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Un réseau de scientifiques canadiens étudie les bienfaits éventuels de la pomme de terre pour la santé et l'environnement.
Ces pommes de terre à chair violette et rouge pourraient renfermer les secrets d'une meilleure santé.
L'humble pomme de terre est peut-être l'aliment le plus discret qui soit ' une denrée de base que chacun tient pour acquis, mais un groupe de chercheurs canadiens est persuadé que sous sa modeste apparence, ce tubercule a beaucoup à apporter à l'humanité. Et ils ont créé un réseau pour le prouver.
Le Réseau BioPotato, qui rassemble une trentaine de scientifiques du gouvernement, du milieu universitaire et de l'industrie, explore les bienfaits insoupçonnés de la pomme de terre pour la santé et l'environnement. Dans l'avenir, les Canadiens pourraient manger des aliments enrichis d'antioxydants issus de la pomme de terre ou acheter du plastique et des pesticides écologiques qui en dérivent.
À la défense de la pomme de terre
À Charlottetown, Bob Chapman, de l'Institut des sciences nutritionnelles et de la santé du CNRC (ISNS-CNRC), pilote une équipe qui examinera une vingtaine de variétés de pommes de terre sous tous les angles, de leurs bienfaits pour la circulation sanguine à leurs effets sur le système immunitaire. Les recherches porteront sur certains cultivars à chair rouge, violette, jaune et orange, riches en composés bioactifs.
« Nous essayons d'accumuler les preuves que la pomme de terre est bonne pour la santé, afin que ces informations en favorisent la commercialisation. »
Bob Chapman, CNRC
Un objectif est de montrer aux consommateurs qu'à l'instar d'autres aliments, la pomme de terre est elle aussi bénéfique pour la santé. « Le ketchup renferme du lycopène que les gens associent à un effet bienfaisant sur la prostate, affirme M. Chapman. Nous essayons d'accumuler les preuves que la pomme de terre est bonne pour la santé, afin que ces informations en favorisent la commercialisation. »
Poussée de croissance
L'Île-du-Prince-Édouard, la plus petite province du pays, attire l'attention avec sa R-D de calibre mondial en sciences nutritionnelles et en biosciences. Le nombre d'entreprises en biosciences dans la province a augmenté de plus de 50 % depuis 2004 et ces entreprises investissent des millions de dollars pour exploiter les débouchés du tout nouveau marché international des produits nutritionnels comme les produits de santé naturels, les aliments fonctionnels et les nutraceutiques.
Ainsi, on sait que les pommes de terre à chair bleue sont riches en caroténoïdes et en autres puissants antioxydants. Les scientifiques examineront de plus près ces propriétés et étudieront d'autres effets bénéfiques éventuels pour certaines conditions comme les accidents vasculaires cérébraux, les allergies, le diabète, les troubles auto-immuns et les maladies neurodégénératives. Ils créeront aussi de nouvelles variétés riches en fibres. « L'idée est de mettre au point une pomme de terre à faible indice glycémique d'un grand intérêt pour les diabétiques », explique Yvan Pelletier, d'Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC), qui dirige le réseau.
Il pourrait en résulter l'apparition de nouvelles variétés bénéfiques pour la santé sur le marché. Une autre approche consisterait à extraire les principes bienfaisants du tubercule et à s'en servir pour enrichir d'autres aliments, voire de les commercialiser comme suppléments alimentaires. Les chefs cuisiniers de Smart Kitchen, au collège Holland, coopéreront avec les chercheurs pour établir comment on pourrait ajouter les composés de la pomme de terre à certains aliments, tels les jus ou le pain, et voir si leur goût ou leur texture s'en trouvent affectés (lire La preuve est dans la marmite ).
Un tubercule polyvalent
Outre ses bienfaits pour la santé, on se penchera aussi sur l'usage de la pomme de terre dans la fabrication de bioplastiques et de pesticides écologiques. En effet, l'amidon de la pomme de terre sert à fabriquer du plastique biodégradable pour divers articles comme les sacs à ordures, les ustensiles et la mousse, tandis qu'un insecticide naturel, présent dans le feuillage de la plante, pourrait aboutir à des pesticides biologiques, sans danger pour la santé ou l'environnement.
« Il ne s'agit pas de curiosité scientifique, mais d'un outil économique. »
Yvan Pelletier, AAC
« Nous sommes persuadés qu'il y a un grand potentiel dans la pomme de terre », affirme M. Pelletier. Il espère qu'au bout du compte, une entreprise canadienne exploitera et vendra sous licence les produits créés par le réseau, des additifs à base de pomme de terre pour le secteur alimentaire, par exemple. « Voilà à quoi servira le réseau, reprend-il. Il ne s'agit pas de curiosité scientifique, mais d'un outil économique. »
À mesure que des produits voient le jour, les recherches seront orientées par les besoins du marché. « Le produit devrait-il être offert sous forme liquide ou solide? demande-t-il. De quelle quantité de pommes de terre aura-t-on besoin? Y a-t-il des problèmes de nature législative? » Au terme de ces démarches, M. Pelletier estime que le réseau offrira à l'industrie un produit prêt à être mis en marché et pour lequel il existe vraiment une demande. « Une fois les questions économiques de base réglées, nous pourrons dire ?Voici la clé de la voiture, prenez le volant quand vous voulez.? » ![]()
La preuve est dans la marmite
Quand les chercheurs auront percé les secrets de la pomme de terre pour la santé, ils devront encore en convaincre les consommateurs. « Si on découvre que les pommes de terre à chair violette contiennent plus d'antioxydants que le brocoli, par exemple, comment les amener jusqu'à la table? s'interroge M. Chapman. Comment la rend-on assez appétissante pour que les gens en mangent? »
Les chefs cuisiniers de Smart Kitchen, au collège Holland, testeront les nouvelles variétés pour déterminer celles qui se prêtent le mieux à la consommation et comment il vaut mieux les cuire. « À sec ou bouillies? poursuit M. Chapman. Si on cuit la pomme de terre à l'eau, sa couleur change-t-elle? » Les cuisiniers effectueront aussi des expériences pour créer de nouveaux produits, comme de la purée cryolyophilisée, et établiront comment leur donner la durée de conservation qui plaira aux consommateurs sans pour autant nuire à leur valeur nutritive.
On extraira aussi les composants bénéfiques pour la santé des pommes de terre pour les utiliser comme additifs et produire de nouveaux « aliments fonctionnels » — des aliments qui font plus que nourrir et rehaussent la santé, en combattant les inflammations ou les risques de cancer, par exemple. Les cuisiniers en testeront l'addition à d'autres aliments pour voir s'ils en modifient négativement la couleur ou la texture.
Ces recherches aideront les clients potentiels des industries alimentaire et pharmaceutique à mieux percevoir le fonctionnement des extraits de pomme de terre. « Ils nous poseront des questions sur la stabilité à la chaleur et le goût — si on ajoute l'extrait à tel ou tel aliment, que se passera-t-il? reprend M. Pelletier. Comment peut-on le préparer pour ne pas en altérer le goût? » Avoir la réponse à ces questions aidera le réseau à exploiter commercialement les résultats de ses recherches.