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Chroniqueur invité
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La biométrie au Canada : équilibrer sécurité et vie privée

Où en est la biométrie au Canada et comment ces nouvelles technologies composent-elles avec la protection de la vie privée?

Dr. Colin SoutarColin Soutar dirige le groupe de protection de l’identité et des renseignements personnels de CSC, une des principales sociétés mondiales de gestion de l’identité. Il a concouru à l’établissement de plusieurs normes internationales et à la poursuite de diverses initiatives industrielles en biométrie, identification, sécurité et protection de la vie privée. Il a été l’un des premiers à préconiser l’évaluation de la sécurité des systèmes biométriques à la fin des années 1990.

Les technologies biométriques nous touchent de très près. Elles supposent une quantification automatique des particularités physiques d’un être humain (le visage, les doigts et l’iris, notamment) ou de certains traits de comportement (comme la démarche ou la technique de dactylographie). Par définition, des paramètres biométriques sont propres à chaque individu. Cependant, pour aller au cœur d’une technologie qui existe depuis quelques décennies (et qu’ont précédée maints systèmes manuels), il convient de gratter un peu la surface.

À quoi servent les technologies biométriques?

On y recourt dans deux buts principaux :

  • l’identification des individus à partir d’une base de données;
  • la vérification de l’identité, c’est-à-dire pour confirmer que celui qui utilise un système est bien celui qu’il prétend être.

Pour bien comprendre et accepter les technologies biométriques, il est capital de faire la distinction entre ces deux aspects, surtout au Canada, car les Canadiens attachent un grand prix à leur vie privée, comme le reflètent les lois fédérales et provinciales.

Gros plan du balayage de sécurité d’un iris.

Prenons quelques exemples. Commençons par celui d’un criminel qui a laissé sur la scène de son méfait une empreinte digitale susceptible de permettre une recherche dans une banque de données. On parle ici d’identification.

Ensuite, imaginons un utilisateur qui souhaite établir qu’il est le titulaire autorisé d’un document (un passeport, par exemple). On pourrait recourir à la biométrie pour confirmer son identité. De fait, on utilise plus en plus les technologies biométriques, et d’autres technologies comme les cartes intelligentes (ou à puce) et la cryptographie, pour obtenir une garantie générale que l’utilisateur est bien la personne qu’il prétend être.

Dans cette optique, la biométrie s’est éloignée de son rôle historique d’application isolée, comme dans les enquêtes policières, pour tendre vers un rôle plus étendu qui consiste à étayer d’autres applications tel le passage d’un pays à un autre ou l’autorisation des opérations financières.

Le degré de confirmation d’identité acceptable pour une transaction quelconque dépend des risques évalués dans ce contexte particulier. Ainsi, on exigera une confirmation plus poussée de l’identité afin de franchir une frontière que pour acheter des articles dans une épicerie. Le degré de contrôle variera donc pour les opérations courantes que voici :

  • accès général à des droits ou à des services sur Internet;
  • changement de quart de travail dans le cas d’applications de vérification de temps et de présence;
  • autorisation des transactions financières;
  • passage d’une frontière et immigration.

Les technologies biométriques autorisent un degré élevé de contrôle de l’identité, de sorte qu’elles atténuent considérablement les risques de malfaisance par un imposteur. En d’autres termes, plus une personne est en mesure de confirmer son identité, moins grands sont les risques que quelqu’un d’autre accède à ses données ou à ses services. Dans les exemples qui précèdent, on pourrait assurer la sécurité et prévenir le vol d’identité pour combattre le terrorisme, pour protéger sa situation financière, pour responsabiliser des employés et pour éviter de voir sa réputation tachée.

Application de la biométrie au Canada

Que cela signifie-t-il pour le Canada? Eh bien, comme indiqué précédemment, dans notre législation transpire l’attachement aiguisé des Canadiens pour la vie privée et la protection des renseignements personnels. Avec leur déploiement au pays, dans le secteur tant privé que public, on mesure l’incidence des technologies biométriques sur l’infrastructure existante en évaluant à la fois leur sécurité et leur impact sur la vie privée. On le remarque particulièrement dans le cas des déploiements gouvernementaux à grande échelle comme celui du passeport électronique.

Gros plan d’une main tenant un passeport et un billet d’avion.
À compter de 2012, le passeport canadien inclura une puce électronique qui le rendra plus sûr. La puce contiendra la photo du titulaire et des renseignements personnels. Pour en savoir plus au sujet du passeport canadien électronique.

Préserver la sécurité et les renseignements personnels est indissociable du bien-être des Canadiens, et on évalue le recours aux technologies biométriques dans cette perspective. À vrai dire, les commissaires à la protection de la vie privée du Canada sont internationalement reconnus parmi les plus grands praticiens dans leur domaine; aux paliers fédéral et provincial, ils ont contribué à façonner positivement le panorama des technologies émergentes en biométrie et en identification.

Au Canada, la biométrie a présentement trouvé application dans bon nombre de situations commerciales, notamment la protection des biens physiques et informatiques, ainsi que les applications de vérification de temps et de présence. On fait souvent appel à une seule technologie, la reconnaissance faciale notamment (comme certains pays le font pour le passeport électronique); dans d’autres cas, on en combine plusieurs afin de confirmer l’identité avec plus de certitude (empreintes digitales et reconnaissance faciale pour les applications frontalières et pour l’immigration).

Depuis 10 ans, le Canada a mis en place des systèmes qui facilitent les déplacements des voyageurs, à commencer par le système CANPASS qui accélère l’entrée au pays de voyageurs préautorisés suscitant peu de risques. Plus récemment, le système NEXUS a également accéléré l’arrivée des voyageurs au Canada et aux États-Unis. Dans le même ordre d’idée, le Canada a été l’un des premiers à renforcer la sécurité dans ses aéroports en recourant à la biométrie pour donner accès aux zones protégées, avec la carte d’identité pour les aires réglementées introduite par l’Administration canadienne de la sûreté du transport aérien.

En 2012, le Canada rejoindra la centaine de pays qui utilisent déjà le passeport électronique, lequel permet d’authentifier positivement le titulaire par reconnaissance faciale automatique. Les normes du passeport électronique ont été élaborées par l’Organisation de l’aviation civile internationale, qui a son siège à Montréal.

Bientôt, le Canada appliquera aussi les technologies biométriques à ses formalités de visa – à l’instar de pays amis tels le R.-U. et les É.-U. De telles technologies interdiront aux criminels notoires d’entrer au pays, et garantiront l’intégrité du séjour en s’assurant que nul n’a volé le visa de celui à qui il a été accordé.

Avenir de la biométrie au Canada

Si l’on regarde plus loin, quatre grandes tendances se dessinent pour l’application des technologies biométriques à la vie courante :

  • les gens sont de plus en plus conscients de l’importance de leurs données personnelles et de la nécessité de les protéger en recourant à des méthodes d’authentification robustes comme la biométrie;
  • l’utilisation d’applications en nuage pour stocker d’importants renseignements concernant les entreprises ou les particuliers signifie qu’on aura besoin de mieux contrôler les identités;
  • on pourrait sécuriser davantage la consultation à distance des données et des services au moyen de dispositifs mobiles comme les téléphones intelligents en y intégrant des fonctions biométriques;
  • la sécurité et la performance des technologies biométriques feront en sorte qu’elles seront de plus en plus employées parallèlement aux autres technologies d’authentification.

Étant un pays qui mise beaucoup sur la technologie et la vie privée, le Canada s’assurera que les technologies soient pourvues des protections adéquates et reposent sur de solides principes, et que l’on continuera de recourir à la biométrie pour protéger les renseignements personnels et les biens, aussi bien que pour faire valoir ses droits.

Certains soutiennent qu’on jauge la maturité et le succès d’une technologie au degré de son intégration aux processus des entreprises; d’autres affirment qu’on les mesure à la façon dont la technologie se conforme au tissu juridique et social. Dans les deux cas, on peut dire que la biométrie est entrée dans la force de l’âge au Canada. end


ISSN 1927-0283 = Dimensions (Ottawa. En ligne)

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