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Nuages et transits

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Ken Tapping, le 13 juin 2012

Dans le ciel, cette semaine…

> Mercure frôle l’horizon à l’ouest, après le coucher du Soleil. Mars et Saturne brillent dans la partie sud du firmament.

> Nouvelle lune le 19 juin.

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Dehors, il pleut sous un ciel de plomb et, apparemment, la pluie persistera jusqu’à la tombée du jour. Au moment où j’écris ces lignes, Vénus en est à la moitié de son transit et rien ne laisse prévoir une éclaircie. Peu de chances donc d’observer le phénomène, le dernier transit de Vénus avant plus d’un siècle. J’espère que d’autres au Canada auront eu plus de chance que moi.

Si j’étais cynique, je me consolerais en disant que, dans le passé, des astronomes traversaient la moitié du globe pour en faire autant et qu’au lieu de voir Vénus progresser lentement sur le disque solaire, ils ne contemplaient que des nuages roulant dans le ciel. Au moins assistons-nous à un spectacle similaire sans avoir eu à boucler de valises.

L’astronome canadien Don Fernie a rédigé un ouvrage merveilleux intitulé « The Whisper and the Vision », dans lequel il décrit les voyages qu’effectuaient les premiers astronomes pour réaliser d’importantes observations. Un de ces aventuriers mentionnés dans le livre est Guillaume Le Gentil. Né en 1725, Le Gentil révéla un immense potentiel pour l’astronomie et fut élu membre de l’Académie des sciences française. On le sélectionna pour aller à Pondichéry, en Inde, afin d’y observer le transit de Vénus en 1761, mesurer la distance précise nous séparant du Soleil et déterminer l’échelle du système solaire. Embarqué sur un voilier au début de 1760, il apprit en arrivant à l’Isle de France que les Britanniques assiégeaient Pondichéry et qu’il devrait attendre la levée du siège avant de s’y rendre.

Il réussit néanmoins à dénicher une place sur un navire amenant des renforts français à Pondichéry. Malheureusement, une série de tempêtes les détourna de leur chemin, si bien que le jour du transit, Le Gentil se retrouva au beau milieu de l’océan Indien. Contraint d’observer le phénomène du pont d’un navire en proie au roulis, il fut incapable d’enregistrer la moindre donnée utile, ses horloges et instruments n’étant pas posés sur la terre ferme.

Plutôt que de rentrer en France et d’en repartir pour assister au deuxième transit de la paire, prévu en 1769, Le Gentil se rendit à Manille, dans les Philippines, le meilleur endroit pour observer le phénomène, selon ses calculs. Il parvint à destination de peine et de misère et signala ses intentions à l’Académie. On lui répondit avec aigreur qu’il devait retourner sur-le-champ à Pondichéry. Le Gentil obéit à contrecœur, car c’était l’Académie qui payait.

Le jour du deuxième transit, un violent orage survint, agrémenté de grands vents, de nuages et de pluie. Le Gentil ne vit rien du transit. Pour couronner le tout, l’aventurier apprit subséquemment que les conditions d’observation s’étaient avérées idéales à Manille.

Bravant ouragans et tempêtes, Le Gentil revint finalement en France en 1771, uniquement pour apprendre qu’on le croyait mort et que les membres de sa famille ainsi que ses prétendus créanciers s’étaient partagé ses biens. Un long et coûteux procès s’ensuivit afin d’en récupérer une partie. L’Académie le remercia en lui accordant un poste spécial et il vécut les 20 dernières années de sa vie dans une relative tranquillité. Le Gentil mourut en 1792, échappant d’à peine quelques mois à la Révolution française et sans doute à la guillotine. Les astronomes d’aujourd’hui ont assurément la vie plus facile.