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ARCHIVÉ - À l'assaut d'une super bactérie

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Chaque année, la bactérie ultra résistante C. difficile infecte des milliers de malades dans les hôpitaux nord-américains. Dans de rares cas, l’infection s’avère mortelle. Le CNRC met actuellement au point des traitements qui ne recourent pas aux antibiotiques, mais ciblent les molécules qui rendent ce microorganisme si virulent.

Une octogénaire est admise à l’hôpital, souffrant de pneumonie. Son médecin prescrit les antibiotiques qui lui sauveront la vie, mais au moment même où ses poumons se dégagent, surviennent des problèmes gastro-intestinaux (diarrhée, perte d’appétit, nausées, douleurs abdominales). Il s’avère que l’antibiotique administré pour combattre la pneumonie a détruit les microorganismes utiles dans l’intestin, permettant à une bactérie pathogène opportuniste, Clostridium difficile (C. difficile), de s’y multiplier.

On qualifie C. difficile de « super » bactérie à cause de la fréquence des cas, de sa persistance dans les hôpitaux et de sa résistance aux traitements. Le bacille existe naturellement dans une petite proportion (jusqu’à 15 %) de la population, mais la microflore intestinale l’empêche de proliférer. « L’administration d’antibiotiques par intraveineuse dans les hôpitaux favorise la multiplication de C. difficile », explique la Dre Françoise Giard, dermatologue à la tête du Comité de lutte contre les infections à l’Hôpital de Gatineau, au Québec. « Plusieurs infections par C. difficile sont donc inévitables, car certains malades mourront s’ils ne reçoivent pas d’antibiotiques. »

L’administration d’antibiotiques par intraveineuse dans les hôpitaux favorise la multiplication de C. difficile.

L’administration d’antibiotiques par intraveineuse dans les hôpitaux favorise la multiplication de C. difficile.

La bonne nouvelle est que la plupart des gens chez qui on diagnostique C. difficile s’en remettent [lire l’encadré sur la manière dont les hôpitaux luttent contre les infections par C. difficile]. Cependant, pareilles infections peuvent avoir des complications graves, comme une colite. Parfois, il faut procéder à une colectomie et il arrive que l’infection soit fatale.

« Les infections à C. difficile ont déjà été soignées dans le passé, mais le nombre de cas a considérablement augmenté au cours de la dernière décennie », déplore la Dre Giard. En effet, vers 2000, une nouvelle souche de la bactérie, extrêmement virulente, est apparue en Amérique du Nord, avant de traverser l’océan vers l’Europe et l’Australie. Selon Statistique Canada, plus d’un millier de Canadiens ont péri des suites d’une infection par C. difficile en 2007.

Inconvénients de la thérapie actuelle

Dans les cas graves, le médecin prescrit habituellement un antibiotique assez puissant pour venir à bout de la bactérie, comme la vancomycine. Cependant, si certains antibiotiques débarrassent l’organisme de C. difficile, ils ne peuvent rien contre ses spores, qui résistent aux médicaments. « Quand le traitement cesse, si l’intestin n’a pas été repeuplé par des bactéries utiles, les spores de C. difficile germent et recommencent à libérer leur toxine », explique Susan Logan, du Conseil national de recherches (CNRC). « Le malade peut rentrer chez lui et revenir à l’hôpital deux semaines plus tard, souffrant d’une infection chronique qui nécessitera une nouvelle antibiothérapie. » Elle ajoute que lorsque surviennent des complications graves, l’ultime ressort consiste à transplanter les fèces d’un donneur apparenté. On procède de cette façon pour repeupler l’intestin de « bonnes » et inoffensives bactéries qui empêcheront C. difficile de se multiplier.

C. difficile est la cause la plus fréquente de diarrhée infectieuse chez les personnes hospitalisées dans les pays industrialisés. En Amérique du Nord, le microorganisme en contamine des milliers chaque année. Les personnes âgées et les malades au système immunitaire affaibli sont ceux qui courent les plus grands risques. Selon diverses études, on estime que la maladie coûte jusqu’à trois milliards de dollars annuellement, juste aux États-Unis.

« L’apparition de souches antibiorésistantes, impossibles à détruire avec les antibiotiques existants, est préoccupante », affirme Jamshid Tanha, également du CNRC.

Pour surmonter ces difficultés, les deux chercheurs du CNRC élaborent de nouvelles stratégies thérapeutiques qui prennent pour cible les molécules spécifiques conférant à C. difficile sa virulence, au lieu de simplement tuer la bactérie.

Première stratégie : désarmer les toxines à l’origine de la maladie

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Combattre C. difficile

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L’approche de M. Tanha consiste à recourir à une famille d’anticorps découverte chez les lamas et les chameaux. Ces anticorps, dix fois plus petits que ceux des humains, possèdent un « domaine unique » leur permettant d’identifier les molécules. Avec son collègue Greg Hussack, M. Tanha a créé des anticorps à domaine unique qui reconnaissent les deux toxines de C. difficile à l’origine des symptômes de la maladie.

Les chercheurs songent à administrer ces anticorps à la manière d’une pilule. Imaginez avaler de petits morceaux de Velcro qui se fixeront aux toxines pour les piéger, permettant éventuellement le rétablissement des populations de bactéries bénéfiques. M. Tanha croit qu’une thérapie orale serait plus simple à administrer et coûterait moins cher que l’injection d’antibiotiques.

Le principal obstacle au développement d’anticorps oraux consiste à les adapter pour qu’ils survivent à leur passage dans le tube digestif. « Ils devront résister aux enzymes digestifs, mais aussi au milieu acide de l’estomac, précise M. Tanha, sinon ils se détérioreront et ne fonctionneront pas correctement. » L’équipe a démontré que plusieurs de ses anticorps antitoxine résistent à l’acidité et aux enzymes de digestion gastro-intestinaux.

Deuxième stratégie : empêcher la bactérie de nager

Ailleurs au CNRC, Susan Logan et son collègue Robert Ménard cherchent comment empêcher C. difficile de fabriquer un flagelle, structure protéique qui permet à la bactérie de « nager » pour s’implanter dans le côlon. « Au lieu de tuer la bactérie, nous combattrons la maladie en l’empêchant de gagner la paroi du côlon pour la coloniser », déclare M. Ménard.

Le flagelle de C. difficile est constitué d’un hydrate de carbone (sucre) très précis. En travaillant sur des organismes similaires (lire l’encadré), Mme Logan a découvert que la bactérie ne peut assembler sa queue sans les sucres du flagelle et que, sans queue, elle ne peut coloniser le tube digestif. « En empêchant C. difficile de fabriquer ses hydrates de carbone, nous priverons la bactérie de son flagelle », dit-elle. Jusqu’à présent, l’équipe a identifié des enzymes qui interviennent dans la synthèse de l’hydrate de carbone. Maintenant, elle cherche les molécules susceptibles de bloquer le fonctionnement de ces enzymes. (En complément à ces travaux, l’équipe de M. Tanha a créé des anticorps qui se fixent aux protéines à la surface de C. difficile et empêcheront la bactérie de se fixer à la paroi du côlon.)

Les recherches de Susan Logan sur C. difficile dérivent de travaux antérieurs sur Helicobacter pylori, agent pathogène de l’estomac responsable de l’ulcère gastrique. « Nous avons découvert qu’il est possible d’attaquer le circuit qui synthétise les sucres formant le flagelle de H. pylori », raconte Mme Logan. « En utilisant un petit inhibiteur de molécule identifié au laboratoire de M. Ménard, nous empêchons la synthèse du sucre, si bien que la bactérie n’a plus aucun moyen de se déplacer. S’il ne peut nager, H. pylori sera tout simplement expulsé du système digestif et ne pourra plus engendrer la maladie. »

La polythérapie

Les deux équipes du CNRC sont persuadées que si elles reçoivent la sanction clinique, leurs stratégies donneraient de bons résultats, ensemble ou avec l’administration d’antibiotiques. « Les anticorps antitoxine atténueraient la virulence de C. difficile, tandis que notre traitement aiderait l’organisme à se débarrasser de la bactérie », déclare M. Ménard. « Cibler plusieurs facteurs de virulence particuliers à C. difficile est sans doute l’approche la plus logique pour faire en sorte que l’infection ne revienne pas », conclut Mme Logan. End

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