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ARCHIVÉ - Floraison potentielle à l'Î.-P.-É.

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L'érection d'une bioraffinerie à l'Île-du-Prince-Édouard pourrait aider les agriculteurs à diversifier leurs cultures, alors que les scientifiques explorent de nouveaux débouchés pour les résidus agricoles.

Nature's Crops International bâtira une bioraffinerie à l'Î.-P.-É. afin de traiter l'huile de graines comme celles du crambé.

Nature's Crops International bâtira une bioraffinerie à l'Î.-P.-É. afin de traiter l'huile de graines comme celles du crambé.

Cet été, les agriculteurs de l'Île-du-Prince-Édouard cultiveront une nouvelle plante qui pourrait leur rapporter plus que l'avoine, l'orge et les autres espèces qu'ils produisent en rotation depuis quelques années. L'an dernier, Nature's Crop International (NCI) a en effet demandé à une trentaine d'entre eux de cultiver du crambé, une plante dont les graines donnent une huile de qualité, recherchée dans les secteurs des cosmétiques, des polyesters et des plastiques.

Pour NCI, faire pousser du crambé n'est qu'un premier pas dans un programme nettement plus ambitieux, prévoyant l'érection d'une bioraffinerie à l'Î.-P-É. où l'on extraira l'huile de cette nouvelle culture, ainsi que des recherches coopératives avec le CNRC et ses partenaires en vue de créer de nouveaux produits pour la santé et le bien-être. Si elle augure une plus grande stabilité du revenu pour les cultivateurs, la présence de l'entreprise signifie aussi la création d'emplois pour les insulaires et une nouvelle source de produits bénéfiques pour la santé, comme des antioxydants et des anti-inflammatoires.

La recette idéale

Plusieurs facteurs ont attiré l'entreprise à l'Î.-P.-É., notamment un été frais et humide qui convient bien aux oléagineux. Autre aspect indispensable : l'extraordinaire combinaison d'expertise en sciences nutritionnelles qu'offrent l'Institut des sciences nutritionnelles et de la santé du CNRC (ISNS-CNRC), l'Université de l'Île-du-Prince-Édouard et Agriculture et Agroalimentaire Canada.

Avec 2,7 millions de dollars du Fonds d'innovation de l'Atlantique de l'Agence de promotion économique du Canada atlantique, les chercheurs des trois organismes aideront NCI à trouver des composés bioactifs dans les résidus laissés par l'extraction de l'huile. De tels composés pourraient avoir de nombreux bienfaits, d'une meilleure santé cardiaque à la neuroprotection, et devraient transformer un produit autrefois considéré comme un déchet en une nouvelle source de revenus pour l'entreprise.

« Tous les intervenants nous ont vraiment aidés à mettre notre plan à exécution. Je ne parle pas seulement de cultiver des plantes, mais aussi de déménager et de construire une raffinerie ici même », explique Andrew Hebard, président de la société mère de NCI, Technology Crops International. « La forte cohésion des efforts déployés par tous les intervenants pour répondre aux besoins des entreprises comme la nôtre est un véritable atout pour l'Île-du-Prince-Édouard. »

Les graines de crambé sont pressées à froid pour donner une huile de qualité. Cette plante multiplie les choix des agriculteurs qui souhaitent diversifier la rotation de leurs cultures.

Les graines de crambé sont pressées à froid pour donner une huile de qualité. Cette plante multiplie les choix des agriculteurs qui souhaitent diversifier la rotation de leurs cultures.

Une aubaine pour les cultivateurs

Le crambé n'est qu'une des plantes que l'entreprise envisage cultiver à l'Î.-P.-É. S'y ajouteront bientôt la calendule et la bourrache. La calendule produit une huile non toxique susceptible de remplacer les composés volatils dans la peinture, tandis que l'huile de bourrache sert de nutraceutique et entre dans la fabrication des cosmétiques.

Pourquoi le crambé?

Le crambé ressemble au canola. Son huile a divers usages, entre autres la fabrication de cosmétiques, de polyesters et de plastiques. Technology Crops International, société mère de NCI, est la seule entreprise à produire du crambé en Amérique du Nord. La multinationale, qui compte des installations aux É.-U. et en Europe, procure des huiles de grande valeur, impossibles à trouver sur le marché. Elle engage des agriculteurs partout dans le monde afin de répondre aux besoins de ses clients.

Bien qu'on ne s'attende pas à ce qu'elles remplacent la pomme de terre, le directeur général de NCI Steve Howatt est persuadé que ces cultures ont leur place dans un système de rotation des cultures. « Elles procurent une option supplémentaire aux agriculteurs qui ne parviennent pas à tirer un profit raisonnable du blé, de l'orge ou de l'avoine, une option vraiment lucrative pour eux », déclare-t-il. Les oléagineux exigent généralement moins d'engrais et de pesticides; ils diversifient aussi la production et stabilisent le revenu de l'exploitation. « Si personne ne veut de nos produits, nous ne demanderons pas aux agriculteurs d'en cultiver. »

Dans le cadre d'un projet pilote lancé en 2009, des agriculteurs ont planté un millier d'acres de crambé pour NCI, qui prévoit augmenter cette superficie en 2010. « Nous espérons passer à plusieurs milliers d'acres cette année » précise M. Howatt.

Outre le crambé, NCI cultivera la bourrache (ci-dessus) et la calendule à l'Î.-P.-É.

Outre le crambé, NCI cultivera la bourrache (ci-dessus) et la calendule à l'Î.-P.-É.

Une bioraffinerie où l'on voit gros

Une bioraffinerie pilote a été aménagée dans les installations de NCI, à Kensington. Sa version industrielle devrait commencer ses opérations en 2010. Le gouvernement canadien – par le biais d'Agriculture et Agroalimentaire Canada – et le gouvernement de l'Île-du-Prince-Édouard ont annoncé qu'ils injecteraient conjointement 6 millions de dollars dans l'aventure. Le Programme d'aide à la recherche industrielle du CNRC a octroyé jusqu'à 375 000 $ à NCI pour l'aider à optimiser le rendement de sa bioraffinerie pour chaque culture. L'entreprise considère investir elle-même plus de 20 millions de dollars dans la province au cours des cinq prochaines années, notamment en achetant les cultures des agriculteurs, en construisant des bâtiments et en engageant du personnel.

« Je suis très impressionné par la concentration de talents que j'ai observée dans une province aussi peu peuplée que l'Î.-P.-É., avoue M. Hebard. Il y a des gens très compétents ici, ce qui rend la direction d'une entreprise beaucoup plus agréable. » End

Bonne jusqu'à la dernière goutte

Tirer le maximum de leurs cultures d'oléagineux est une priorité pour NCI. Les chercheurs du secteur des sciences nutritionnelles et de la santé de l'Î.-P.-É. aideront l'entreprise à rendre sa bioraffinerie et les huiles qu'elle produit aussi lucratives que possible.

En premier lieu, ils étudieront comment perfectionner le raffinage pour obtenir le meilleur rendement possible d'huile de qualité. Ensuite, ils analyseront les résidus végétaux de l'extraction dans l'espoir d'y découvrir des effets bénéfiques pour la santé.

NCI presse les graines à froid pour en extraire l'huile, grâce à un procédé qui ne fait pas appel à des composés chimiques. Il en résulte un résidu appelé « tourteau ». L'huile verdâtre est ensuite filtrée pour donner une huile translucide et un second résidu baptisé « rétentat ». « L'entreprise cherche comment se débarrasser de ces résidus en leur trouvant une application utile », déclare Bob Chapman, de l'ISNS-CNRC. « Si elle réussit, un résidu originellement sans valeur pourrait engendrer plusieurs millions de dollars. »

Une équipe de chimistes et de biologistes de l'ISNS-CNRC et d'Agriculture et Agroalimentaire Canada analysera le tourteau et le rétentat en quête de composés bioactifs éventuellement bénéfiques pour le cerveau et le c'ur, ou susceptibles de servir d'antioxydants ou d'anti-inflammatoires. NCI optimisera aussi les procédés de la bioraffinerie pour extraire tout ce qu'on peut des résidus. « NCI pourrait, par exemple, transférer certains composés du tourteau dans le rétentat, qui a plus de valeur », précise M. Chapman.

L'objectif est de commercialiser de nouveaux produits qu'on sait être bons pour la santé, qu'il s'agisse de suppléments vitaminés ou de cosmétiques aux propriétés antioxydantes. « Les agriculteurs de l'Î.-P.-É. disposeront d'une nouvelle plante à cultiver et l'entreprise multipliera ses profits avec de nouveaux débouchés, conclut-il. Tout le monde y gagne. »

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