En prévision des Jeux olympiques d’hiver de 2010, à Vancouver, l’organisme canadien À nous le podium a demandé aux scientifiques du CNRC de travailler à des aspects sans lesquels les athlètes ne peuvent espérer rehausser leur performance. Le Canada étant le pays qui compte le plus de patineurs au monde, nos patineurs de vitesse ont fait l’objet de recherches intensives qui les aideront à atteindre leur rendement maximal.
En patinage de vitesse, bien savoir comment l’air circule autour de soi n’aide pas seulement l’athlète à adopter la meilleure posture et à réduire la friction de l’air. Cette connaissance est indispensable si l’on veut analyser la performance de la combinaison de course qu’enfile le patineur.
Sachant cela, les chercheurs du CNRC Guy Larose et Annick D’Auteuil se sont penchés sur les facteurs susceptibles de modifier la performance aérodynamique de l’athlète et de son équipement. Pour y parvenir avec précision, ils devaient mesurer la résistance du corps à l’air dans diverses positions, car les patineurs modifient constamment le profil de leur corps quand ils font le tour de la piste.
Le meilleur entraînement athlétique et le plus grand savoir scientifique s’allieront pour battre la compétition à Vancouver.
« L’usage de modèles statiques était essentiel à l’obtention de résultats cohérents et fiables, explique Annick D’Auteuil. En outre, les mannequins n’attrapent pas de crampes quand ils doivent garder la pose des heures
durant. »
Personne, pas même un patineur de vitesse, ne peut rester immobile assez longtemps pour qu’on recueille les données indispensables à l’analyse de la performance aérodynamique. Des modèles statiques étaient donc nécessaires aux travaux du CNRC. Malheureusement, les mannequins qu’on voit dans les vitrines ne sont pas sculptés comme des athlètes. C’est pourquoi on a conçu puis construit des mannequins spéciaux reproduisant la forme du corps d’athlètes masculins et féminins. Voici comment.
Pour commencer, XYZ RGB inc. a numérisé en 3D le corps d’athlètes masculins et féminins. L’entreprise, qui a des bureaux à Ottawa et à Los Angeles, n’en est pas à sa première image numérique tridimensionnelle à 360 degrés. Elle en a réalisé plusieurs pour des effets spéciaux au cinéma et dans les jeux vidéo. Cette fois, au lieu de numériser les héros du septième art, l’entreprise a travaillé sur de vraies figurines articulées : les patineurs de vitesse canadiens.
Ensuite, les Services de création et de fabrication du CNRC ont transformé les images numériques 3D en parties du corps humain à l’aide d’une technique laser spéciale (frittage sélectif au laser), bâtissant chaque partie une couche à la fois. Les différentes parties du corps ont finalement été ajustées pour qu’on puisse démonter le mannequin, lui enfiler diverses combinaisons et l’assembler de nouveau.
Pour chaque modèle masculin et féminin, on a fabriqué trois mannequins reproduisant une position de patinage différente : la poussée latérale, la glissade et le croisement.
Poussée latérale.
Glissade.
Croisement.
Environ 12 parties ont été fabriquées pour chaque mannequin. Pour un corps masculin, un corps féminin et trois positions de patinage, le total se chiffre donc à 72 parties et à six mois de travail.
Quelle partie du corps offre la plus grande résistance à l’air?
Peut-être direz-vous les épaules, car elles ont tendance à former la partie la plus large du corps, mais le patineur plie habituellement son corps à 90 degrés vers la surface de la glace, ce qui donne une posture allongée, plus aérodynamique, le long de la tête et du dos. On nous interdit de vous donner la réponse pour l’instant, car elle est ultrasecrète jusqu’à la conclusion des Jeux, mais peut-être la devinerez-vous!
La combinaison qu’enfilera l’équipe canadienne de patinage de vitesse en 2010.
Une soixantaine de combinaisons ont été testées au CNRC, y compris de nouveaux prototypes. Descente Ltd.MC est le fournisseur officiel de l’équipe pour les Jeux de 2010. On a testé chaque combinaison pour vérifier si sa résistance à l’air variait en fonction du tissu et de la fabrication.
La meilleure combinaison pour l’équipe canadienne de patinage de vitesse a été retenue en fonction des essais du CNRC. « Elle a sensiblement évolué par rapport à celle qu’on portait lors des Jeux de Turin », affirme M. Larose.
Fait tout aussi important, nos patineurs savent maintenant qu’ils comptent parmi les meilleurs dans leur discipline et concourent avec l’équipement le plus perfectionné qui soit.
Il s’agit peut-être de l’atout technologique et psychologique qui leur manquait en 2002.