ARCHIVÉ - Une cure au paludisme?

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Le 03 novembre 2008 — Saskatoon (Saskatchewan)

Il y a des millénaires, les Chinois avaient fait une découverte importante en notant que l'armoise annuelle (Artemisia annua) guérissait les « fièvres chaudes et froides », donc sans doute le paludisme. Aujourd'hui, des chercheurs de l'Institut de biotechnologie des plantes du CNRC (IBP-CNRC), à Saskatoon, percent le mystère de cette plante commune qui produit de l'artémisinine, substance attaquant Plasmodium, le parasite à l'origine du paludisme. On en saura bientôt assez sur la biochimie et la génétique de l'armoise pour produire de l'artémisinine à bon marché et en tirer des antipaludiques. Il s'agit là d'une bonne nouvelle pour les pays en développement où le paludisme décime plus d'un million de personnes chaque année, la quinine et ses dérivés, comme la chloroquinine, ayant perdu leur efficacité.

Patrick Covello, chercheur principal à l'IBP-CNRC, étudie comment les plantes fabriquent des substances bénéfiques pour la santé. « L'artémisinine est le plus important composé actuel servant à soigner le paludisme, dit-il. Comprendre comment la plante la synthétise nous permettrait d'en produire à moindre coût. »

Plusieurs grands organismes de recherche s'intéressent à l'armoise depuis que l'Organisation mondiale de la santé a recommandé qu'on soigne le paludisme avec des médicaments à base d'artémisinine plutôt que de chloroquinine. Malheureusement, le rendement de l'armoise est peu élevé, ce qui en rend la production du composé passablement onéreuse. À présent, les chercheurs cherchent d'autres moyens pour créer davantage d'artémisinine, avec des plantes génétiquement modifiées ou par biosynthèse à l'aide de microorganismes.

Les chercheurs du CNRC Darwin Reed (à gauche) et Patrick Covello (à droite) discutent des résultats de spectrométrie de masse qui ont contribué à identifier les gènes de l'armoise.
Les chercheurs du CNRC Darwin Reed (à gauche) et Patrick Covello (à droite) discutent des résultats de spectrométrie de masse qui ont contribué à identifier les gènes de l'armoise.

Un progrès notable est survenu en 2006 quand des chercheurs du CNRC et de l'Université de la Californie à Berkeley ont cloné, chacun de leur côté, un gène jouant un rôle capital dans la synthèse de l'artémisinine. L'équipe de Berkeley s'en est servi pour modifier de la levure de boulangerie afin qu'elle produise un précurseur de l'artémisinine.

« Le CNRC contribue au projet en isolant les autres gènes qui travaillent de façon séquentielle dans l'armoise annuelle, en vue de les transférer à une plante ou à un unicellulaire qui les exprimera pour produire l'artémisinine, explique M. Covello. En caractérisant entièrement la voie biochimique employée par la plante, nous ouvrirons la porte à des antipaludiques bon marché pour les pays en développement. »

Artemisia est un genre important et diversifié regroupant de 200 à 400 espèces, parmi lesquelles des herbacées vivaces et des arbustes réputés pour leurs huiles volatiles. En font partie la grande absinthe, l'armoise commune, la sauge et l'estragon. L'artémisinine (produite par l'armoise annuelle, Artemisia annua) entre dans les ingrédients actifs de médicaments employés en polythérapie contre le paludisme.

En août 2008, M. Covello et son équipe, ainsi que ses collègues de l'institut de biotechnologie des Flandres en Belgique, ont publié une étude dans The Journal of Biological Chemistry. Recourant à la purification enzymatique, à la spectrométrie de masse et à la génétique moléculaire, l'équipe a identifié un gène qui réduit une double liaison dans une zone méconnue de la voie biochimique – découverte qui pourrait s'avérer essentielle pour la synthèse industrielle du composé. « Cloner et caractériser cette enzyme présente des possibilités intéressantes en biotechnologie, reprend M. Covello. Nous avons la preuve qu'un microorganisme peut fabriquer de l'acide dihydro-artémisinique, qui peut aisément être convertie en artémisinine par procédé chimique. »

Le CNRC cherche des applications aux gènes découverts chez l'armoise. « Nous aimerions que nos découvertes soient exploitées pour la bonne cause, dans un but non lucratif, termine M. Covello. Trop de personnes meurent encore du paludisme chaque année. Le problème vaut la peine d'être résolu. »

Renseignements : Relations avec les médias
Conseil national de recherches Canada
613-991-1431
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