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ARCHIVÉ - Flashback scientifique

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Flashback scientifique

La fin d'une épidémie

Le rôle joué par le Canada dans l'éradication de la poliomyélite figure bien en vue à son héritage scientifique.

À la fin des années 1950, la polio avait virtuellement disparu du Canada. Photo : March of Dimes

À la fin des années 1950, la polio avait virtuellement disparu du Canada. Photo : March of Dimes

On a peine à imaginer qu'une maladie jadis en apparence aussi envahissante et irrépressible que la poliomyélite soit bientôt éradiquée. C'est pourtant le cas. La polio a ravagé le Canada et une bonne partie de la planète jusqu'au début des années 1960. Notre pays a joué un rôle primordial dans la création et la production du vaccin qui devait aboutir à son éradication dans la plupart des régions du globe.

Alarme nationale

À la rescousse des nourrissons

Le patrimoine canadien dans le domaine de la recherche sur les vaccins ne se limite pas à la poliomyélite. Le vaccin contre la méningite du nouveau-né NeisVac-C est l'?uvre d'Harold Jennings, de l'Institut des sciences biologiques du CNRC. La méningite entraîne le gonflement des membranes qui enveloppent le cerveau et la moelle épinière. Le plus tragique est que ceux qui contractent la maladie ont moins de cinq ans et qu'une jeune personne sur quatre en meurt dans les 48 heures. Les survivants souffrent souvent de lésions permanentes au cerveau ou de surdité. La découverte de M. Jennings sauvera la vie de millions d'enfants dans le monde et rehaussera la qualité de vie de millions d'autres.

Nous sommes en 1948 et la peur règne. Le Canada est sur le point d'affronter la troisième vague de l'épidémie de poliomyélite, la plus dévastatrice. Déjà, des milliers de personnes en sont mortes, plus encore sont paralysées ou demeureront handicapées jusqu'à la fin de leurs jours. Les ressources du système de santé sont étirées à l'extrême et de nombreux autres pays, particulièrement les États-Unis, vivent une crise analogue.

À l'époque, le gouvernement canadien avait mis sur pied le Programme fédéral d'allocations pour la santé, qui devait élargir l'infrastructure nationale du secteur de la santé et appuyer la recherche publique dans ce domaine, notamment les travaux sur le problème grandissant de la polio. De concert avec les compagnies d'assurance-vie canadiennes et la National Foundation for Infantile Paralysis des États-Unis (également appelée March of Dimes), le programme finançait la recherche sur la poliomyélite aux Connaught Medical Research Laboratories de l'Université de Toronto, déjà considérés comme un chef de file dans le domaine des vaccins et qui avaient depuis peu lancé un ambitieux programme de recherche sur la maladie. Les Canadiens ne seraient pas déçus par les résultats.

Deux découvertes capitales ravivent l'espoir

Leone N. Farrell, des laboratoires Connaught, imagina la méthode autorisant la production intensive du poliovirus avec le milieu 199 en utilisant de grosses bouteilles Povitsky placées sur un agitateur spécial. Photo : archives Sanofi-Pasteur Canada

Leone N. Farrell, des laboratoires Connaught, imagina la méthode autorisant la production intensive du poliovirus avec le milieu 199 en utilisant de grosses bouteilles Povitsky placées sur un agitateur spécial. Photo : archives Sanofi-Pasteur Canada

Deux percées canadiennes, réalisées aux laboratoires Connaught, s'avérèrent cruciales au développement de ce qui allait devenir le vaccin Salk inactivé. La première fut la création du milieu synthétique sur lequel serait cultivé le poliovirus destiné au vaccin. Réalisé aux laboratoires Connaught en 1949 pour la recherche sur le cancer, il portait le nom anodin de « milieu 199 » et ne renfermait ni protéines, ni sérum animaux. C'est ce qui en faisait le milieu rêvé pour la production du vaccin et permit au Dr Jonas Salk, de Pittsburgh, d'entreprendre les premiers essais à petite échelle sur des humains.

La deuxième découverte survint en 1952. Il s'agissait d'une méthode permettant de cultiver une quantité suffisante de virus pour répondre aux besoins de vaccination massifs du globe. Baptisée « méthode de Toronto », elle consistait en l'agitation légère de grosses bouteilles remplies de la culture virale sur une machine « berceuse » spécialement conçue à cette fin. Le lent mouvement de va-et-vient exposait le virus à une plus grande quantité d'éléments nutritifs, de sorte que celui-ci se multipliait plus rapidement, ce qui accélérait la production de vaccin.

Salk vaccine, Connaught Medical Research Laboratories, University of Toronto, 1959. Credit: sanofi pasteur Canada ArchivesLe vaccin Salk, Connaught Medical Research Laboratories, Université de Toronto, 1959. Photo : archives Sanofi-Pasteur Canada

Le vaccin Salk, Connaught Medical Research Laboratories, Université de Toronto, 1959. Photo : archives Sanofi-Pasteur Canada

Grâce à ces méthodes, les laboratoires Connaught arrivaient à fabriquer 186 litres de liquide renfermant le poliovirus toutes les deux semaines. Suffisamment pour l'essai de masse sans précédent du vaccin entrepris aux États-Unis et dans certaines régions du Canada en 1954.

Un héritage qui dure

Des virus contre le cancer

Aussi destructeur que le virus de la poliomyélite ait pu être, d'autres ont leur utilité pour la santé. John Bell, de l'Université d'Ottawa, en a découvert plusieurs qui envahissent et tuent sélectivement les cellules cancéreuses, sans se préoccuper des cellules normales. Ces virus sont donc moins toxiques que les traitements existants contre la maladie, qui ne font aucune distinction de ce genre. Après avoir injecté un de ces virus dans le système sanguin, M. Bell a réussi à soigner des souris cancéreuses. Il coopère maintenant avec un partenaire de l'industrie pour développer et tester le virus « cancéricide » dans des essais cliniques. Parallèlement, il étudie des approches similaires pour traiter l'infection au VIH et l'hépatite C.

Après le succès de cet essai, les laboratoires Connaught commencèrent à produire le vaccin Salk en vue des programmes d'immunisations massives au Canada, puis outre-mer. À la fin de la décennie, 44 pays recevaient le vaccin de facture canadienne. Ensuite, de nouvelles recherches et technologies virent le jour, auxquelles le Canada s'adapta rapidement. Dès 1959, les laboratoires Connaught jouèrent un rôle clé dans le développement, la production et l'essai massif d'une variante du vaccin vivant, prise par voie buccale, moins onéreuse et plus facile à administrer.

Ces efforts obtinrent leur récompense. Au Canada, l'épidémie de poliomyélite, dont l'apogée survint en 1953 avec 9 000 personnes atteintes et 500 décès, n'enregistrait virtuellement plus aucun nouveau cas en 1965. Des résultats analogues furent observés aux États-Unis et en Europe. En 1994, le Canada fut déclaré libre de la polio. Aujourd'hui, seuls quatre pays luttent encore contre la forme endémique de la maladie : le Nigéria, l'Inde, le Pakistan et l'Afghanistan. L'éradication de la poliomyélite est actuellement l'un des projets phares du Canada en Afghanistan.

De nos jours, les laboratoires Connaught (qui ont changé leur nom pour Sanofi-Pasteur) continuent de distribuer de nouveaux vaccins, encore plus sûrs, contre la poliomyélite. En 1997, l'entreprise dévoilait le vaccin combiné PENTACELMC contre la diphtérie, le tétanos, la coqueluche, Haemophilus influenzae de type b et la polio. Largement employé dans le monde, il a été entièrement développé au Canada. End

La polio au Canada

La plupart des Canadiens de moins de 50 ans n'ont jamais connu la poliomyélite, maladie dévastatrice qui endommage les neurones moteurs de la moelle épinière et peut entraîner la paralysie de nombreux muscles, y compris ceux qui contrôlent la respiration et la déglutition, avec les risques mortels que cela suppose. Les vagues de l'épidémie survenues entre 1910 et 1953 entraînèrent la fermeture des écoles, des églises, des terrains de jeu et de divers lieux publics partout au pays. Le Canada fut l'une des nations les plus durement touchées. Pendant la majeure partie de cette période, on en savait peu sur la propagation du mal. Même si la majorité des gens s'en remettaient, beaucoup en ressortirent affaiblis, handicapés ou porteurs d'autres séquelles. Au-delà de 20 millions de personnes composent encore avec les effets de la polio, notamment le syndrome de postpoliomyélite, dans de nombreux cas; les survivants de la polio constituent un des groupes les plus importants de personnes handicapées dans le monde.

Pour en savoir plus sur l'historique de la polio au Canada

Bernard Seytre, Mary Shaffer, The death of a disease: a history of the eradication of poliomyelitis (Rutgers University Press, 2005)

David M. Oshinsky, Polio: an American Story (Oxford University Press, 2005)

C.J. Rutty, L. Barreto, R. Van Exan, S. Gilchrist, « Conquering the Crippler: Canada and the Eradication of Polio », Canadian Journal of Public Health 96 (mars-avril 2005), encart spécial

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