ARCHIVÉ - Mondialisation d'une solution du terroir

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Le 08 mars 2008 — Ottawa (Ontario)

Quand Jason Finnis a ouvert son entreprise de textiles écologiques dans les années 1990, ses articles en fibres naturelles comme le chanvre lui ont valu leur lot de taquineries. « Les gens disaient que je devais fumer de ce que je leur proposais – qui voudrait acheter des vêtements en chanvre? », évoque-t-il.

Tige de chanvre brut.
Tige de chanvre brut.

Treize ans ont passé et, aujourd'hui, les consommateurs se sont pris au jeu. Par le biais de HTnaturals, filiale dont elle est entièrement propriétaire, son entreprise, Naturally Advanced Technologies (NAT), procure des vêtements écologiques à une clientèle parmi laquelle figurent Google, Starbucks et Costco. « La durabilité a la cote dans le monde. Tout prend le virage vert : des automobiles aux cosmétiques en passant par les aliments », reprend M. Finnis.

L'entreprise mise sur cet engouement, alors qu'elle s'apprête à offrir sur le marché mondial des textiles (estimé à 150 milliards de dollars) un chanvre canadien plus soucieux de l'environnement, en remplacement du coton organique. « La culture biologique du coton est un pas dans la bonne direction, mais cette plante réclame toujours une énorme quantité d'eau, explique-t-il. Le chanvre donne un meilleur rendement et on en tire une fibre textile de grande valeur, plus robuste et confortable, mais aussi meilleure pour la planète. »

Fibres de chanvre hachées.
Fibres de chanvre hachées.

À la base du plan échafaudé par NAT se trouve une technologie révolutionnaire inventée par M. Wing Sung, de l'Institut des sciences biologiques du CNRC. Spécialiste de l'usage des enzymes dans les procédés industriels, M. Sung a fait appel à la biotechnologie pour mettre au point un processus enzymatique qui transforme la rude paille du chanvre en douces fibres pelucheuses en l'espace de quelques heures.

« Le CNRC nous a permis d'envisager sérieusement la commercialisation de cette technologie grâce à laquelle les agriculteurs canadiens ajouteront une culture très lucrative à leurs assolements », poursuit M. Finnis.

Le chanvre après conditionnement par la biotechnologie enzymatique élaborée au CNRC.
Le chanvre après conditionnement par la biotechnologie enzymatique élaborée au CNRC.

Grâce à cette technologie, NAT a surmonté un des principaux obstacles de la transformation du chanvre : convertir la fibre très résistante en fil. M. Sung a songé aux enzymes – des protéines produites dans les cellules de tout organisme vivant – pour séparer les fibres. Quant aux technologies employées en Chine et en Europe de l'Est, d'où vient la majeure partie du chanvre écoulé en Amérique du Nord, elles reposent sur l'usage de produits chimiques qui détériorent l'environnement.

Non seulement le procédé du CNRC utilise une approche plus écologique, le tissu qu'il produit est aussi plus désirable. « Mes premiers vêtements en chanvre valaient bien un exfoliant, avoue M. Finnis. Il fallait être un environnementaliste endurci pour les porter. » Dernièrement des tests indépendants initiaux ont révélé que le chanvre traité avec la technologie du CNRC a la douceur et l'éclat du coton. Mais on s'attend à ce qu'il soit beaucoup plus durable.

Les atouts du chanvre

Bien qu'il appartienne à la même espèce que la marijuana, Cannabis sativa, le chanvre industriel a été adapté pour produire de longues fibres et pousser rapidement. Il ne renferme presque pas de THC, la substance à l'origine de l'effet hallucinogène de la marijuana.

La culture du chanvre présente maints avantages environnementaux sur celle du coton. La plante n'a besoin ni de pesticides, ni d'herbicides et sa production comme sa transformation exigent considérablement moins d'eau. Selon le Fonds mondial pour la nature, il faut jusqu'à 29 000 litres d'eau pour obtenir un kilogramme de coton. « La pluie suffit au chanvre », affirme Jason Finnis, président de l'entreprise Naturally Advanced Technologies de Vancouver.

De plus, le chanvre est un véritable « puits de carbone ». Il absorbe une énorme quantité du carbone présent dans l'atmosphère. Contrairement à la majorité des textiles, il affectionne aussi la fraîcheur du climat canadien. « Pour la première fois dans son histoire, le Canada comptera une industrie du vêtement de A à Z », conclut M. Finnis.

Le partenariat avec le CNRC a débuté peu après la parution d'un article sur M. Finnis. En le parcourant, M. Sung a été impressionné par la conviction du chef d'entreprise quant à la nature écologique du tissu, même si la plupart des gens ne voyaient dans les vêtements en chanvre qu'une « élucubration ». Pour M. Sung, le chanvre était cette culture lucrative qu'attendaient depuis si longtemps les agriculteurs canadiens. « On peut faire pousser du chanvre dans chaque province canadienne », s'exclame-t-il.

Néanmoins, M. Sung savait que les technologies de transformation n'étaient pas assez avancées pour que le chanvre devienne un textile rentable. Avec quatre générations de procédés enzymatiques pour l'industrie des pâtes et papiers derrière lui, ce chercheur du CNRC possédait l'expertise voulue pour hisser ces technologies un cran plus haut. Après lecture de l'article, il a donc communiqué avec l'entreprise. « Je leur ai écrit que je ne croyais pas qu'il s'agissait d'un rêve chimérique, mais au contraire que nous réussirions. »

En est résulté un partenariat de quatre ans qui a mis NAT en bonne position pour se tailler une place au niveau international pour ses tissus durables. L'entreprise a récemment acquis l'exclusivité mondiale des droits sur la technologie du CNRC, qu'elle a maintenant enregistrée sous le nom de CRAILAR®. La technologie sera exploitée à une nouvelle installation de production de 80 acres, en train d'être bâtie à Craik, en Saskatchewan. « Nous emploierons CRAILAR® pour fabriquer des articles en chanvre comme des vêtements, du capitonnage, des sous-tapis, bref tout ce qu'on ferait normalement avec du filé de coton », affirme M. Finnis.

NAT entend proposer un échantillon de produit à ses principaux clients d'ici le milieu de 2008. « Nous avons parcouru beaucoup de chemin depuis le temps où je vendais des t-shirts en chanvre dans les festivals de musique folk, se rappelle M. Finnis. Quand les grandes multinationales cognent à votre porte, le succès mondial devient une possibilité très réelle. »

Renseignements : Relations avec les médias
Conseil national de recherches Canada
613-991-1431
media@nrc-cnrc.gc.ca

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