
Serge Guiot
Travail: Chef de groupe, bioingénierie environnementale - Institut de recherche en biotechnologie du CNRC, Montréal (Québec)
Recherche: bioénergie, digestion anaérobie
Langues: Français, Anglais
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Projets en cours
Biorestauration
Pour y parvenir
La partie de mon travail que je préfère
La vie dans un laboratoire de recherche
Après les heures de travail
Si j'avais un million
Je dirige le groupe de recherche en bioingénierie environnementale, à l'Institut de recherche en biotechnologie de Montréal. Ma tâche principale consiste à guider les membres de mon équipe, qui comprend un biologiste moléculaire, des microbiologistes, des ingénieurs et, à l'occasion, des étudiants de la maîtrise ou du doctorat, voire des scientifiques poursuivant des études postdoctorales.
Projets en cours

Notre groupe s'efforce d'amener les bactéries à synthétiser des substances comme le méthane ou l'hydrogène, qui serviront de source d'énergie. Nous nous intéressons à la digestion anaérobie, processus naturel par lequel la matière organique se décompose en l'absence d'air. À vrai dire, je suis un peu revenu à mon point de départ : quand je suis arrivé au CNRC, dans les années 1980, mon objectif était de voir comment tirer de la « bioénergie » – l'énergie de la biomasse – par la digestion anaérobie. Les priorités du CNRC ont néanmoins changé vers la fin de cette décennie. À présent, l'amenuisement des réserves de pétrole et le réchauffement de la planète font qu'on s'intéresse de nouveau au développement de sources d'énergie renouvelables. Produire de la bioénergie nous aiderait à réduire les émissions de gaz à effet de serre.
À long terme, l'objectif consiste à mettre au point des bioprocédés comme une pile à combustible bactérienne assistée par électrochimie, un fermenteur hydrolytique produisant de l'hydrogène ou un processus qui convertirait le monoxyde de carbone de l'essence synthétique en hydrogène. Une fois combinées, ces méthodes permettraient de produire beaucoup d'hydrogène de n'importe quel type de biomasse, qu'il s'agisse d'ordures ménagères, d'eaux usées ou de déchets de culture.
Dans les années 1990, notre équipe s'est penchée sur la biorestauration, c'est-à-dire le recours aux bactéries pour décontaminer l'environnement. En combinant des bactéries aérobies et anaérobies naturellement présentes dans le milieu, nous avons élaboré puis breveté un processus pour dégrader les déchets chlorés toxiques en dioxyde de carbone et en eau. La technologie a été cédée sous licence à une entreprise de dépollution et nous avons entamé des pourparlers avec une deuxième.
Pour y parvenir : le chemin qui mène au CNRC
Né en Belgique, j'ai décroché mon premier diplôme en biologie à l'Université de Louvain. Par la suite, je me suis intéressé aux sciences appliquées et j'ai entrepris un doctorat sur le traitement biologique des eaux usées au Centre interuniversitaire des sciences de l'environnement.
Après avoir obtenu mon doctorat, en 1980, j'ai travaillé comme assistant de recherche. J'ai alors pris conscience que, pour poursuivre ma carrière scientifique, je devrais acquérir de l'expérience postdoctorale ailleurs qu'en Belgique. À l'époque, beaucoup d'Européens traversaient l'océan pour faire des études postdoctorales en Amérique du Nord, surtout aux États-Unis. Comme cela m'effrayait un peu, je me suis dit que le Canada serait un bon compromis.
Lorsque les prix du pétrole ont connu leur première flambée, dans les années 1970, de nombreux scientifiques se sont tournés vers la bioénergie. Moi aussi. Mon directeur de thèse, en Belgique, entretenait des relations avec un chercheur du CNRC nommé Bert van den Berg, une sommité dans le domaine de la digestion anaérobie. J'ai donc soumis une demande au Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie afin d'obtenir une bourse et d'entreprendre des recherches postdoctorales dans son laboratoire, à la Division des sciences biologiques d'Ottawa. Je suis arrivé au CNRC en février 1983 et on m'a offert un poste d'adjoint de recherche dès la deuxième année. En 1987, j'ai quitté la capitale pour me joindre à l'équipe du tout nouvel Institut de recherche en biotechnologie de Montréal, que je n'ai pas quitté depuis.
La partie de mon travail que je préfère
J'adore lire, approfondir des idées neuves, forger une vision et découvrir de nouvelles avenues de recherche. Pour bien planifier la recherche scientifique, il faut anticiper les technologies dont on aura besoin dans l'avenir et ne pas se contenter de suivre les tendances du marché. On n'inventera jamais l'ampoule en essayant de perfectionner la chandelle. Il faut se fier à son instinct, à son intuition, ce que l'expérience et la lecture permettent de développer.
La vie dans un laboratoire de recherche
J'arrive au CNRC vers 9 h 30 et consacre la matinée aux corvées administratives : répondre aux courriels, tout ça... L'après-midi, j'assiste souvent à des réunions où l'on discute du travail de chacun et de l'avancement des projets. En général, je réserve le tiers de mon temps à la lecture et à l'analyse des données scientifiques, ainsi qu'à l'écriture. Je quitte le CNRC vers 19 h. En soirée, je consacre fréquemment quelques heures à lire ou à parcourir des articles. Je travaille une cinquantaine d'heures chaque semaine.
Voyager ne me plaît pas tellement. Je ne me déplace donc que par obligation. En moyenne, j'assiste à deux colloques par année : le premier à l'étranger et l'autre au Canada ou aux États-Unis. Je voyage aussi pour affaires : notre équipe fait partie du Réseau canadien d'innovation dans la biomasse, par exemple, un vaste projet auquel adhèrent Ressources naturelles Canada, Agriculture et Agroalimentaire Canada, l'Alberta Research Council et d'autres organismes publics.
Outre le CNRC, je suis professeur adjoint à l'Université de Montréal où j'enseigne la microbiologie environnementale et appliquée aux étudiants de troisième année du baccalauréat en biologie. Il m'arrive de donner des exposés sur l'ingénierie des bioprocédés anaérobies à l'Université McGill et à l'École polytechnique.
Serge après les heures de travail
La journée terminée, je regarde la télévision ou lis quelques heures. Le samedi, ce sont les tâches domestiques qui m'occupent; le dimanche, je lis encore ou je fais une marche. Bien que mon jardin ne soit pas grand, j'aime voir pousser les plantes et garder contact avec la terre.
Vacances : Quand j'assiste à un colloque dans un pays où je ne suis encore jamais allé, je prolonge souvent mon séjour d'une semaine pour approfondir sa culture et sa géographie. J'aime aussi passer du temps dans les parcs, faire du camping ou aller à un chalet, sans oublier le canotage et les randonnées.
Lecture : Je m'intéresse énormément aux questions politiques, sociales et philosophiques. Parmi les livres que je viens de terminer, il y a The Long Emergency de J.H. Kunstler, le Traité d'athéologie de M. Onfray et Comment les riches détruisent la planète de H. Kemp
Musique : J'aime les chansonniers français tels Brel, Brassens, Lama, Léveillée et Bénabar, qui interprètent des chansons à message, aux paroles intéressantes.
Si on m'accordait une subvention de recherche d'un million, j'emploierais l'argent pour poursuivre mes travaux à long terme sur la bioénergie et recruterais les spécialistes dont nous avons besoin.
Si je gagnais le million à la loterie, je voudrais sans doute poursuivre mes recherches actuelles, mais je conclurais une entente avec le CNRC ou l'Université afin de travailler gratuitement, car j'aurais toujours besoin des installations et de l'interaction avec mes collègues. Je serais toutefois libéré des contraintes de l'employé, de sorte que je m'attarderais moins à ce qui est « urgent » et davantage à ce qui est « important ».
Pour en savoir plus sur les recherches de Serge Guiot, visite le site :
Domestiquer les bactéries pour combattre la pollution
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