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ARCHIVÉ - Une mauvaise herbe se rachète

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La saponaire des vaches, ancien fléau des cultivateurs de blé, pourrait devenir une culture lucrative. La plante regorge de saponines – substances imitant le savon, aux vertus médicinales potentielles. Les recherches du CNRC laissent croire que les agriculteurs pourraient un jour la récolter pour la fabrication de médicaments anticancéreux et de nutraceutiques.

La saponaire des vaches (<em>Saponaria vaccaria</em>) est riche en saponines - une substance rappelant le savon, aux vertus médicinales potentielles.

La saponaire des vaches (Saponaria vaccaria) est riche en saponines - une substance rappelant le savon, aux vertus médicinales potentielles.

Depuis quelques dizaines d'années, tout un changement! Il y a environ 30 ans, les agriculteurs des Prairies spécialisés dans la culture du blé considéraient la saponaire des vaches (en latin, Saponaria vaccaria) comme une mauvaise herbe nuisible qui contaminait leurs cultures et rendait malades les vaches la broutant. À présent, l'Institut de biotechnologie des plantes du CNRC, à Saskatoon, en envisage la culture pour la production de traitements contre le cancer.

La saponaire des vaches est riche en saponines – composés semblables au savon qui lient l'huile et l'eau. Plus rares sont les saponines végétales extraites de l'écorce d'arbres et des cactées de l'hémisphère sud. On en vend de petits lots sur le marché, pour servir d'ingrédient dans les boissons gazeuses et les vinaigrettes.

Plus important encore, des recherches sont en cours pour voir si ces saponines pourraient servir de médicament contre le cancer et d'adjuvant dans les vaccins. Ces recherches, poursuivies par l'équipe de John Balsevich en Saskatchewan, indiquent qu'une fois purifiées, les abondantes saponines que renferme la saponaire indigène augurent bien pour le traitement des cancers du sein, de la prostate et du côlon.

« Nous n'en sommes qu'aux débuts, précise-t-il. Fondamentalement, nous avons déposé un brevet pour protéger la propriété intellectuelle et approfondissons l'étude de ces composés. » Selon lui, les pratiques de labourage et de désherbage contemporaines ont réduit la menace que la saponaire des vaches représente pour les cultures. Les agriculteurs d'un certain âge l'ont encore en mémoire, mais ils en rencontrent rarement dans les champs. Or, les recherches du CNRC suggèrent que les cultivateurs pourraient un jour gagner gros en plantant et récoltant la saponaire pour en extraire les ingrédients destinés à la fabrication de produits pharmaceutiques et de nutraceutiques anticancéreux naturels.

L'équipe du CNRC a raffiné les saponines de la saponaire et étudie leur action sur les lignées de cellules cancéreuses humaines en laboratoire. Les chercheurs ont ainsi découvert qu'on pourrait en utiliser certaines directement comme médicament, alors que d'autres s'avèrent intéressantes comme adjuvants, pour amplifier l'effet des médicaments confirmés qu'elles accompagnent.

Parcelles de saponaire des vaches, à l'ouest de Saskatoon.

Parcelles de saponaire des vaches, à l'ouest de Saskatoon.

En médecine traditionnelle chinoise

La saponaire des vaches a intrigué M. Balsevich lorsque celui-ci a lu que les Chinois l'utilisent depuis longtemps pour fabriquer un remède appelé Wang Bu Liu Xing, qui régule les menstruations et soigne les infections du sein, ainsi que certains types de cancer. Il a estimé que des siècles d'usage dans la médecine traditionnelle équivalent bien à un essai de toxicologie préliminaire pour de nouveaux médicaments à base de saponaire. Quelques études scientifiques réalisées en Occident au cours des 20 dernières années semblent confirmer les convictions des herboristes chinois.

On utilise déjà les saponines purifiées d'autres sources comme adjuvant dans les vaccins pour animaux, et certaines font actuellement l'objet d'essais sur des humains. Cependant, l'équipe de M. Balsevich a découvert que la saponaire des vaches fabrique beaucoup plus de saponines que les autres plantes, et cela, d'une manière aussi durable qu'économique. Les tests agronomiques montrent que la saponaire se cultive bien dans les Prairies et ressemble assez au canola pour qu'on puisse se servir des mêmes machines agricoles pour la semer et la récolter.

Une acre de saponaire des vaches donne une tonne métrique de graines et 20 kilos de saponines, voire davantage. Qui plus est, près de 60 % de la graine (au poids) consistent en un amidon très fin susceptible d'intéresser les fabricants de cosmétiques, le secteur alimentaire et les producteurs d'encre pour cartouches d'imprimantes. D'autres groupes de recherche du CNRC examinent des composés présents à l'état de traces qui peuvent présenter d'autres applications commerciales.

« Une bonne partie de nos travaux préliminaires sur les lignées de cellules cancéreuses humaines est prometteuse, reprend M. Balsevich. Nous avons en main quelque chose qui, je crois, pourrait devenir un médicament. Bien que nous soyons encore loin du but, si cela fonctionne, il sera facile de cultiver la plante et de produire ces composés. »

Il ajoute que la création d'un médicament demande plusieurs années et l'investissement de centaines de millions de dollars. « Il est donc vital de collaborer avec l'industrie pour que ces produits de grande valeur percent un jour sur le marché. » End

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