangé 1,28 million de dollars. Et la hausse devrait se poursuivre durant le nouvel exercice, car l’utilité du produit pour les vaches sera de mieux en mieux acceptée grâce aux nouveaux produits laitiers enrichis d’oméga-3. »

« Le PARI était le programme idéal pour nous. Les recherches universitaires ont prouvé la valeur commerciale du produit, ce qui en a accru les ventes sur le marché. »

Avec l’accroissement des ventes de LinPRO-R, la production de lait enrichi augmentera partout sur le continent, ce qui multipliera encore plus les choix à l’épicerie.

« De nombreux produits laitiers pourraient être vendus comme produits enrichis d’oméga-3 », poursuit M. Dreger. « Les fromages, la crème, la crème glacée, le yogourt et le beurre sont tous des candidats. »

« Le PARI était le programme idéal pour nous, conclut-il. Les recherches universitaires ont validé la valeur commerciale du produit, ce qui en a accru les ventes. »

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