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Vers Mars

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Ken Tapping, le 23 novembre 2011

> Jupiter se lève à 15 h, Mars à minuit et Saturne à 5 h.

> Nouvelle lune le
24 novembre.

a

Plus tôt ce mois-ci, six astronautes émergeaient du simulacre d’un engin spatial dans lequel ils étaient enfermés depuis 18 mois. L’expérience devait établir comment ces volontaires supporteraient les difficultés d’un voyage durant lequel ils devraient vivre dans un espace confiné, presque entièrement privés du moindre contact avec le monde extérieur pendant une longue période. Il faut un caractère bien trempé pour réussir un tel exploit.

La station de recherche arctique Flashline Mars (FMARS), première simulation d’une station martienne habitée, sur l’île Devon, près de Resolute au Nunavut. Photo : Brian Shiro.

La station de recherche arctique Flashline Mars (FMARS), première simulation d’une station martienne habitée, sur l’île Devon, près de Resolute au Nunavut. Photo : Brian Shiro.

Le temps nécessaire pour atteindre une autre planète, même la plus proche, se révèle un véritable casse-tête, pas seulement de nature technologique, mais aussi humaine. Outre les difficultés d’ordre psychologique que suppose un tel voyage, rester longtemps dans l’espace interplanétaire, sans la protection du bouclier électromagnétique terrestre, accroîtrait les risques que posent les rayonnements des éruptions solaires. Ramener ce temps à une durée plus raisonnable – disons une semaine – serait formidable. Si l’on possédait un moteur de fusée capable d’engendrer une poussée suffisante pour produire une accélération équivalente à la gravité terrestre, il suffirait de le faire fonctionner pendant cinq jours pour atteindre Mars en une semaine environ. Malheureusement, pareils moteurs n’existent pas encore. Ceux dont on dispose présentement engendrent une formidable poussée pendant quelques minutes en brûlant des tonnes de carburant chaque seconde; et nous possédons aussi des moteurs ioniques capables de produire une légère poussée presque indéfiniment avec une petite quantité de combustible. L’exploration du système solaire passera sans doute par le perfectionnement de ces moteurs ioniques, mais nous sommes encore loin du compte.

Le 3 novembre 2011, des employés du Complexe 41 de lancement spatial à la base des forces aériennes du cap Canaveral (Floride) surveillent de près alors que la coiffe de protection contenant le vaisseau du laboratoire spatial scientifique de Mars de la NASA est hissée le long de l’installation d’intégration verticale. Photo : NASA.

Le 3 novembre 2011, des employés du Complexe 41 de lancement spatial à la base des forces aériennes du cap Canaveral (Floride) surveillent de près alors que la coiffe de protection contenant le vaisseau du laboratoire spatial scientifique de Mars de la NASA est hissée le long de l’installation d’intégration verticale. Photo : NASA

Utiliser des fusées chimiques engendrant une puissante mais brève poussée revient un peu à lancer une balle dans l’espoir de toucher celle qu’un ami a envoyée en l’air. La trajectoire de la balle, le moment où on la lance et la force du lancer sont des facteurs cruciaux, car, en réalité, la balle ne fait que « tomber » sur sa cible. Un engin spatial se dirigeant vers Mars pourrait avoir du carburant pour effectuer de petites corrections de trajectoire, mais guère plus, ce qui explique pourquoi il serait encore plus vital de choisir le bon moment, la vélocité adéquate et la direction précise au début du voyage.

Une fois sur place, on préférera sans doute s’installer en orbite ou atterrir, plutôt que de s’écraser sur la planète ou continuer et se perdre dans l’espace. Pour cela, l’équipage aura besoin d’un moyen pour ralentir l’engin, ce qui signifie plus de carburant, un poids plus élevé, donc un lanceur de plus grande envergure, qui coûtera plus cher, et ainsi de suite. Alors à l’arrivée, de préférence, la vitesse de l’engin approchera celle de la planète. Ainsi, de petites rétrofusées, voire l’atmosphère martienne, suffiront à en ralentir la descente. Lorsque la mission spatiale aura été conçue pour satisfaire à tous ces critères, restera à accomplir un long voyage de plusieurs mois.

D’où l’argument de certains qu’il vaudrait mieux reporter les missions humaines d’exploration du système solaire jusqu’à ce qu’on ait mis au point de nouvelles et merveilleuses techniques de propulsion, même si des décennies nous en séparent encore. Imaginez que vous remontiez le cours du temps jusqu’au XVIIe ou au XVIIIe siècle, et prépariez une mission en vue de gagner le Canada, à partir de la France ou de la Grande-Bretagne. Apercevant ces fragiles et inconfortables voiliers, vous décidez finalement de remettre votre voyage jusqu’à l’arrivée de nouvelles technologies comme les avions de ligne à réaction. Comment l’Histoire aurait-elle été changée? Songez à toutes les découvertes scientifiques et aux innovations techniques issues de ce que nous réalisons dans l’espace. Elles n’auraient jamais vu le jour si nous étions restés cloués au sol en attendant qu’on découvre une meilleure manière d’aller dans l’espace. Imaginez trouver de la vie sur Mars!