ARCHIVÉ - La science et l'externalisation ouverte : pourriez-vous concourir à la prochaine percée scientifique du siècle?
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Le modèle classique de la recherche évolue dans un monde où la collaboration ne cesse de prendre de l’ampleur. L’externalisation ouverte, qui fait appel aux talents du commun des mortels, gagne en popularité pour la résolution de problèmes et la création d’innovations. L’accès à la conscience collective pourrait-il révolutionner l’exercice de la science?
L’été dernier, Andrew Trivett, qui enseigne le génie à l’Î.-P.-É., a mis de côté ses recherches universitaires sur les estuaires côtiers pour s’attaquer au problème d’un fabricant de biens de consommation : que faire avec les 300 tonnes d’eau utilisées chaque année pour nettoyer l’équipement de transformation? Contaminée par des résidus, l’eau était considérée comme un déchet dangereux et l’entreprise devait payer des sous-traitants pour la transporter et l’éliminer.

« J’ai proposé une amélioration à leurs procédés, dit-il. J’espère qu’ils en ont tiré quelque chose d’utile. »
Le professeur d’ingénierie et le fabricant ont été réunis grâce à InnoCentive, entreprise du Massachusetts qui lance des défis techniques, scientifiques, commerciaux et organisationnels sur son site Web, et remet des prix en argent en échange d’une solution. InnoCentive, qui compte parmi ses clients Eli Lilly, Procter & Gamble, la NASA et la Fondation Rockefeller, se targue d’être un pionnier de
l’« innovation libre », forme d’externalisation ouverte en vertu de laquelle on soumet en ligne un problème technique difficile afin que plusieurs personnes y proposent des solutions possibles.
Peu importe l’étiquette qu’on lui donne, le principe sous-jacent demeure le même, estime Anthony D. Williams, coauteur du succès de librairie de 2010 Macrowikinomics: Rebooting Business and the World aet chercheur invité à la Munk School of Global Affairs de l’Université de Toronto.
« L’Internet est le point commun. Il permet de dénicher
les talents et les idées intéressantes à la grandeur de la planète », explique M. Williams.
« Auparavant, ajoute-t-il, les entreprises, les agences gouvernementales et les équipes scientifiques n’avaient d’autre ressource que les gens qui se présentaient tous les jours au travail. Dorénavant, elles peuvent recourir à d’autres personnes ou experts sur la planète entière. »
Envisager le problème sous un autre angle
Les universitaires qui suivent l’apparition de l’externalisation ouverte sont persuadés que cette dernière gagnera en popularité auprès des entreprises, des gouvernements et des institutions de recherche.
Qu’est-ce que l’externalisation ouverte?
Il s’agit d’une approche libre à la résolution d’un problème. Une tâche qu’effectuerait normalement un groupe précis (habituellement des employés) est confiée à un groupe indéterminé sous forme d’un appel à tous.
« Des études indiquent que les gens à l’extérieur ou en périphérie d’une organisation résolvent parfois mieux les problèmes que ceux qui en font partie », soutient Daren Brabham, professeur de journalisme et de communication à l’Université de la Caroline du Nord et auteur de plusieurs articles académiques sur le sujet. « Lorsqu’on se heurte à un problème de génie chimique, on présume d’emblée qu’un chimiste réussira à le résoudre. Or, la recherche démontre qu’un botaniste ou un spécialiste des sciences de la terre pourrait en faire tout autant, parce qu’il aborde le problème différemment. »
InnoCentive n’est qu’un fournisseur d’innovations libres parmi beaucoup d’autres, mais l’entreprise s’est avérée extraordinairement populaire et florissante. Depuis 2001, elle a lancé 1320 défis. Environ 250 000 personnes de près de 200 pays se sont inscrites sur son site et l’entreprise a décerné 1015 prix en argent.
Depuis la mi-octobre 2011, 111 défis en mal de solution ont été affichés sur le site Web. Par exemple, un prix de 8000 $ était offert à quiconque réussirait à créer un système permettant de surveiller efficacement la corruption dans les institutions; quatre autres offraient chacun un million de dollars, notamment pour le séquençage de l’ADN et de l’ARN d’une seule cellule cancéreuse.
À l’Î.-P.-É., Andrew Trivett s’est attaqué à sept reprises à un problème au cours des deux dernières années; par deux fois, il a présenté une solution gagnante. Il ne peut toutefois révéler comment il a résolu le problème, car l’information devient la propriété intellectuelle de l’entreprise qui verse la prime. De même, InnoCentive ne peut divulguer le nom des entreprises en quête de solutions, car la concurrence pourrait exploiter ce renseignement.

Pareilles restrictions ne troublent pas M. Trivett, véritable adepte d’InnoCentive et de l’innovation libre. « Le jeu en vaut la chandelle, même quand mes solutions ne sont pas retenues, affirme-t-il. J’ai la chance de m’attaquer à des problèmes intéressants, situés hors de mon domaine de spécialisation, ce qui m’aide à donner plus de vie à mes cours et à mes recherches. »
De fait, il a demandé à ses étudiants de première année en génie de relever un de ces défis dans le cadre de leurs travaux. « Tenter de résoudre de vrais problèmes pour des gens bien réels, voilà une manière formidable d’enseigner l’ingénierie », affirme-t-il. Plusieurs étudiants s’attaquent maintenant à des défis de leur propre initiative, devenant ainsi des membres de la nouvelle collectivité mondiale d’innovateurs.
Un nouveau modèle concurrentiel
Pour M. Williams, coauteur de Microwikinomics, l’externalisation ouverte pourrait engendrer un conflit d’intérêts si des particuliers ou des entreprises réalisent un profit au détriment d’autrui, de sorte que la transparence est de mise dès le départ.
« Les règles du jeu doivent être clairement dévoilées, dit-il. Tout le monde doit savoir à quoi s’attendre et à quel moment il devrait toucher de l’argent. Quand les attentes sont claires, la collaboration ne suscite aucune friction. »
L’externalisation ouverte vous intéresse?
Voici quelques sites qui misent sur cette démarche et sur l’innovation libre.
InnoCentive – les solutions efficaces à des problèmes scientifiques, commerciaux et organisationnels sont récompensées par des prix en argent.
One Billion Minds – les inventeurs résolvent des problèmes pour les entreprises, les organismes sans but lucratif et les particuliers.
Innoget – les fournisseurs de technologies entrent en contact avec les personnes en quête de solutions novatrices.
IdeaConnection – des scientifiques, des ingénieurs et des industriels résolvent des problèmes de R-D pour les entreprises.
Fold it – les utilisateurs aident les scientifiques à prédire la structure des protéines en jouant à un jeu électronique.
Galaxy Zoo – des bénévoles aident les astronomes à classer les galaxies selon leur forme.
Remarque : ces sites ne sont offerts qu’en anglais
Il ajoute s’être entretenu avec des cadres de sociétés pharmaceutiques qui envisagent la possibilité de travailler ensemble jusqu’à un certain point, pour éviter la duplication des efforts et réaliser des économies. « Ils lorgnent vers l’innovation libre au stade préconcurrentiel en tant que modèle pour la recherche, reprend-il. Ils souhaiteraient coopérer pour faire progresser la science pure, au lieu de laisser chaque entreprise travailler dans son coin, ce qui entraîne fatalement une grande redondance. »
Selon M. Williams, une fois parvenues à l’étape de l’essai d’un nouveau médicament, les entreprises mettraient fin à leur collaboration et recommenceraient à se livrer concurrence. « L’étape de la commercialisation surviendrait beaucoup plus rapidement. »
« Ce ne sera pas demain » que de tels concurrents s’entendront sur une forme de collaboration créative. Cependant, pour M. Williams, par ses succès rapides, l’externalisation ouverte a prouvé qu’elle a son utilité pour mettre fin au cloisonnement et puiser à des sources inattendues en vue de résoudre des problèmes scientifiques.
« Le plus intéressant, quand on pose un problème à un réseau élargi, est qu’on ignore d’où viendra la solution », conclut M. Williams. « La plupart du temps, celle-ci émane de quelqu’un travaillant dans un tout autre domaine. Un problème qui défie un physicien pourrait s’avérer une peccadille pour un biologiste. » ![]()
ISSN 1927-0283 = Dimensions (Ottawa. En ligne)