Les deux ourses
Ken Tapping, 7 août 2013
Dans le ciel cette semaine…
- Vénus brille bas dans le ciel à l’ouest après le coucher du soleil.
- Saturne est visible au sud-ouest toute la nuit
- Mars et Jupiter sont à proximité l’une de l’autre à l’aube et Mercure se trouve plus bas dans le ciel.
- La Lune atteindra son premier quartier le 14 août.
- Les 11, 12 et 13 sont propices à l’observation des Perséides.
Pratiquement tous les habitants de l’hémisphère nord connaissent la constellation formée de sept étoiles qui rappelle la forme d’une casserole et que l’on appelle la « Grande Ourse » ou la « Grande Casserole » en Amérique du Nord. Chez nos cousins anglophones, on la connaît sous différentes appellations : « The Big Dipper » (la grande louche), « The Plough » (la charrue) et « Charles’ Wain Wagon » (le chariot). En fait, la configuration que les étoiles tracent dans le ciel évoque tous ces objets, même s’il manque les roues et les chevaux du chariot. En Chine, on parle du « Bureaucrate céleste », car elle fait penser à un fonctionnaire prenant place dans une charrette. Les étoiles que l’on voit sont en fait les plus brillantes d’une constellation appelée Ursa Major, ou Grande Ourse en français. La queue de la casserole représente la queue de l’ours, même si cet animal est en fait dépourvu d’une longue queue.
La Grande Ourse permet de trouver facilement Polaris, l’étoile Polaire, qui indique le nord géographique ainsi que la latitude sur Terre. Pour localiser Polaris, qui n’est pas particulièrement brillante, on trace une ligne imaginaire entre les deux étoiles qui forment la paroi de la casserole opposée au manche, soit Dubhe et Merak. Le prolongement de cette ligne pointe vers Polaris.
Polaris est l’étoile la plus brillante de la constellation Ursa Minor, ou « Petite Ourse » en français. Elle se trouve au bout de la queue de l’ours. Le prolongement de la droite imaginaire tirée entre Dubhe et Merak jusqu’à Polaris passe près d’une paire d’étoiles, dont l’une est rougeâtre, et que l’on appelle « les Gardiennes du pôle ». La Petite Ourse ressemble en fait à une boîte qui serait suspendue au bout d’une longue corde, les Gardiennes représentant l’un des côtés de cette boîte. Ursa Major et Ursa Minor sont deux bêtes de la mythologie grecque, où elles sont dépeintes avec de longues queues.
Les dieux de l’Olympe n’étaient pas des modèles de vertu, et Zeus, le roi de l’Olympe, encore moins que les autres. Toujours aux trousses de jeunes mortelles qu'il poursuivait de ses ardeurs, Zeus prenait bien soin de cacher ses incartades à son épouse, la très méfiante Héra. Un jour qu’il folâtrait avec Callisto, une nymphe dont il s’était entiché, il dut la transformer en ourse pour la dissimuler aux yeux d’Héra. Mauvaise idée lui en prit, car le fils de Callisto, Arcas, qui chassait dans les bois avoisinants s’est élancé à sa poursuite. Pour éviter une tragédie et ne pas attiser les soupçons de sa femme, Zeus a rapidement transformé Arcas en ours lui aussi et a balancé les deux bêtes dans le ciel, où elles sont devenues deux constellations, Ursa Major et Ursa Minor. La légende veut que Zeus les ait tenues par la queue, ce qui explique que leur anatomie diffère grandement de celle des ours actuels.
Dans une légende des Autochtones d’Amérique du Nord, la casserole comme telle représente un ours et les étoiles qui forment la queue, des chasseurs à ses trousses. Après avoir poursuivi leur proie tout l’été, les chasseurs la tuent à l’automne, et c’est son sang qui colore le feuillage des arbres. L’ours meurt, mais il ressuscite au printemps et le cycle recommence.
Il y existe également une histoire véridique plus touchante que n’importe quelle légende au sujet de cette constellation. Au XIXe siècle, les esclaves noirs du sud des États-Unis fuyaient vers les États du nord ou vers le Canada. Pour eux, la Grande Ourse était la « Gourde à boire », et en la suivant, ils pouvaient rallier la liberté. Ils ont dissimulé leur plan de fuite dans les paroles d’une chanson intitulée « Follow the Drinking Gourd ».
Nos ancêtres ont peuplé les cieux de héros, de monstres et d’autres êtres mythologiques. Imaginez leurs frissons lorsque blottis dans le noir autour d’un feu, ils se racontaient des histoires fabuleuses au sujet des étoiles qui brillent dans le ciel.
Ken Tapping est astronome à l’Observatoire de radio-astrophysique du Conseil national de recherches du Canada, à Penticton (C.-B.) V2A 6J9.
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