ARCHIVÉ - Des astronomes du CNRC photographient un acte de cannibalisme galactique
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Le 13 octobre 2009 — Ottawa (Ontario)
Des galaxies cannibales, voilà un sujet vendeur, particulièrement en cette Année mondiale de l'astronomie. Alors, quand la revue Nature a dévoilé en septembre dernier que la galaxie spirale géante Andromède (M31) était en train de dévorer sa voisine la plus proche, la galaxie du Triangle (M33), tant les revues scientifiques que les magazines grand public se sont rapidement jetés sur cette histoire.
La galaxie Andromède (M31) et une galaxie satellite (M32) photographiées par le Télescope Canada-France-Hawaii (TCFH) à l’aide de la caméra MegaCam/MegaPrime. Source : Télescope Canada-France-Hawaii et magazine Coelum.
Les pièces à conviction : des photos spectaculaires montrant une mince traînée d'étoiles s'étirant entre Andromède et le Triangle comme un immense filament de caramel galactique.
« Le niveau d'intérêt que suscite cette découverte nous fait certainement plaisir » admet Alan McConnachie, chercheur à l'Institut Herzberg d'astrophysique du CNRC (IHA-CNRC) à Victoria. M. McConnachie est responsable du programme multinational Pan-Andromeda Archaeological Survey (PandAS), dans le cadre duquel ont été photographiés les signes visibles d'une ancienne collision titanesque entre les deux galaxies. Selon le chercheur, il s'agit de « preuves fossiles » qui indiquent que l'attraction gravitationnelle d'Andromède a commencé à aspirer les petites étoiles et les gaz interstellaires de la galaxie voisine, celle du Triangle, il y a environ 100 millions d'années.
Le dôme du Télescope Canada-France-Hawaii se détache sur le ciel nocturne. Les traînées d’étoiles à l’arrière-plan illustrent l’ampleur de la rotation de la Terre durant une exposition de 90 minutes. Source : Jean-Charles Cuillandre (TCFH)
La galaxie du Triangle s'est ensuite arrachée à l'influence d'Andromède, mais les deux galaxies connaîtront une autre collision d'ici trois à cinq milliards d'années. Il semble inévitable qu'Andromède finisse par « avaler » le Triangle et qu'elle continue de grossir, pour éventuellement entrer en collision et fusionner avec une autre galaxie voisine de taille similaire, notre propre Voie lactée, créant ainsi une « super galaxie ».
Au cours des deux derniers étés, l'équipe de PandAS a photographié la région d'Andromède en utilisant une caméra astronomique très puissante, la MegaPrime/MegaCam. Les travaux ont été effectués à l'aide du Télescope Canada-France-Hawaii (TCFH), situé sur le Mauna Kea, à Hawaii. Ce télescope est exploité conjointement par le CNRC, le Centre national de la recherche scientifique de France et l'Université de Hawaii.
Carte stellaire des régions des galaxies Andromède et du Triangle publiée dans la revue Nature le 3 septembre 2009. Les disques des deux galaxies sont montrés tels qu’ils apparaissent normalement et superposés sur la carte colorée. Les « reliques » laissées par la formation d’Andromède sont faiblement visibles autour d’eux, y compris les « traînées » d’étoiles récemment découvertes, les galaxies naines, et une distorsion autour du disque de la galaxie du Triangle qui témoigne de l'importante force gravitationnelle d’Andromède. Les cercles pointillés autour d’Andromède et du Triangle ont des diamètres respectifs d’environ 900 000 et 300 000 années-lumière. Source : A. McConnachie/CNRC; l’image incrustée du disque de la galaxie du Triangle a été gracieusement fournie par T. A. Rector et M. Hanna, du National Optical Astronomy Observatory/Association of Universities for Research in Astronomy/National Science Foundation.
Les images obtenues par l'équipe de PandAS offrent aux astronomes une vue unique sur les galaxies, de même que de nouvelles clés pour étudier les origines des galaxies et des étoiles qui les aideront à mieux comprendre comment l'Univers a pris naissance. Le « cannibalisme astronomique » d'Andromède a été mis au jour après l'analyse des images obtenues en 2008, durant la première année d'observation. M. McConnachie tient à rappeler que cette étude s'appuie également sur les travaux d'autres astronomes, notamment ceux de plusieurs astronomes de l'IHA-CNRC qui collaborent avec le TCFH depuis des années. Les observations de l'étude PandAS appuient la théorie cosmologique actuelle voulant que les galaxies se forment et grandissent à la suite de collisions avec les galaxies voisines plus petites qu'elles ont ensuite « avalées ». Les astronomes en détenaient déjà des preuves, mais celle-ci s'avère beaucoup plus riche.
La projection stroboscopique d’une orbite possible de la galaxie du Triangle autour d’Andromède suggère que celle-ci, plus massive et dont la formation se poursuit, absorbera éventuellement sa voisine, la galaxie du Triangle.Source : John Dubinski, Département d’astronomie et d’astrophysique, Université de Toronto.
L'équipe du PandAS a choisi d'étudier les galaxies d'Andromède et du Triangle parce qu'elles sont les plus proches de la Terre - à une distance d'environ 2,5 millions d'années-lumière - et aussi les plus grosses galaxies visibles dans l'hémisphère Nord. Offrant des lignes de vue plus claires que celles de la Voie lactée, où notre Terre est profondément enfouie, ces galaxies donnent une bonne idée de la façon dont les étoiles et les galaxies prennent naissance.
« En étudiant ces deux galaxies en détail, nous pouvons découvrir comment la galaxie d'Andromède s'est formée, explique McConnachie. Cela nous donne une perspective vraiment unique sur la physique fondamentale sous-tendant la formation des galaxies et sur le rôle connexe de la matière noire. Cela nous permet aussi de savoir quelles galaxies se sont formées en premier. »
Personne n'a jamais pu observer la matière noire, mais les astronomes se basent sur les effets gravitationnels qu'elle exerce sur la matière visible pour avancer l'hypothèse qu'elle existe bel et bien. Selon cette théorie, la matière noire pourrait constituer la plus grande partie de la masse de l'Univers. Elle influerait sur des phénomènes comme la vitesse de rotation et l'orbite des galaxies, ainsi que la chaleur du gaz interstellaire présent dans les galaxies et les amas galactiques.
La caméra MegaPrime/MegaCam
Le programme PandAs (Pan-Andromeda Archaeological Survey, soit « relevé archéo-galactique pan-Andromède ») est rendu possible par la caméra MegaPrime/MegaCam, qui a été mise en service en 2003. Cette caméra a été conçue en partie à l’IHA-CNRC, fabriquée en France et montée sur le télescope de 3,6 m du TCFH près du sommet du Mauna Kea, un volcan en sommeil culminant à 4 200 mètres sur l’île de Hawaii.
La caméra MegaPrime/MegaCam utilise une mosaïque de 36 détecteurs photographiques pour photographier un degré carré du ciel lors de chaque exposition, ce qui constitue une très grande fenêtre en termes astronomiques. La résolution de chaque cliché – 340 mégapixels – est aussi extrêmement élevée.
Dans le cadre du projet PandAS, les images obtenues à l’aide de la caméra MegaPrime/MegaCam ont été juxtaposées pour produire des images montrant qu’Andromède a un diamètre de près d’un million d’années-lumière – plus de 10 fois la taille du disque brillant que nous imaginons habituellement lorsque nous évoquons cette galaxie. Chaque fichier d’image électronique produit par la caméra peut contenir plus de deux tiers de téraoctet d’information.
Lorsqu'Andromède et la Voie lactée finiront par fusionner, les êtres humains sur Terre - s'il en reste encore - pourront admirer des ciels nocturnes enflammés, mais ne verront guère de collisions d'étoiles comme telles. Les galaxies sont composées en majeure partie d'immenses étendues de matière noire et de gaz interstellaire. Toutefois, les forces colossales libérées par les deux galaxies donneront vraisemblablement naissance à de nouvelles étoiles.
« Nous classons les types d'étoiles présentes dans ces structures avec un degré de détail de plus en plus poussé, poursuit McConnachie. Lorsque nous voyons qu'il existe une structure et une forme, et que nous savons comment les étoiles se déplacent, nous pouvons déterminer où ces étoiles se trouvaient à l'origine. Nous remontons alors le cours des choses pour déterminer quand toutes ces structures ont commencé à se former. »
Renseignements : Relations avec les médias
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