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ARCHIVÉ - Des experts discutent de l'avenir des bâtiments durables

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Bâtiment dédié à l’informatique de l’université York à Toronto

Bâtiment dédié à l’informatique de l’université York à Toronto
Photo : Busby Perkins+Will Architects Co.

Au Canada, les immeubles commerciaux et institutionnels tels les magasins, les bureaux, les écoles et les hôpitaux utilisent près du dixième de la demande totale d’énergie. C’est pourquoi on s’efforce de réduire cette consommation et, par la même occasion, les émissions de gaz à effet de serre. De tels bâtiments pouvant être occupés pendant au moins 50 ans, il est capital que la planification et l’érection des immeubles neufs s’appuient sur des principes de conception durables.

Dans cet article, Dimensions s’entretient avec trois grands experts en bâtiments durables pour savoir ce qui a été réalisé en la matière et ce qu’il faut accomplir afin que les édifices de demain aient la plus faible incidence possible sur l’environnement.

Peter Busby

Peter Busby est directeur principal de Busby Perkins+Will, entreprise de Vancouver qui figure parmi les principaux cabinets d’architecture écologique d’Amérique du Nord. Busby Perkins+Will compte le plus vaste portefeuille de projets verts au Canada.

Dr. Morad Atif

Morad Atif est directeur général de l’Institut de recherche en construction du CNRC. Il préside aussi le Comité exécutif de la conservation de l’énergie dans les bâtiments et les réseaux communautaires de l’Agence internationale de l’énergie.

Stephen Pope

Stephen Pope se spécialise dans l’architecture des bâtiments durables à Ressources naturelles Canada (RNCan). Architecte de formation, il facilite la conception et modélise la consommation d’énergie des immeubles commerciaux.


Question : Comment définiriez-vous un bâtiment vert ou durable?

Stephen Pope

Un bâtiment vert consommera très peu d’énergie et utilisera l’eau avec parcimonie. Il ne gaspillera rien. La définition de « durable » est plus épineuse. On se servira d’énergie renouvelable pour le construire et l’exploiter; le bâtiment ne libérera aucun polluant dans l’eau, le sol ou l’air. Les personnes qui l’habitent y vivront confortablement avec les ressources disponibles sur les lieux (on pourrait recueillir l’eau de pluie en vue de la boire, par exemple) et le bâtiment permettra à ceux qui l’occupent de mener un mode de vie équitable.


Morad Atif

Il y a dix ans, la définition reposait essentiellement sur la nécessité de réduire la consommation d’énergie et d’atténuer l’empreinte du bâtiment sur l’environnement. Depuis, des facteurs comme des mesures d’atténuation du changement climatique, l’escalade du prix de l’essence et de l’électricité, et le syndrome du « bâtiment malsain » ont engendré des objectifs de rendement nettement plus audacieux et globaux pour les édifices verts. Désormais, la tendance consiste à concevoir des bâtiments qui ne consommeront presque pas d’énergie, n’émettront quasiment pas de dioxyde de carbone, intégreront des sources d’énergie renouvelables, économiseront l’eau et assureront le confort des occupants tout en préservant leur santé.


Peter Busby

La définition la plus simple est celle d’un bâtiment qui n’affecte pas son environnement naturel. Bref, l’édifice dit « vert » n’utilisera pas d’eau ni d’énergie et aura une incidence restreinte sur l’exploitation des ressources. En ce qui me concerne, un bâtiment durable est un immeuble qui utilisera moins d’eau et d’énergie qu’un immeuble ordinaire. Il sera plus salubre. On l’aura fait de matériaux contenant moins de carbone qui auront suscité une moins grande dépense d’énergie, et il libérera moins de polluants. Les bâtiments durables sont simplement meilleurs pour l’environnement et pour ceux qui les occupent.


Question : Quelles sont les principales difficultés liées à la conception et à la construction d’un bâtiment durable?

Stephen Pope

En 2002, la Fondation David Suzuki publiait « Kyoto et au-delà : la voie des faibles émissions vers l’innovation et l’efficience », étude dans laquelle on peut lire que nous possédons les connaissances et les technologies requises pour satisfaire dès maintenant aux exigences du protocole de Kyoto. Le défi consiste à changer nos ententes contractuelles, nos idées sur les responsabilités de chacun et la valeur des biens fonciers de manière à refléter la nécessité de durabilité.

Par exemple, pour comptabiliser le bâtiment dans son « entièreté », la société doit poser l’argument de valeur et confirmer que le propriétaire a le désir et la capacité de parvenir à un certain rendement. L’argument de valeur ne doit pas seulement s’appliquer au fonctionnement général de l’entreprise, mais aussi au marketing et à la mission. Une des raisons pour lesquelles Mountain Equipment Co-op fonctionne si bien est que son conseil d’administration a décidé d’élargir l’application de ses aspirations en matière d’équipement de plein air aux bâtiments eux-mêmes.


Peter Busby

Une des grandes difficultés réside dans les obstacles que pose la réglementation. Par exemple, les règlements interdisent souvent la réutilisation des matériaux de construction ou de l’équipement mécanique, électrique ou de plomberie (qui peuvent être en parfait état). De même, Santé Canada interdit l’usage des « eaux grises » au lieu d’eau potable dans les toilettes sur la majeure partie du territoire. Utiliser le bois comme matériau de construction signifie souvent une lutte incessante avec les administrations municipales et les services d’incendie.


Question : Que fait votre organisme pour favoriser le développement de bâtiments durables?

Stephen Pope

RNCan contribue à mettre en place les données repères qui serviront à établir la performance d’un bâtiment dans le cadre d’un projet spécifique, dans un lieu précis. Le programme CanmetÉNERGIE a commencé à rassembler un répertoire de modèles énergétiques pour des modèles courants de bâtiments à partir desquels les professionnels pourront établir ce qui se produit quand on modifie tel ou tel élément. Utilisés quand débute la conception, de tels modèles contribueront à préciser les tendances de manière à parvenir au meilleur rendement à moindres frais.


Morad Atif

Le CNRC œuvre avec ses partenaires de l’industrie et du gouvernement en effectuant des recherches et en réalisant des innovations sur les bâtiments durables dans le cadre de deux programmes qui mettent l’accent sur l’environnement intérieur et l’enveloppe du bâtiment. Ses codes modèles et son programme d’évaluation jouent également un rôle sur ce plan. Les programmes de recherche ont pour but le développement et l’intégration de technologies et d’outils qui faciliteront la prise de décisions sur les bâtiments durables. Les objectifs consistent à réduire sensiblement la quantité d’énergie consommée par les services (éclairage, chauffage et aération, notamment), à rehausser la résistance thermique et la durabilité de l’enveloppe du bâtiment, à améliorer la qualité de l’air intérieur et à alléger l’empreinte carbone par l’usage de béton et d’isolants sans incidence sur l’environnement.

Le CNRC pilote actuellement un projet pluriannuel – financé par un consortium d’une dizaine de partenaires de l’industrie ainsi que des administrations fédérale et provinciales – qui étalonnera les systèmes d’évaluation des bâtiments verts, tel le programme LEED, en quantifiant la performance véritable de divers édifices verts au pays. Ce projet aboutira aussi à l’élaboration d’outils applicables aux bâtiments de ce genre une fois qu’ils sont occupés. Une autre initiative du CNRC, presque achevée, a débouché sur le développement d’un système automatique de gestion de l’énergie pour les bâtiments qui intègre des commandes individuelles et d’autres en réponse au taux d’occupation.


Peter Busby

Nous avons un projet en chantier à Vancouver appelé « Centre d’accueil du jardin botanique VanDusen ». Le bâtiment intégrera des améliorations majeures au niveau de la biodiversité, de l’environnement et de l’écologie. Il permettra l’usage de résidus humains compostés et possèdera un toit vert complexe, expressément conçu pour accroître la biodiversité.


À propos du programme LEED

Leadership in Energy and Environmental Design (LEED) est un programme de certification des bâtiments écologiques qui encourage l’érection de bâtiments durables grâce à une attestation indépendante. La certification LEED incite les constructeurs à tenir compte de cinq aspects de la santé humaine et de la protection de l’environnement : un aménagement durable du site, l’économie d’eau, l’énergie et l’atmosphère, les matériaux et les ressources, ainsi que la qualité de l’environnement intérieur.

Question : Qu’entrevoyez-vous pour l’avenir des bâtiments durables dans les 10 à 20 prochaines années?

Stephen Pope

À un moment indéterminé entre aujourd’hui et 2030, le prix de l’énergie connaîtra une forte hausse, ce qui entraînera une réfection importante des bâtiments existants afin de les rendre beaucoup plus écologiques qu’ils le sont actuellement. Aux États-Unis, les chiffres sur l’immobilier des dix dernières années indiquent clairement que les bâtiments verts forment une catégorie mieux cotée de biens, justifiant des loyers et un prix de vente plus élevés. Au Canada, le courtier en immeubles Cushman & Wakefield rapporte une tendance analogue.

Donc, combien de temps faudra-t-il avant qu’on assiste à un mouvement digne de mention? Tout dépend du sérieux des administrations provinciales et fédérale dans les incitatifs mis en place pour promouvoir la construction de bâtiments durables. J’aimerais voir une poussée très vigoureuse vers une amélioration de la performance des bâtiments. Le Code modèle national de l’énergie pour les bâtiments de 2011 exigera que les bâtiments consomment 25 % moins d’énergie que sa version de 1997, mais j’aurais souhaité qu’on préconise une économie de 30 à 40 %, assortie de mesures pour absorber le coût du processus de conception. La bonne nouvelle est que 80 000 $ suffisent à couvrir une bonne partie de la conception, ce qui n’est pas beaucoup pour un édifice dont l’érection coûtera sept à huit millions.


Morad Atif

Notre vision est double : premièrement, aider l’industrie canadienne à développer et à intégrer des technologies et des systèmes rentables qui satisferont aux objectifs plus audacieux et élevés pour les bâtiments verts en matière d’énergie, d’atténuation du changement climatique et de salubrité de l’environnement intérieur (y compris au niveau de la qualité de l’air); deuxièmement, faciliter l’évolution des bâtiments verts pour qu’ils combinent une consommation d’énergie, des émissions de dioxyde de carbone nulles à un environnement intérieur sain, avec le développement d’outils novateurs reposant sur la performance pour la prise de décisions, l’élaboration de codes et des systèmes d’évaluation.


Peter Busby

Deux changements importants sont à prévoir. Tout d’abord, on assistera à une diminution du coût des sources d’énergie renouvelables. À l’heure actuelle, les panneaux solaires photovoltaïques coûtent cher et manquent d’efficacité. Cependant, on investit considérablement dans leur développement. Dans trois à cinq ans, les tuiles solaires devraient devenir aussi bon marché que n’importe quel revêtement, ce qui signifie que le toit, les murs et les fenêtres des bâtiments pourront produire de l’énergie. Selon le moment de la journée et la saison, les édifices produiront de l’énergie en plus d’en utiliser. Ils deviendront donc de plus en plus « neutres » annuellement sur ce plan (en produisant presque autant d’énergie qu’ils en consomment).

Un autre grand changement est celui du Living Building Challenge — une nouvelle norme qui surpasse le système de certification LEED. Cette norme porte sur une toute nouvelle série de paramètres environnementaux en vertu desquels un bâtiment sera vraiment qualifié de durable et ne percevra ni eau ni énergie de l’environnement. De tels bâtiments traiteront leurs propres eaux usées, créeront leur électricité et relèveront certains défis comme enrichir la biodiversité et avoir un impact positif sur l’environnement. Ces bâtiments, dits « régénératifs », feront plus de bien que de mal, bonifieront la nature au lieu de l’appauvrir, créeront des ressources plutôt que les exploiter. Dans cinq à dix ans, avec l’apparition des bâtiments régénératifs, nous franchirons une nouvelle et palpitante frontière dans la conception de bâtiments durables. Fin

Le saviez-vous?

Les Canadiens passent environ 90 % de leur temps à l’intérieur, qu’il s’agisse de leur domicile, d’un bureau, d’une usine, d’un établissement commercial ou d’un autre type de bâtiment.

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