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Histoires de réussite - Une solution à la crise canadienne des isotopes médicaux

Le 24 janvier 2011 — Ottawa, Ontario

Les chercheurs canadiens multiplient leurs efforts pour perfectionner une méthode sûre, propre, peu coûteuse et fiable permettant de produire les isotopes employés par les technologies d’imagerie et de diagnostic médicales. La nouvelle méthode ne recourra pas à un réacteur nucléaire et pourrait mettre fin aux futures pénuries de technétium-99m, l’isotope de plus couramment utilisé en médecine de nos jours.

Jusqu'à tout récemment, le réacteur national de recherche universel (NRU) de Chalk River fabriquait près de la moitié des isotopes médicaux employés dans le monde. Puis, en mai 2009, des réfections majeures en ont nécessité la fermeture. L’arrêt des opérations et plusieurs retards dans le redémarrage du réacteur ont engendré une pénurie mondiale d’isotopes. Bien que le réacteur fonctionne de nouveau depuis le mois d’août 2010, il est prévu qu’il cessera la production d’isotopes en 2016. En d’autres termes, le moment est venu de trouver d’autres moyens pour garantir un approvisionnement stable et sûr d’isotopes.

En juin dernier, le gouvernement canadien lançait un programme de 35 millions de dollars pour financer la recherche de nouvelles techniques de production d’isotopes médicaux. Avec l’aide du CNRC et d’autres collaborateurs, le Centre canadien de rayonnement synchrotron a présenté un des quatre projets qui ont été retenus dans le cadre de ce programme. Le projet établira s’il est techniquement et économiquement possible d’utiliser un accélérateur linéaire pour fabriquer du molybdène-99 (Mo-99) – l’isotope « mère » du technétium-99m (Tc-99m). Il s’inspire des travaux réalisés à l’Idaho National Laboratory et d’une suggestion de la Mevex Corporation, une entreprise d’Ottawa.

Les scientifiques de l’Institut des étalons nationaux de mesure du CNRC (IENM-CNRC) ont déjà testé toutes les étapes de la méthode de l’accélérateur linéaire. Les partenaires s’attendent à ce que cette dernière produise assez d’isotopes pour satisfaire entièrement aux besoins du Canada.

Selon Carl Ross, chef de l’équipe de l’IENM-CNRC, cette nouvelle méthode ne soulève aucune préoccupation en matière de sécurité ou de prolifération d’armes nucléaires parce qu’à l’inverse d’un réacteur, elle ne nécessite pas d’uranium comme celui employé dans de telles armes. En outre, elle n’engendre presque aucun déchet radioactif qu’il faudrait ensuite entreposer indéfiniment. « Avec l’accélérateur linéaire, on ne produit essentiellement que l’isotope désiré et la quantité de déchets est négligeable », déclare le chercheur.

« La méthode utilisant l’accélérateur linéaire est presque à coup sûr appelée à remplacer celle du réacteur, poursuit-il. La physique de son fonctionnement est solidement établie et on connaît bien le processus de séparation chimique. Je ne vois pas pourquoi cette méthode ne remporterait pas le succès escompté. »

Dans la nouvelle méthode, un accélérateur linéaire à haute énergie bombarde des disques de la taille d’une pièce de monnaie faits de molybdène-100, un isotope stable, avec des rayons X pour donner du molybdène-99. D’une demi-vie de 66 heures, le molybdène-99 se transforme rapidement en technétium-99m, dont on peut se servir tous les jours dans quelque 5500 examens diagnostiques, au Canada. Le Tc-99m est séparé du Mo-99 grâce à une technologie mise au point par NorthStar Medical Radioisotopes, une entreprise américaine.

Au cours des deux prochaines années, le CNRC cherchera à mettre au point un processus de fabrication avec le concours de ses collaborateurs. On bâtira une unité de démonstration au Centre canadien de rayonnement synchrotron de Saskatoon pour prouver qu’un accélérateur d’électrons à haute puissance peut effectivement produire une part importante des isotopes médicaux que requièrent les pharmacies nucléaires du pays.

« Il est très gratifiant de travailler à un projet susceptible d’avoir un impact immédiat sur la vie d’autrui », confie M. Ross.