
« La science et la technologie font désormais partie de l'équation qui crée les champions. Grâce à la recherche, l'athlète réussit à glisser quelques secondes dans sa manche. » Guy Larose, CNRC
En vue des Jeux de 2010 à Vancouver, l'organisme canadien À nous le podium 2010 a mis les scientifiques du CNRC à l'ouvrage dans des domaines cruciaux en vue d'améliorer la performance des athlètes. À l'Institut de recherche aérospatiale du CNRC (IRA-CNRC), Guy Larose et Annick D'Auteuil ont côtoyé bon nombre d'athlètes afin de les aider à remporter la victoire aux Jeux olympiques d'hiver.
Guy Larose se spécialise dans l'aérodynamique des corps non profilés. Il travaille avec les athlètes canadiens participant aux Jeux olympiques depuis le début de leurs préparatifs pour les jeux de Turin, en 2005. Lui aussi raffole des sports d'hiver, dont le ski et le hockey.
La recherche en aérodynamique met la science au service des athlètes en appuyant nos champions dans plusieurs compétitions sportives, dont le patinage de vitesse.
À nous le podium 2010 est l'initiative mise sur pied en 2005 pour recenser et financer les projets de recherche-développement susceptibles de rehausser la performance des athlètes canadiens de haut niveau. Avec le concours du CNRC et des universités, un plan de quatre ans a été élaboré afin d'aider le Canada à remporter un maximum de médailles en 2010 et à figurer parmi les trois pays qui remporteront le plus de médailles aux Jeux paralympiques d'hiver.
Annick D'Auteuil effectue un doctorat en génie mécanique et aérospatial à l'Université Carleton (Ottawa, Canada). Elle s'intéresse à l'aérodynamique du corps humain. Pour ses travaux, elle a analysé l'aérodynamisme des patineurs de vitesse canadiens et de leur combinaison de course. Inscrite au Programme de supplément de bourses d'études supérieures du CNRC, elle est persuadée que cet organisme est l'endroit idéal pour effectuer des expériences en aérodynamique. « Je n'aurais pu réaliser mes recherches nulle part ailleurs, s'exclame Annick. ici, c'est magique. »
Dans les sports où la vitesse détermine le vainqueur, athlètes et entraîneurs cherchent constamment des moyens de rogner quelques centièmes de seconde avant la ligne d'arrivée. La friction engendrée par la glace et la neige, ainsi que la résistance du vent sont leurs pires ennemis. En effet, ces forces freinent le mouvement. C'est ici que la recherche sur l'aérodynamique du corps humain entre en jeu pour procurer un avantage aux athlètes canadiens.
Aux Jeux olympiques d'hiver de 2002, l'équipe canadienne estimait être désavantagée. L'entraînement et les exercices n'avaient pas suffi à produire les victoires souhaitées. C'est alors qu'À nous le podium a été créé et qu'a débuté la planification du programme ultrasecret du Canada. L'objectif? Introduire la science et la technologie dans l'équation pour transformer les 4e et 5e places en médailles.
Qu'est-ce que l'aérodynamique des corps non profilés? Cette science étudie l'aérodynamisme des automobiles, des bâtiments et des ponts, ainsi que du corps humain. Qu'ont-ils tous en commun? Dans le vent, leur forme engendre de gros tourbillons derrière eux, en raison de la division du flot d'air à certains endroits.
Quatre ans plus tard, Turin (Italie). La science et la technologie entrent en scène. Les scientifiques du CNRC œuvrent avec les athlètes canadiens durant les huit mois qui précèdent les Jeux olympiques. Le bilan est positif : le Canada décroche des médailles comme jamais auparavant.
En prévision des Jeux de 2010 de Vancouver, les scientifiques du programme ultrasecret se concentrent sur quatre aspects susceptibles de rehausser la performance des athlètes dans les sports d'hiver : la friction de la neige, la friction de la glace, l'aérodynamique et la performance humaine. Le Canada étant le pays où l'on patine le plus au monde, nos patineurs ont fait l'objet de recherches intensives qui leur permettront d'atteindre leur rendement maximal.
Les essais poursuivis à l'Institut de recherche aérospatiale du CNRC portaient sur 11 sports d'hiver : le bobsleigh, le skeleton, la luge, le ski alpin, le skicross (un sport de compétition qui fera son entrée pour la première fois aux Jeux olympiques de Vancouver), le ski para-alpin, le ski de fond/biathlon, le ski para-nordique, le ski acrobatique, le surf des neiges/snowboardcross et le patinage de vitesse.
En patinage de vitesse, bien savoir comment l'air circule autour de soi n'aide pas seulement l'athlète à adopter la meilleure posture et à réduire la friction de l'air. Cette connaissance est indispensable si l'on veut analyser la performance de la combinaison de course qu'enfile le patineur.
Sachant cela, les chercheurs du CNRC se sont penchés sur les facteurs susceptibles de modifier la performance aérodynamique de l'athlète et de son équipement. Pour y parvenir avec précision, ils devaient mesurer la résistance du corps à l'air dans diverses positions, car les patineurs modifient constamment le profil de leur corps quand ils font le tour de la piste.
Plus important encore, il fallait analyser, interpréter puis appliquer rapidement les résultats des essais. Les patineurs ont pu voir et ressentir les améliorations venant de modifications même infimes à leur posture, à leur combinaison de course ou aux deux. Les entraîneurs ont également pu simuler des parties de course et obtenir des résultats en temps réel. Enfin, Descente Ltd.MC, qui fabrique les combinaisons, a pu modifier rapidement celles-ci en conséquence.
Les résultats des tests effectués par le CNRC ont permis de sélectionner la meilleure combinaison pour les membres de l'équipe canadienne de patinage de vitesse. Selon M. Larose, celle-ci « a sensiblement évolué comparativement à celle qu'on portait aux Jeux de Turin. »
La soufflerie de 2 mètres par 3 mètres du CNRC est un véritable « bourreau de travail ». Située à Ottawa, elle a été bâtie en 1942 pour tester l'aérodynamisme des avions. Aujourd'hui, 70 % des essais qui s'y déroulent ne portent plus sur l'aérodynamique des aéronefs, mais sur celle des corps non profilés. La soufflerie reproduit des vents soufflant jusqu'à 400 km/h. Les bobeurs et lugeurs peuvent y atteindre une vitesse de 153 km/h, contre 130 km/h pour les skieurs et environ 60 km/h pour les patineurs.
Le patinage de vitesse n'est pas le seul sport d'hiver à avoir bénéficié du savoir-faire du CNRC.
Pour la première fois, les adeptes du surf des neiges, du ski para-alpin, du skicross et du ski acrobatique ont visité sa soufflerie dans l'espoir d'apporter d'importantes modifications aérodynamiques à leur sport. Les équipes canadiennes de skeleton et de luge y ont aussi fait leur retour pour se perfectionner et ajuster leur équipement. Deux modèles de traîneau ont été testés pour l'équipe masculine de bobsleigh, et le triple champion olympien Rob Boyd, devenu entraîneur de l'équipe féminine de ski alpin, y a amené ses protégées. Les membres des équipes canadiennes de ski de fond et de biathlon ainsi que plusieurs skieurs para-nordiques ont également visité les installations du CNRC.
Les surfeurs des neiges ont sans aucun doute trouvé l'expérience éclairante. Au dire de M. Larose, « les surfeurs ont tendance à se baisser pour aller plus vite, mais, contrairement à ce qui se passe en ski alpin, la position accroupie ne permet pas d'accélérer, elle ralentit ». On sera donc peu surpris d'apprendre que les tests du CNRC recommandaient des améliorations non seulement à l'habillement des surfeurs, mais aussi à leur posture sur la planche.
Ces athlètes devraient faire un malheur – tant sur la piste que dans les ouvrages recensant les records.
« Pouvoir effectuer rapidement des tests précis en soufflerie constitue l'avantage du CNRC, déclare M. Larose. Dans la soufflerie, les athlètes sentent sur-le-champ les améliorations résultant d'une légère modification de leur position. Parallèlement, les concepteurs et les fabricants analysent rapidement comment leur équipement se comporte dans diverses conditions. »