L’électronique moléculaire sur la scène du rock grâce à une percée en nanotechnologie

Le 09 juin 2017 — Edmonton (Alberta)

La collaboration scientifique multiplie les possibilités de succès commercial

Les amateurs de musique rock raffolent des plaintes distordues de la guitare électrique. Des Rolling Stones à Metallica, certains groupes parmi les plus populaires utilisent une pédale d’effets pour altérer les signaux audio et créer le son qui les distingue, marque des plus célèbres concerts rock. Une percée récente en nanoélectronique vient cependant de redéfinir la façon dont on expérimente la musique électronique.

En effet, des scientifiques du Conseil national de recherches du Canada (CNRC) et de l’Université de l’Alberta ont recouru à l’électronique moléculaire pour concevoir une nouvelle pédale d’effets pour guitare baptisée « surmultiplicateur moléculaire » Heisenberg. Cette pédale, qui utilise les molécules comme des circuits, produit un son unique, d’une consonance et d’une sensation sans pareil.

À partir d’un prototype élaboré en 2014, les chercheurs du CNRC et de l’Université de l’Alberta d’Edmonton (Alberta) ont mis au point le premier appareil commercial reposant sur l’électronique moléculaire. Les fabricants canadiens de pédales d’effets pour guitare Ryan et Tanya Clarke ont mis cet appareil en vente à la fin de 2015, après que Dr. Scientist, leur filiale de Summerland (Colombie-Britannique), a obtenu une licence temporaire pour l’exploiter. À présent, le CNRC et l’Université de l’Alberta s’apprêtent à faire de leur solution technologique un succès commercial retentissant.

La puissance du tout petit

Se basant sur un prototype construit en 2014, Richard McCreery (gauche) and Adam Bergren (droite) ont aidé à la création du premier dispositif commercial au monde à utiliser l'électronique moléculaire.
Crédit photo : John Ulan, Université de l’Alberta – Faculté des sciences

L’attrait du son que produit le surmultiplicateur Heisenberg réside en partie dans la manière dont les électrons sont véhiculés, à leur échelle infinitésimale : par l’effet tunnel de la mécanique quantique. L’effet tunnel diffère radicalement des principes sur lesquels s’appuient les dispositifs électroniques classiques pour engendrer un son inédit, d’une tonalité remarquable. « En musique, il ne faut pas faire mieux, il faut être différent! », explique l’agent principal de recherches Adam Bergren, du CNRC, co-inventeur du surmultiplicateur avec le professeur Richard McCreery, de l’Université de l’Alberta. « C’est là où réside la véritable valeur de cette invention : elle laisse l’artiste exprimer ses réflexions musicales en lui offrant toute la latitude que permet la technologie. »

Le succès éclair de la pédale Heisenberg témoigne absolument de l’intérêt que lui accorde l’industrie. Depuis que l’article a été introduit sur le marché, les chercheurs du CNRC et de l’Université de l’Alberta ont fabriqué 400 ponts moléculaires pour 130 unités, écoulées par l’entremise de 21 distributeurs en Amérique du Nord, en Asie et en Australie. « Toutes les pédales à surmultiplicateur Heisenberg qu’avait Dr. Scientist ont été vendues et bon nombre d’entre elles ont été revendues sur eBay à un prix plus élevé », déclare Jose Raez, chef des relations avec la clientèle au CNRC. « Cet article est très couru. »

Nul ne niera le rôle capital que la collaboration entre les équipes du CNRC et de l’Université de l’Alberta a joué dans la commercialisation plus rapide de l’électronique moléculaire, car cette collaboration a combiné les talents, les ressources et le savoir propres à chaque partenaire. La preuve que cette nanotechnologie a des applications concrètes étant faite, une nouvelle entreprise dérivée a ratifié une entente sous licence qui lui permettra de l’industrialiser et d’en élargir le champ d’application.

Des possibilités plus vastes et plus nombreuses

Afin de poursuivre leur partenariat lucratif et de profiter de la demande dont jouit le surmultiplicateur Heisenberg, MM. Bergren et McCreery fondaient Nanolog Audio Inc. en septembre 2015. La jeune entreprise, située à Edmonton, fabriquera des ponts moléculaires qu’elle revendra à Dr. Scientist et à d’autres grands distributeurs d’instruments de musique électroniques. Ensuite, Nanolog compte bien pousser les limites de cette technologie novatrice encore plus loin.

M. Bergren reconnaît le rôle majeur qu’a joué le surmultiplicateur Heisenberg pas sa popularité, attribuable au fait que cet article d’électronique moléculaire a trouvé une véritable fonction dans le monde : procurer un plaisir immense à ceux qui composent de la musique. M. McCreery et lui aimeraient toutefois donner encore plus de crédibilité à cette technologie. « L’électronique moléculaire est une plateforme technologique qui promet beaucoup plus que créer de simples harmoniques », affirme M. Bergren. « Pour nous, le surmultiplicateur Heisenberg est en quelque sorte la plateforme de lancement de nombreuses autres applications. »

Avec dix brevets, une cinquantaine d’articles scientifiques et une foule de produits en vue, cette nanotechnologie ne sera certainement pas confinée à la scène des clubs et des concerts rock de la planète. Une douce musique qui résonne à l’oreille des scientifiques comme des industriels.

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