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Nuages noirs

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Ken Tapping, le 30 juin 2010

Dans le ciel, cette semaine...

> Vénus domine à l’ouest après le coucher du Soleil. Saturne et Mars frôlent l’horizon au sud-ouest, en soirée.

Jupiter et Uranus apparaissent vers 1 h, mais commencent à s’éloigner, même si les deux planètes demeurent très proches l’une de l’autre.

> La Lune entrera dans son dernier quartier le 4 juillet.

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En 1957, l’astronome Fred Hoyle écrivait un roman de science-fiction pour le moins fascinant intitulé « Le Nuage noir ». Il y était question de vie extraterrestre dans les nuages glacés et noirs de poussières et de gaz qui peuplent l’espace interstellaire. L’ouvrage mérite d’être lu, autant comme un thriller astronomique que comme une « pointe » lancée à quelques grands astronomes de l’époque. Bien qu’il s’agisse d’une œuvre de fiction, Hoyle avançait quelques idées scientifiques perçues comme farfelues à la parution de son livre. Pourtant, ce qu’il a postulé alors est devenu aujourd’hui un important domaine de recherche en astronomie. 

Toujours en 1957, on croyait que l’espace était baigné du rayonnement ultraviolet des étoiles et qu’un tel milieu était trop hostile pour qu’il y existe quoi que ce soit, sauf les composés chimiques les plus simples. Puisque la vie telle qu’on la connaît repose sur des molécules complexes, on présumait que les organismes vivants et les substances chimiques à leur origine ne pouvaient que se former sur le sol d’une planète, là où l’atmosphère les protégerait des rayonnements. Quiconque s’est déjà promené sur une plage sait que l’intensité des rayons ultraviolets qui atteint le sol suffit à causer des dégâts, même avec la protection de l’atmosphère. 

Barnard 68, nuage de poussière sombre. De haut en bas : lumière visible, infrarouge, sous-millimétrique.

L’espace est rempli de nuages de gaz et de poussières. Dans son roman, Hoyle suppose que le rôle destructif des rayons ultraviolets ne peut s’accomplir à l’intérieur de ces nuages, les plus denses surtout, de sorte que s’y forment lentement des molécules et des structures complexes. Ces substances et la création de nuages noirs vivants servent de prétexte à l’histoire. Quoique cette intéressante forme de vie extraterrestre reste du domaine de la science-fiction, la genèse de molécules complexes dans les nuages interstellaires ne l’est pas. 

Depuis deux ou trois décennies, on assiste à une véritable révolution de l’instrumentation en astronomie. Il est désormais possible de capter des images très sensibles et très détaillées à toutes les longueurs d’onde du spectre électromagnétique, ou presque, notamment dans l’ultraviolet, la lumière visible, l’infrarouge et les ondes radio. Exactement ce qu’il fallait pour étudier les nuages noirs. 

Bien qu’opaques à la lumière et aux ultraviolets, les nuages noirs sont pratiquement transparents pour les infrarouges et les ondes radio. Les télescopes à infrarouge et les radiotélescopes nous permettent donc de jeter un coup d’œil dans ces nuages pour voir ce qui s’y passe. En outre, beaucoup de molécules ont leur propre signature infrarouge et radio. Il est donc possible d’établir de quoi sont faits ces nuages, et quels ingrédients agissent les uns sur les autres. À vrai dire, la technologie est presque trop efficace. En effet, les observations ont donné une telle masse de signatures se chevauchant mutuellement qu’une fraction seulement a pu être identifiée. 

Cependant, ce que l’on a détecté jusqu’à présent s’avère passionnant. Nous avons trouvé des hydrocarbures, de l’eau, de l’ammoniac, du formaldéhyde, du cyanure d’hydrogène, de l’alcool et de nombreux autres composés. Les expériences en laboratoire et l’étude des matériaux venant des comètes laissent croire que ces composés pourraient donner des acides aminés, la pierre angulaire des protéines, éléments indispensables à la vie telle que nous la connaissons. La chimie cosmique est maintenant une véritable science. Fred Hoyle l’anticipait dans son roman. Reste à déterminer exactement jusqu’où il a bien pressenti la réalité.

Légende : Barnard 68, nuage de poussière sombre. De haut en bas : lumière visible, infrarouge, sous-millimétrique.