ARCHIVÉ - Habillez-moi de chanvre
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Le 04 juillet 2004 — Ottawa (Ontario)
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Le chanvre Plante d'une grande utilité connue depuis l'Antiquité, le chanvre est cultivé pour ses graines, employées dans l'alimentation, et pour ses fibres, les plus résistantes du monde végétal. On se sert de ces dernières pour fabriquer cordages, bâches, toiles et voiles. Le chanvre aime le climat frais du Canada où il pousse sans insecticides, fongicides et herbicides. Le chanvre industriel appartient à l'espèce Cannabis sativa, comme la marijuana, mais ces deux plantes ont été modifiées pour faire valoir des caractéristiques différentes : le chanvre pour ses longues fibres et sa croissance rapide, la marijuana pour son contenu élevé d'hallucinogène THC. Le chanvre industriel ne contient que des traces infimes de l'hallucinogène THC. Sa culture a été prohibée au Canada et aux É.-U. en 1938; mais en 1998, notre pays a adopté de nouveaux règlements en autorisant la culture commerciale sous licence. Outre la confection de vêtements, on utilise déjà ou pourrait utiliser le chanvre industriel à de multiples fins : dans les pièces pour automobile; dans les biocomposites, les géotextiles et les dérivés du bois et du papier; pour l'alimentation; dans les cosmétiques, comme combustible sous forme de biomasse; comme isolant thermique et ainsi de suite. Un champ de chanvre industriel absorbera cinq fois plus de dioxyde de carbone qu'un boisé de même superficie et cette culture pourrait jouer un rôle important dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre. |
Une technologie du CNRC pourrait bien ouvrir la porte à un éventail de produits évolués faits de chanvre industriel, notamment des pièces d'automobile et des fuselages d'avions.

Plante de chanvre
Le CNRC s'est récemment allié à Hemptown Clothing Inc., entreprise de Vancouver qui confectionne des vêtements en chanvre. Hemptown coopérera avec l'Institut des sciences biologiques du CNRC (ISB-CNRC) afin d'exploiter commercialement un procédé enzymatique servant à conditionner la toile de chanvre (l'industrie recourt déjà abondamment aux enzymes dans maintes applications, du blanchiment de la pâte à papier à l'attendrissement de la viande). La technologie en question promet d'améliorer radicalement la qualité des fibres (elles seront plus blanches et plus souples) par des moyens qui ne détérioreront pas l'environnement. Cette collaboration découle des travaux de M. Wing Sung, chercheur de l'ISB-CNRC passé expert dans l'usage des enzymes aux fins industrielles.
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| De haut en bas : 1. Fibre conditionnée par le procédé enzymatique européen 2. Fibre conditionnée par le procédé enzymatique chinois 3. Fibre conditionnée par le procédé enzymatique du CNRC |
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« La culture du chanvre industriel est un jeu d'enfant au Canada. Les entreprises canadiennes n'éprouvent non plus aucune difficulté à en écouler les produits finis. Le problème est que nous ne possédons ni l'expertise ni la technologie pour conditionner cette fibre », explique le chercheur. De fait, les premières tentatives pour construire une usine de transformation au Manitoba se sont soldées par un échec. Pour être florissante, pareille entreprise a besoin d'une technologie de transformation peu dispendieuse et écologique, donnant une fibre de qualité supérieure. Les résultats initiaux obtenus avec le procédé enzymatique révèlent des améliorations étonnantes au niveau de la qualité et de la résistance des fibres. « À présent, nous produisons des fibres de chanvre de meilleure qualité que celles venant de Chine ou d'Europe », affirme M. Sung.
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De nouveaux débouchés « Nous aimerions que notre partenaire ait un impact sur l'économie aussi vite que possible. Cela aiguiserait l'appétit d'autres associés, qui lui emboîteraient le pas et recourraient au processus enzymatique pour traiter d'autres parties de la plante de chanvre. Les fibres robustes et propres obtenues grâce à ce procédé pourraient conduire à la fabrication de nombreux autres produits de pointe. » |
Plus grand producteur au monde de toile de chanvre, la Chine utilise des méthodes de conditionnement chimiques alors que les Européens font appel depuis peu à une technologie enzymatique reposant sur des procédés biologiques, moins polluants. Néanmoins, aucun des deux procédés ne fournit de toile aussi douce et blanche que le coton. C'est pourquoi la plupart des vêtements de chanvre contiennent aussi du coton, plante cultivée depuis des lustres mais considérablement plus exigeante que le chanvre côté ressources, donc plus dommageable sur le plan de l'environnement. L'objectif consiste à obtenir, grâce à un procédé non chimique, des fibres de chanvre plus robustes, durables, chaudes et imperméables que celles du coton, mais aussi douces et claires. « Nous sommes emballés par les possibilités que laissent entrevoir la production de toile de chanvre canadien avec l'aide du CNRC », a déclaré Jason Finis, président de Hemptown.
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| De gauche à droite : 1. Fibre conditionnée par le procédé enzymatique européen 2. Fibre conditionnée par le procédé enzymatique du CNRC 3. Fibre conditionnée par le procédé enzymatique chinois |
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L'équipe de l'ISB-CNRC a décidé d'opter pour un enzyme disponible dans le commerce au lieu de partir de zéro (démarche plus longue), préférant miser sur l'optimisation des conditions dans lesquelles opère l'enzyme. Ainsi, M. Sung a tenté d'établir la température à laquelle le procédé enzymatique donnera les meilleurs résultats. En général, plus haute est la température et plus l'enzyme est actif, mais une température élevée signifie aussi de plus grandes dépenses en énergie pour le producteur. Parallèlement, on a ajusté le pH afin de ne pas abîmer les fibres ni le matériel. M. Sung rappelle que l'usage d'enzymes est chose courante en transformation mais, comme ses travaux sur l'optimisation le démontrent, on peut améliorer le procédé. « Il ne s'agit pas d'un procédé secret à base d'enzymes. Cependant, nous avons encore amplement de place pour forger un créneau particulier en créant un procédé plus rapide, plus efficace et plus propre », conclut le scientifique.
Wing Sung a conçu le xylanase (Biobrite ) du CNRC, enzyme largement employé de nos jours pour blanchir la pâte à papier. Il ne cache rien quant aux difficultés qui attendent son équipe. « Les retombées sont sûrement d'une extrême importance pour l'environnement, mais la technologie ne décollera pas si elle ne permet pas au producteur de réaliser des économies. » Le temps nous le dira, mais les résultats initiaux sont encourageants.
Liens recommandés :
- Institut des sciences biologiques du CNRC
- Enzyme xylanase (Biobrite®) du CNRC
- Hemptown Clothing Inc.
(Anglais seulement)
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