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Ken Tapping, le 31 août 2005
Dans le ciel, cette semaine...
> Mars se lève en fin de soirée alors que Saturne apparaît à la fin de l'aube.
> Nouvelle lune le 3.
Il y a quelques mois, vers la fin de l'hiver, j'observais Sirius, l'étoile la plus brillante de Canis Major, le Grand Chien, avant de passer aux autres, beaucoup plus pâles, de cette constellation. Je me suis souvenu la première fois où j'avais accompli ce geste, lorsque je n'étais encore qu'astronome amateur, et je me suis dit qu'il est rassurant de constater que certaines choses ne changent apparemment pas dans le ciel.
Les premiers astronomes avaient eux aussi noté cette immuabilité, qui s'est transformée en principe fondamental. Diverses religions en ont même fait un dogme. Les étoiles ont été divisées en deux groupes : les « fixes », formant les constellations immuables, et les « vagabondes » ou les planètes, se déplaçant ici et là dans une bande de ciel contenant les douze (treize en réalité) constellations du zodiaque.
D'une certaine manière, il est réconfortant de penser qu'il y a quelque chose de plus ou moins permanent dans l'Univers. Pourtant, nous savons aujourd'hui que si elles mènent une très longue vie comparativement à la nôtre, les constellations changent lentement elles aussi, avec le déplacement des étoiles. L'ouvrage de Patrick Moore, Guide to the Stars, que je lisais naguère dans l'autobus, en route vers l'école, en donne un bon exemple. On y voit trois illustrations de la Grande Ourse (le Chariot de David, comme on dit en Europe). La première montre le groupe d'étoiles il y a 200 000 ans, la deuxième le présente tel qu'il est aujourd'hui et la dernière montre ce à quoi il ressemblera dans 200 000 ans. La première et la troisième n'évoquent en rien la forme actuelle d'un chariot. De toute évidence, dans une centaine de milliers d'années, beaucoup de constellations familières auront disparu. De fait, si on y réfléchit deux secondes, l'idée que les étoiles soient fixées à jamais au ciel est plutôt difficile à avaler, surtout avec ce qu'on sait d'elles et des règles qui gouvernent l'astronomie.
Nous vivons dans un immense système en forme de disque renfermant environ 200 milliards d'étoiles, plus d'innombrables nuages de poussières et d'autres objets : la galaxie spirale appelée la Voie lactée. Tout dans la Voie lactée gravite autour de son centre. Les étoiles naissent quand un nuage de poussières devient instable et s'effondre pour engendrer habituellement une poignée d'étoiles. Au début, ces dernières continuent à se déplacer dans la direction initiale du nuage qui tournait autour du centre galactique, à peu près à la même vitesse. À mesure que leur rayonnement consume le nuage cependant, les jeunes étoiles se dispersent lentement. C'est pourquoi le Soleil et les autres astres ont une vitesse bien à eux.
Quand on mesure avec précision l'emplacement des étoiles sur quelques dizaines d'années, on constate que la majorité a changé de position. C'est leur mouvement propre. Le lévrier du ciel est l'étoile de Barnard, à environ six années-lumière. Elle traverse le ciel à raison du diamètre de la pleine lune tous les 200 ans! En mesurant leur mouvement propre, on peut établir quelles étoiles sont des soeurs et en apprendre davantage sur la dynamique de notre coin de la galaxie. Profitez de ces constellations quand la nuit est belle. Comme tout le reste, elles ne sont pas éternelles.
Ken Tapping est astronome à l'Institut Herzberg d'astrophysique du Conseil national de recherches du Canada (IHA-CNRC). Il travaille à l'Observatoire fédéral de radio-astrophysique de Penticton (C.-B., V2A 6K3). Tél. : (250) 493-2277; téléc. : (250) 493-7767;
Courriel : ken.tapping@nrc-cnrc.gc.ca.