Conseil national de recherches Canada
Symbole du gouvernement du Canada

Liens de la barre de menu commune

La comète Holmes : dernières nouvelles

Ken Tapping, le 9 janvier 2008

Dans le ciel, cette semaine...

> Mars trône dans le ciel la majorité de la nuit.

> Saturne apparaît vers 21 h et Vénus aux alentours de 6 h.

> Après la nouvelle lune du 8 janvier, notre satellite entrera dans son premier quartier le 15.

a

Quelque chose est arrivée à la comète Holmes le 24 octobre 2007. Jusque là trop ténue pour être observée autrement qu'avec un puissant télescope, la comète a subitement multiplié son éclat d'un million de fois pour devenir visible à l'oeil nu. Peu de comètes agissent ainsi, ce qui a attiré considérablement l'attention.

À cette époque de l'année, la majorité des Canadiens ont sous les yeux une bonne comparaison du matériau dont sont fabriquées les comètes. Je parle de cette boue sale et glacée (la gadoue) qui encombre le coin des rues, ce mélange de glace, de poussière, de gravillons, de gaz piégés à l'intérieur et de multiples composés chimiques organiques. Imaginez un amas de cette matière de quelques kilomètres de diamètre, orbitant dans un coin reculé aux limites du système solaire, où il fait si froid que tout reste gelé en permanence. Parfois, un de ces amas voit sa course s'infléchir vers l'intérieur du système, où la température est beaucoup plus élevée. Les composés chimiques les plus volatils s'évaporent. Cette boule de neige sale de quelques kilomètres de diamètre ou moins n'a pas une gravité suffisante pour maintenir ensemble les matériaux qui la composent. Elle se désagrège donc avec la disparition de la glace et des autres substances agissant comme ciment. Un nuage grandissant de poussière, de gravillons et de gaz finit éventuellement par l'envelopper. C'est ce nuage qu'on appelle une comète.

La plupart des comètes s'évaporent de façon plus ou moins stable, le phénomène s'accélérant à mesure qu'elles approchent du Soleil. Pour une raison quelconque, la comète Holmes se comporte très différemment. Néanmoins, ce qui s'est produit le 24 octobre n'est pas un cas isolé. En effet, la même observation a été effectuée en 1892. C'est d'ailleurs grâce à cela qu'Edwin Holmes a découvert l'objet. L'astronome a relevé le même évènement deux mois et demi plus tard. Cet aspect semble faire partie de la nature même de la comète. On ne peut attribuer cette brusque hausse d'éclat à une collision, trois collisions étant hautement improbables.

En 1986, l'engin spatial Giotto s'est approché de la comète Halley pour photographier le centre de cette boule de glace sale. La surface était criblée de cratères rappelant des cheminées de volcans. En fusaient des jets de vapeur. Cette comète ne se comportait pas « impulsivement » comme celle de Holmes, mais elle nous laisse entrevoir une explication.

Il existe deux types de volcans sur Terre. Ceux comme le Kilauea, à Hawaï, libèrent un flot plus ou moins constant de lave à la suite d'éruptions qui durent des années; d'autres, tels le Krakatoa ou le mont St. Helens, ont tendance à exploser. La différence vient de la composition de la lave. Celle du Kilauea coule aisément tandis que celle du Krakatoa et du mont St. Helens a tendance à obturer les conduits, avec les résultats cataclysmiques qu'on connaît. Peut-être la composition chimique de la comète Holmes diffère-t-elle légèrement de celle des autres comètes, de sorte que ses cheminées se bouchent plus aisément. La pression pourrait s'accumuler à l'intérieur jusqu'à provoquer l'éruption d'une espèce de Krakatoa super froid. Il y aurait alors expulsion d'un morceau de la croûte de la comète, ce qui atténuerait la pression interne pendant un certain temps.

Aucune nouvelle explosion n'est survenue depuis le 24 octobre et la matière libérée à la suite du phénomène s'est lentement dispersée, si bien que le nuage de débris paraît maintenant plus grand que la lune quand elle est pleine. L'éclat est sensiblement le même, mais l'objet brille moins car la luminosité est répartie autour d'un objet de plus grande taille. Vous devriez le voir facilement avec des jumelles. Il voyage toujours dans la constellation de Persée.


Ken TappingKen Tapping est astronome à l'Institut Herzberg d'astrophysique du Conseil national de recherches du Canada (IHA-CNRC). Il travaille à l'Observatoire fédéral de radio-astrophysique de Penticton (C.-B., V2A 6K3). Tél. : (250) 493-2277; téléc. : (250) 493-7767;
Courriel : ken.tapping@nrc-cnrc.gc.ca.